Mais tout cela pourrait bientôt changer. L'avenir de l'éthanol, croient plusieurs experts, réside dans l'éthanol cellulosique. Et l'une des entreprises les mieux placées au monde est l'ontarienne Iogen, qui fabrique depuis 2003, à titre expérimental, de l'éthanol cellulosique à son usine d'Ottawa. La production annuelle est passée de 700 000 litres à trois millions de litres depuis l'inauguration.

Mathieu Perreault

Mais tout cela pourrait bientôt changer. L'avenir de l'éthanol, croient plusieurs experts, réside dans l'éthanol cellulosique. Et l'une des entreprises les mieux placées au monde est l'ontarienne Iogen, qui fabrique depuis 2003, à titre expérimental, de l'éthanol cellulosique à son usine d'Ottawa. La production annuelle est passée de 700 000 litres à trois millions de litres depuis l'inauguration.

L'éthanol cellulosique a un grand avantage sur l'éthanol produit à partir du maïs aux États-Unis, ou de la canne à sucre au Brésil. Il n'est pratiquement pas limité par la superficie des terres agricoles, et n'entre pas en concurrence avec le secteur alimentaire.

«Même si toute la production de maïs aux États-Unis était dirigée vers les usines d'éthanol, on ne parviendrait à remplacer que 10 % de l'essence consommée au pays», explique Charles Wyman, un ingénieur chimique de l'Université de Californie à Riverside qui a publié une étude sur le sujet dans la prestigieuse revue Nature, en décembre dernier. «Pour ce qui est de la canne à sucre, il y a un peu plus de place à la croissance. Mais un jour, même le Brésil va manquer de terres agricoles.»

En comparaison, l'éthanol cellulosique peut être produit à partir de résidus agricoles, et surtout d'herbes nécessitant des terres de beaucoup moins bonne qualité que le maïs ou la canne à sucre. «Si on voulait remplacer toute l'essence par de l'éthanol cellulosique, il faudrait environ 65 millions d'hectares, dit M. Wyman. C'est faisable : l'agriculture occupe actuellement 185 millions d'hectares aux États-Unis, dont 10 à 15 % pour le maïs, et la superficie totale du pays est de 1,3 milliard d'hectares.»

La technologie est prête, selon M. Wyman. «Le coût de production a baissé de 75 % depuis 20 ans. Et l'exemple du Brésil montre qu'il chuterait rapidement grâce au savoir-faire qu'acquerraient les usines. Il y a eu des améliorations au chapitre des enzymes, de la préparation et de la fermentation. Par exemple, au départ, il n'était pas possible de traiter tous les cinq principaux sucres présents dans la matière brute. Maintenant, c'est possible.»

Chez Iogen, on reste discret sur les coûts de production. «Ils sont encore assez élevés parce qu'il s'agit d'une usine expérimentale, explique la porte-parole, Mandy Chepeka. Nous préférons ne pas les dévoiler parce qu'ils n'ont rien à voir avec le vrai coût de production à l'échelle opérationnelle.»

Iogen, qui a nécessité des investissements de plus de 100 millions, notamment grâce à des subventions gouvernementales canadiennes et américaines, et à des investissements de Shell et Petro-Canada, envisage d'implanter des usines au Canada, aux États-Unis ou en Allemagne.

Au-delà des coûts de production, le principal problème de l'éthanol cellulosique est que personne ne veut faire le premier pas, selon M. Wyman. «Il faut investir 100 millions US pour mettre sur pied une usine qui produit 110 millions de litres par année. Or, il faudra de 20 à 30 ans pour rentabiliser un tel investissement. Comme on ne sait pas si les subventions à l'éthanol dureront aussi longtemps, le montage financier est difficile. Pour le moment, les capitaux disponibles vont vers l'éthanol-maïs, qui a moins d'avenir mais constitue une valeur sûre.» Il faudrait entre 1000 et 1300 usines d'éthanol cellulosique similaires pour remplacer l'essence consommée aux États-Unis, selon l'ingénieur.

L'éthanol cellulosique est aussi beaucoup plus vert que l'éthanol de maïs, qui ne permet d'abaisser les émissions de gaz à effet de serre que de 20 %, parce qu'il faut beaucoup d'énergie pour cultiver et traiter le maïs. L'éthanol cellulosique, lui, émet 90 % moins de GES, selon M. Wyman.

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ÉTHANOL ET TORTILLA

Pourquoi les subventions américaines à l'éthanol ont-elles fait doubler le prix de la tortilla mexicaine? Après tout, la tortilla est faite avec du maïs «blanc», alors que l'éthanol est tiré du maïs «jaune». Selon l'hebdomadaire britannique The Economist, le noeud du problème est l'industrie agroalimentaire mexicaine. Elle utilise normalement du maïs «jaune» pour fabriquer des sirops et nourrir le bétail. Face à la hausse du cours de cette variété (plus 50 % depuis octobre), l'industrie s'est rabattue sur le maïs blanc. Dont le cours a lui aussi grimpé, rendant la tortilla plus chère.