J’ai vu tous les galas de Star Académie depuis 2003, année charnière où mon ancienne belle-sœur, ce n’est pas une blague, a fait ses timides premiers pas dans le showbiz québécois. Salut, Maritza Bossé-Pelchat ! Comment tu « feeles » ?

Publié le 15 févr. 2021
Hugo Dumas
Hugo Dumas La Presse

En tant qu’expert autoproclamé du télé-crochet de TVA, même si je n’arrive toujours pas à différencier Annie de Suzie Villeneuve, je garde des souvenirs vifs et précis de ce phénomène hyper populaire, que La voix n’a jamais égalé en huit saisons.

PHOTO ÉRIC MYRE, FOURNIE PAR TVA

Star Académie 2021

En 2003, 2004 et même 2005, les artistes établis crachaient sur cette usine à stars préfabriquées. Facebook, Twitter et Instagram n’existaient pas. Pas plus que Spotify ou YouTube, d’ailleurs.

C’était une tout autre époque, où de purs inconnus, sans aucune expérience professionnelle, sortaient de leur coquille devant des millions de téléspectateurs. Ces parcours Cendrillon à la Marie-Élaine Thibert fascinaient le Québec. Le vote sortait dans toutes les régions. De la vraie folie.

Neuf ans après le couronnement de Jean-Marc Couture, la machine de Québecor a repris les ondes, dimanche soir, dans une jolie formule bleutée, mais moins flamboyante qu’à l’époque de Julie Snyder.

Faut dire que Star Académie 2021 compose avec un irritant de taille, la maudite COVID-19, qui a sorti le public (et l’ambiance) du studio. Un spectacle sans spectateurs, c’est triste. Ça manque d’électricité, de cris, de magie et d’applaudissements. Mais bon, faudra s’habituer.

Ce premier gala dominical a été plutôt échevelé et dénué de fébrilité. C’est dommage que les familles des concurrents n’aient pas été montrées en direct de leur salon. Et pourquoi les portraits des jeunes n’ont-ils pas été tournés dans leurs régions d’origine, question d’accélérer notre attachement envers eux ?

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM @LUNOUZUCCHINI

La candidate Lunou Zucchini, fille de Luce Dufault

En fait, l’équipe de Star Académie 2021 a tellement voulu se dissocier des éditions orchestrées par Julie Snyder que l’émission qui en a résulté ressembla à… La voix. C’était frappant quand Ariane Moffatt et Lara Fabian, deux anciennes occupantes de fauteuils rouges, commentaient, pardon, louangeaient les performances des chanteurs en danger, même les plus mauvaises. Déjà vu, déjà entendu.

Aussi, la procédure pour sauver les « moins bons » parmi les finalistes a été mal expliquée, ce qui a semé la confusion dans nos salons. On vote pour qui ou pour quoi, déjà ? Un dans chacun des deux groupes ? C’était brouillon.

PHOTO ÉRIC MYRE, FOURNIE PAR TVA

Patrice Michaud

Et les éclairages, mon Dieu, ça ne marchait pas. Dans la première heure, Patrice Michaud ressemblait à un personnage de Twilight, alors qu’on perdait les profs dans l’immense décor.

Heureusement, le chanteur gaspésien a démontré beaucoup de naturel dans son animation. Cool, relax, il rattrapait ses petites gaffes et surmontait les trous de mémoire comme un pro. Par contre, il devra arrêter d’appeler tout le monde « mon beau, ma belle, mon gars et mon homme ». Ce tic agace, à la longue.

Maintenant, parlons des 15 académiciens qui ont gagné leur lit dans la magnifique académie de Waterloo, en Estrie, le Poudlard des chanteurs. Une cohorte diversifiée, jeune et talentueuse. Vraiment. Plusieurs ont énormément d’expérience au compteur. Il y a la fille de Luce Dufault, Lunou Zucchini. Il y a un ancien de Mixmania 3, William Cloutier. Et il y a une ex de La voix, Annabel Oreste.

La caméra n’intimide pas cette génération, qui a grandi avec un téléphone intelligent à la main. Mettons qu’ils partent avec une longueur d’avance sur les Marie-Mai d’il y a 18 ans.

Bien aimé le clin d’œil aux cinq anciennes chansons thèmes de Star Académie, avant d’entamer le nouvel hymne de 2021, Maintenant et partout, une pièce accrocheuse écrite par Jérôme 50, Hubert Lenoir et son frère Julyan (Julien Chiasson). Je sens qu’elle va se visser dans nos têtes pour les trois prochains mois.

Quant aux numéros de variétés, ils paraissaient « garrochés », sans fil conducteur. À mi-parcours, la grosse prestation qui a réuni Laurence Jalbert, Louis-Jean Cormier, FouKi, les Sœurs Boulay, Corneille, Laurence Nerbonne et Alaclair Ensemble manquait de ligne directrice. C’est dommage d’avoir brûlé autant de gros noms, en 15 minutes, pour le reste de la saison.

Aussi, était-ce un spa qui se cachait au centre des pianos pendant le pot-pourri à saveur de Saint-Valentin (Aimer d’amour, Higher Love, Lovefool) ? Ça y ressemblait drôlement.

Dimanche prochain, ça serait bien que la caméra se pose au moins une fois sur le band d’Alex McMahon. Les musiciens font autant partie de l’émission que les interprètes.

On détecte déjà une tendance « champ gauche » dans ce Star Académie 2.0. Il ne faut pas perdre de vue le côté rassembleur et grand public de cette entreprise télévisualo-musicale. Sinon, ça ne lèvera pas.

Si vous désirez suivre la quotidienne de Star Académie, TVA l’a déplacée à 19 h 30, du lundi au jeudi. C’est La tour de Patrick Huard qui affrontera District 31 à 19 h, une mission kamikaze impossible à réussir.

Je disais plus haut que les producteurs de la nouvelle mouture de Star Académie ont tout écarté ce que Julie Snyder avait apporté au concept entre 2003 et 2012. C’est faux. Ils ont gardé cette fâcheuse manie d’étirer à 2 h 42 min ce qui aurait dû se boucler en deux heures, gros max.