Grâce aux pneus remoulés Techno-Pneu, on peut maîtriser le Bonhomme Hiver et ménager Mère Nature tout en payant la moitié du prix et en achetant localement.

Denis Arcand LA PRESSE

«D'habitude, le produit vert coûte plus cher. Nous, c'est bien meilleur marché: entre 40% et 50% du prix d'un pneu fait en Amérique du Nord», observe Marcel Marquis, président de Techno-Pneu, une PME familiale de Rimouski qui emploie une cinquantaine de personnes. «Et c'est un pneu de très bonne qualité. Les pneus remoulés Techno-Pneu excèdent les normes de l'industrie. Mais on bat même le prix chinois.»

Techno-Pneu remoule environ 65 000 pneus d'hiver par année (et 35 000 pneus d'été), qui sont en vente un peu partout au Québec. «On a aussi des clients aux États-Unis, en Asie, au Liban et ailleurs dans le monde.» Techno-Pneu a deux petites usines: l'une fait des pneus rechapés pour les camions; l'autre, moderne et plus grande, fait des pneus remoulés de toutes tailles pour voitures et camionnettes. Les pneus sont fournis par Recyc Québec.

«Le rechapage et le remoulage ne sont pas la même chose, explique M. Marquis. Le rechapage, c'est juste remplacer la semelle. Ça convient très bien pour les pneus commerciaux, pour les camions. Le remoulage est un procédé beaucoup plus poussé et complet: le pneu est entièrement râpé jusqu'à la carcasse et tout le pneu est re-caoutchouté, puis moulé à haute température et à haute pression.

Le produit fini est inspecté visuellement et aussi avec un détecteur au laser par schérographie.

«La schérographie a pratiquement éliminé la mauvaise production», dit M. Marquis au sujet de cette technique de détection optique des défauts de fabrication.

Réduire, réutiliser, recycler, remouler

Techno-Pneu était une entreprise verte bien avant que ce soit à la mode: le fondateur, Wilfrid Marquis - le père de Marcel Marquis - a commencé à rechaper des pneus en 1957.

Techno-Pneu s'est mise au remoulage après un voyage de Marcel Marquis avec sa femme en Italie en 1995. Mme Marquis s'émerveillait de l'architecture et des paysages; son mari, un peu moins. «Ma femme me disait: "Tu regardes toujours par terre". Je ne regardais pas à terre, je regardais les pneus.»

Il avait remarqué une marque italienne qu'il ne connaissait pas. Il a trouvé le propriétaire et pris contact avec lui: «Il m'a aidé à démarrer de ce côté-ci [de l'Atlantique]. Encore aujourd'hui, c'est une technologie exceptionnelle.»

Son fils, l'ingénieur Jean-François Marquis, renchérit: «La machine qu'on utilise à l'usine, il n'y en a qu'une dans toutes les Amériques et seulement 13 dans le monde.» Il note que la technologie de remoulage Techno-Pneu n'utilise aucune eau, recycle 100% de la matière originale et n'émet aucune pollution atmosphérique. «On n'a même pas de cheminée, tout est électrique, dit-il. Un remoulé Techno-Pneu requiert 18 litres de pétrole brut, la moitié moins qu'un pneu neuf.» Les pneus Techno-Pneu sont exempts de la taxe de 3$ par pneu qui finance Recyc Québec.

Qualité et production

L'ingénieur Marquis dit que les pneus Techno-Pneu sont testés annuellement par le laboratoire d'essais pneumatiques de Smithers-RAPRA, une firme de tests, calibration et certification de procédés industriels. «La traction hivernale de nos pneus a été évaluée à 127% de la norme (permettant d'apposer le logo de la montagne enneigée qui identifie les pneus certifiés en vertu du règlement québécois sur les pneus d'hiver); notre cote d'endurance et de durabilité est à 244% de la norme; la résistance à la chaleur a été cotée A sur une échelle de A à C; et le test de durabilité à haute vitesse a été passé avec succès (il n'y a pas de cote, seulement la mention «réussite» ou «échec», dit M. Marquis).»

Techno-Pneu ne recycle que des pneus faits par de bons fabricants (pas de pneus chinois, note Marcel Marquis) et dont la structure est saine. Chaque modèle Techno-Pneu indique sur quelle marque le pneu remoulé a été fait, et un pneu n'est jamais recyclé deux fois.

Le pneu remoulé n'a pas la cote en Amérique du Nord, et c'est une côte à remonter: «Les gens voient des bouts de pneus sur l'autoroute et ils se disent: ah, des pneus rechapés», note Jean-François Marquis. «Or, il y a plusieurs études américaines qui ont analysé les débris de pneus retrouvés sur la route: il n'y a pas plus de pneus recyclés, en proportion, que de pneus neufs. Ces pneus désintégrés étaient sous-gonflés, trop usés ou endommagés par un impact violent.»

«Il y a beaucoup d'éducation à faire pour contrer la mentalité acheter-jeter en Amérique du Nord», dit Jean-François Marquis.