Honda et Mazda se retrouvent. À couteaux tirés, les deux marques japonaises se disputent, depuis peu, le marché des utilitaires urbains. Sortis presque simultanément, et priés avec la même insistance de prendre les devants de cette catégorie appelée à connaître une croissance exponentielle, les HR-V et CX-3 ont entrepris de faire du charme aux consommateurs qui veulent autre chose qu'une petite auto...

Mis à jour le 11 janv. 2019
Éric LeFrançois LA PRESSE

Cette année voit arriver le Mazda CX-3 au moment même où Honda lance le HR-V. Deux modèles dont la fiche technique révèle de troublantes convergences.

En effet, ces deux frères ennemis dérivent d'une automobile sous-compacte1 et se poursuivent côté prix : 20 690 $ pour le HR-V, 20 695 $ pour le CX-3.

Malgré ces confluences, HR-V et CX-3 poursuivent des objectifs singuliers. Et cela se jauge pratiquement au premier coup d'oeil.

Le Mazda arbore une robe à la fois racée et distinctive et lance des oeillades aux amateurs qui voient en lui un sport utilitaire et non un utilitaire sport. Appréciez ici la nuance.

Tout le contraire de la proposition présentée par Honda. Plus introverti, le HR-V adopte un aspect plus utilitaire et entend davantage se démarquer par sa polyvalence.

Être ou paraître

Même s'ils présentent des côtes extérieures assez similaires (voir onglet/tableau : Duel à la loupe), le HR-V parvient à éclipser son concurrent. Notamment en ce qui a trait au volume utilitaire.

Non seulement l'échancrure de son hayon est-elle plus ample et son pratique couvre-bagages flexible, mais son seuil de chargement est aussi moins élevé. Qui plus est, grâce à un dispositif ingénieux, il est possible d'obtenir un plancher parfaitement plat.

Si l'écart entre ces deux modèles n'apparaît pas très grand sur papier, il est énorme dans les faits, comme nous avons été à même de le constater en écumant les brocantes au cours de ce comparatif.

Le coffre du HR-V pouvait contenir les quatre chaises achetées, alors que celui du CX-3 avait peine à en accueillir deux. Et le Honda ne s'arrête pas là : il offre des rangements plus nombreux que son concurrent d'un jour et un nombre accru de prises auxiliaires (trois contre une).

Quatre personnes voyagent confortablement à bord de ces véhicules. À l'arrière, les tout-petits apprécieront la meilleure visibilité que procure le HR-V, mais les plus grands affectionneront davantage le moelleux des assises du CX-3. À l'avant, les personnes de grande taille aimeront les réglages plus fins du Mazda (les rails sur lesquels coulissent les sièges sont plus longs), mais pourraient cependant se sentir légèrement à l'étroit en raison des formes enveloppantes du tableau de bord et de la console destinées à créer cette impression de faire corps avec le véhicule.

L'approche de Honda est totalement différente et l'horizontalité du tableau de bord et sa hauteur donnent l'illusion de se trouver aux commandes d'un véhicule plus imposant.

Au chapitre de la présentation, au tour du Mazda de prendre un net ascendant sur son rival. Le CX-3 est, de loin, le plus soigné des deux. Même dans sa déclinaison la plus chic - EX-L Navi -, le Honda ne parvient pas à se montrer aussi valorisant et aussi agréable à vivre au quotidien. L'ergonomie de certaines commandes paraît perfectible, comme l'accessibilité à la prise USB ou l'intégration du volume de la radio à la surface tactile de l'ordinateur de bord.

Dynamique opposée

D'accord, le quatre-cylindres 1,8 litre de Honda manque de tonus devant le 2-litres de Mazda, mais ce dernier n'a rien d'un foudre de guerre non plus. La critique est plus sévère à l'encontre du CX-3, dont le profil plus sportif laisse sous-entendre qu'il se mue plus rapidement de sa position statique.

Qu'à cela ne tienne, sur le plan des performances pures, le Mazda apparaît plus « véloce » que le Honda. Mais la surprise - car il y en a une - est que, malgré l'intégration de technologies plus avancées (dixit Skyactiv), le CX-3 se trouve pratiquement au coude à coude avec le HR-V en matière de consommation.

L'écart entre les deux moteurs tient dans un dé à coudre et l'avantage que détient ici Mazda ne parvient pas à faire oublier l'autonomie plus faible du CX-3 qui, dans sa configuration AWD, se voit greffer un réservoir de 45 L.

Pour bénéficier du mode d'entraînement aux quatre roues (une version tractée existe aussi), il faut impérativement retenir les services de la boîte automatique. Chez Honda, on fait appel à une CVT (variation continue) avec sept rapports « programmés », tandis que Mazda adopte une boîte à six rapports classique. Cette dernière apparaît comme la plus fluide et la plus agréable des deux. La CVT de Honda exécute bien son travail et fait tourner de surcroît la mécanique à un régime moins élevé. Hélas, au moment des relances, « l'élasticité » de sa courroie donne cette vague impression de faire du sur-place alors que, pourtant, le moteur s'époumone.

Au volant, il ne faut pas s'attendre aux mêmes sensations. Mieux campé sur ses roues et bénéficiant d'un amortissement plus ferme, le CX-3 avale goulument les virages. Aidé en cela par une direction à l'assistance bien dosée qui permet de tailler la trajectoire avec précision. Le HR-V procure une autre expérience. Plus mollement suspendu, il se dandine dans les courbes. Rien de dangereux toutefois.

À défaut d'offrir une tenue de route aussi aiguisée, le Honda a le mérite de proposer un confort de roulement supérieur à celui du Mazda et de filtrer plus efficacement les imperfections de la chaussée.

À qui la victoire?

À personne, à vrai dire. Malgré les convergences évoquées un peu plus haut entre ces deux modèles, ceux-ci s'adressent à des clientèles bien précises.

On succombe aisément aux charmes du CX-3. Il est joliment tourné, offre quelques accessoires inédits dans la catégorie (affichage tête haute, par exemple), un comportement routier sportif et une garantie plus généreuse que son rival.

En revanche, le Honda est plus confortable, plus fonctionnel, plus polyvalent en plus de bénéficier de l'aura de fiabilité et de robustesse associée à son créateur.

À l'acheteur maintenant de clairement établir ses priorités et ses attentes, sans quoi il pourrait être déçu. Par l'un et par l'autre.

• Choix du coeur : Mazda CX-3

• Choix de raison : Honda HR-V

1. Mazda2 et Honda Fit.

L'auteur tient à remercier Louis-Alain Richard de sa précieuse collaboration à la réalisation de ce duel et aux lecteurs et propriétaires de ces deux véhicules.