Quiconque s'intéresse à la télévision et à l'écriture pour la télévision devrait prendre le temps de regarder Episodes (sept épisodes, en anglais) - ou, au moins, les trois premiers épisodes de cette série qui commence très fort... pour ensuite ramollir, mais sans sombrer.

Sonia Sarfati LA PRESSE

Les très britanniques Sean et Beverly Lincoln sont les auteurs d'une sitcom à succès qui récolte prix après prix. D'où l'intérêt que leur porte le très Américain Merc Lapidus, qui leur propose de tenter l'aventure hollywoodienne. Bref, de s'installer à Beverly Hills et de signer le remake de leur série. Il est tenté. Elle, moins. Mais elle se laisse convaincre.

Sauf qu'après l'éblouissement initial, le choc ne tarde pas. Le producteur-fan-numéro-un de leur sitcom n'en a en fait pas vu une seconde. La liberté promise ne l'est qu'en théorie et les Lincoln se retrouvent non plus à adapter, mais à réécrire. En faisant du moins bon et du pire.

La débâcle, quoi. Qui commence alors qu'ils se voient imposer comme vedette le seul et unique Matt LeBlanc. Incarné par Matt LeBlanc. Oui, le Joey de Friends et de Joey qui, à la manière de «notre» trio de Tout sur moi, livre ici une version fictive de lui-même. Sous son égide, le directeur érudit d'un collège privé de Londres devient... l'entraîneur d'une équipe de hockey. Léger (!) changement de ton, de style et d'ambiance. Et dépaysement pour nos deux Anglais. Formidables dans leur personnification de ces deux «poissons hors de l'eau», Stephen Mangan et Tamsin Greig sont le grand atout d'Episodes. Et le demeurent même lorsque les scénarios se font plus faibles, alors que les projecteurs se tournent vers leurs problèmes de couple.

Matt LeBlanc est lui aussi hilarant dans son incarnation de lui-même, avec cette assurance étatsunienne des plus irritantes, cette façon d'écouter sans rien entendre, ce sourire dévoilant trop de dents, ce «j'ai-toujours-raison-même-quand-j'ai-tort» implicite, cet art de la manipulation; mais aussi, rachetant tout le reste, cette façon de provoquer l'empathie. Bref, on l'aime même quand il dit ou fait des choses horribles.

Le résultat, très bien écrit même dans ces temps moins forts, est une critique décapante de l'industrie de la télévision, en particulier telle qu'elle se pratique dans les grands réseaux.

__________________________________________________________________________

* * * 1/2

EPISODES, THE FIRST SEASON. CRÉÉE PAR DAVID CRANE ET JEFFREY KLARIK. AVEC MATT LeBLANC, STEPHEN MANGAN, TAMSIN GREIG, JOHN PANKOW.