L'après-guerre

Alain Raymond COLLABORATION SPéCIALE

Ingénierie, souci du détail, exécution exemplaire et élégance intemporelle étaient et sont encore les piliers de la marque anglaise, des fondements que la très germanique BMW, propriétaire de la vénérable dame ailée, a sagement décidé de conserver.

L'après-guerre

L'Angleterre sort de la Deuxième Guerre mondiale passablement amochée. Mais Rolls-Royce se redresse avec la superbe qu'on lui connaît en dévoilant, dès 1946, la Silver Wraith, jugée à l'époque par la presse spécialisée comme la meilleure création de la maison de Crewe. Pour retracer les origines de la Silver Wraith, il faut remonter avant la guerre, à la Wraith, commercialisée pendant seulement deux ans, soit 1938 et 1939 (la guerre a mis un terme à la courte carrière de celle qu'on avait surnommée «la petite Rolls-Royce»).

Mais déjà, les plans d'une future RR sont dessinés et sitôt la guerre terminée, c'est au tour de la Silver Wraith de faire les manchettes. Reprenant la plupart des éléments de la Wraith, la Silver Wraith concède près de 23 cm à son aînée et reçoit une suspension avant indépendante modifiée.

À cette époque, les riches propriétaires préfèrent «personnaliser» leur voiture en confiant la confection de la carrosserie à une maison indépendante. C'est ainsi que l'acheteur d'une Silver Wraith pouvait s'adresser à Freestone & Webb, Hooper, H.J. Mulliner (qui prépare aujourd'hui des Bentley pour clients fortunés), James Young et Parkward, pour ne citer que les carrossiers les plus réputés recommandés par Rolls-Royce. Précisons que la Silver Wraith est la dernière voiture produite par Rolls-Royce destinée à être habillée par des carrossiers indépendants. La Silver Dawn, lancée en 1949, sera construite entièrement dans les ateliers de Rolls-Royce, à Crewe, en Angleterre.

La Silver Wraith demeure en production de 1946 à 1959 (1958 selon certaines sources). Elle est animée par un moteur six cylindres en ligne de 4,3 litres. La cylindrée du moteur passe ensuite à 4,5 litres et enfin à 4,9 litres; ce dernier moteur est associé à une transmission automatique Hydramatic de General Motors. En 1951, une version à empattement long fait son apparition, version qui recueille rapidement la faveur de la clientèle et entraîne l'abandon, dès 1953, de la version à empattement court.

Un amateur averti

Comme il se doit et puisque noblesse oblige, les Rolls-Royce sont toujours produites en quantité limitée. Des 1883 Silver Wraith sorties des mains des artisans anglais, 760 sont destinées au marché américain, et il n'est donc pas surprenant d'en voir si peu chez nous. Heureusement, il y a les expositions de voitures anciennes, et c'est au Granby International que nous avons rencontré Vic Tremblay, grand amateur de belles d'autrefois. Fier propriétaire d'une Rolls-Royce Silver Wraith 1949 depuis une quinzaine d'années, Vic Tremblay n'a que des éloges pour sa voiture (si ce n'est que la conduite à droite nécessite une certaine concentration).

Comment cette voiture s'est-elle retrouvée au Québec? Par qui a-t-elle été carrossée? M. Tremblay n'en sait rien. Tout ce que l'on peut apprendre à son sujet, c'est qu'elle a été vendue neuve, par la concession Jack Barclay de Londres, fondée en 1927. Jack Barclay est aujourd'hui le plus vieux concessionnaire Bentley et le seul distributeur autorisé de pièces Rolls-Royce d'avant 1955.

L'histoire de la Rolls-Royce de Vic Tremblay commence lors d'une visite à une exposition tenue à Lachine où il venait d'admirer une Bentley qu'il s'était promis d'acheter. Mais quelques moments plus tard, notre esthète découvre cette irrésistible Rolls-Royce et c'est elle qu'il ramène chez lui. Vic Tremblay n'a jamais regretté son choix puisqu'à part les sièges et la toile du toit, cette voiture et n'a jamais nécessité d'autres soins.

Bien entendu, les cuirs les plus fins et les boiseries les plus exclusives ornent toutes les Silver Wraith et Vic Tremblay confirme que le silence de roulement légendaire de Rolls-Royce n'est pas qu'une légende. Fait à noter, la carrosserie de la voiture est entièrement réalisée en aluminium. L'allègement ainsi obtenu se traduit par des accélérations très convenables pour l'époque (0 à 100 km/h en 24 secondes), tandis qu'en vitesse de pointe, l'imposante Silver Wraith atteint 165 km/h.

En 1956, la Silver Wraith est remplacée par la Silver Cloud. Mais le modèle renaît en 1977 avec la Silver Wraith II qui sera produite jusqu'en 1980. Reste à savoir si BMW, l'actuel propriétaire de la prestigieuse marque anglaise, décidera un jour de lancer une troisième génération de Silver Wraith.