La puissante industrie automobile brésilienne a remporté une victoire avec la hausse de la taxe sur les voitures importées, une mesure jugée superflue par les analystes qui redoutent que le protectionnisme n'affecte la crédibilité de la 1re économie d'Amérique latine.

Anella Reta AGENCE FRANCE-PRESSE

Cette initiative vise à contrecarrer «l'invasion» des véhicules asiatiques.

Tiré par la demande intérieure, le secteur automobile brésilien a fortement progressé au cours des dernières années et devrait terminer l'année 2011 avec une hausse de 5 % de ses ventes au Brésil (3,6 millions d'unités), d'après l'Association de fabricants automobiles (Anfavea).

Cependant, l'avalanche de marques -surtout asiatiques- qui arrive au Brésil a conduit le gouvernement à augmenter de 30 % l'impôt sur les produits industrialisés (IPI) pour les véhicules fabriqués avec moins de 65 % de pièces nationales ou du Mercosur (marché du cône sud). Le Mexique n'est pas touché en raison de ses accords avec le Brésil.

On ne peut «permettre que notre marché automobile soit envahi par des aventuriers étrangers», a lancé le ministre des Finances, Guido Mantega, pour justifier la mesure. Le gouvernement impose «des conditions pour profiter du marché brésilien. Pourquoi accorder ce privilège pour le prix d'une banane ?», a-t-il noté.

Il y a quelques mois, le secteur avait déjà bénéficié d'un programme d'exonérations d'impôts et d'encouragements fiscaux pour compenser la perte de compétitivité provoquée par l'appréciation du real face au dollar.

Pour le professeur d'économie de l'Université catholique de São Paulo (PUC), Antonio Carlos Alves, la mesure «malheureuse» adoptée par le gouvernement répond au lobby de l'industrie automobile brésilienne «formée par les "quatre soeurs" General Motors, Volkswagen, Fiat et Ford», après l'entrée de la chinoise JAC sur le marché, à des prix très compétitifs.

«Comme la mesure a été pensée pour défendre leurs intérêts, il (le gouvernement) a oublié les effets dans les pays voisins», a-t-il dit en soulignant que trois constructeurs installés en Uruguay étaient déjà affectés. L'un d'eux, la chaîne de montage chinoise Effa Motors, a mis 400 personnes au chômage technique.

Mardi soir, après les protestations de l'Uruguay, le gouvernement brésilien a toutefois accepté d'exempter de taxe ces trois entreprises.

«Je ne crois pas que (la hausse de la taxe) soit une mesure nécessaire, même pas pour protéger le marché face à la Chine», a souligné M. Alves.

Il a estimé toutefois que l'Asie resterait intéressée par le Brésil, un «marché stratégique».

Pour Lia Valls, expert en commerce extérieur à la Fondation Getulio Vargas (FGV, privée), la hausse de la taxe est une «mesure réellement protectionniste» qui, selon elle, répond à une stratégie des constructeurs face à la concurrence de la Chine où la fabrication d'une voiture coûte 60 % de moins qu'au Brésil.

De janvier à août, dans un contexte de forte valorisation du real, les ventes de véhicules importés ont augmenté de 35 % (530 998 unités) par rapport à la même période de 2010 alors que celles de production nationale ont progressé de 2,2 % seulement (1,8 million de véhicules).

En fonction de la cylindrée, la nouvelle taxe représente de 27 % à 36 % du prix final des voitures, selon des données de l'Anfavea qui estime que le secteur emploie 140 000 personnes dans le pays.

La flotte brésilienne dépasse 30 millions de véhicules dans un pays de 190 millions d'habitants. C'est Fiat qui arrive en tête du marché avec 22,7 % des ventes, suivi de Volkswagen 22,3 % et de GM 19,8 %, selon des données de l'Anfavea.