Il existe des tonnes de raisons pour expliquer la popularité fulgurante des séries de « true crime », une de mes passions avec les Doritos, Zelda et le Coke Diète.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

On dévore ces émissions pour se donner la frousse sans se mettre réellement en danger. On est fascinés par ces détraqués qui ont le diable en eux, pas le démon comme celui qui possédait le pauvre Lazare dans Les Filles de Caleb, vous comprenez.

On engloutit ces histoires sordides en se rassurant, Dieu merci, ça n’arrive qu’aux autres et pas à nos familles. On essaie de résoudre le crime avant les enquêteurs, parce que nous, on est pas mal plus allumés, hein ? On en a entendu d’autres, des hommes qui respirent fort dans un téléphone à roulette !

On barre toujours nos portes et fenêtres. C’est la base et c’est la première chose à faire avant de tomber dans les bras de Murphy (oui, oui, c’est Morphée, mais ça sonne plus québécois, Murphy, merci).

Et on n’est pas naïfs. Oh non. Ce gars-là avec les dents pourries et un tatouage de hache sur la joue, pas question qu’il entre dans la maison pour nous vendre ses encyclopédies.

PHOTO FOURNIE PAR NETFLIX

Richard Ramirez dans le quatrième épisode de Night Stalker

L’excellente nouvelle docusérie Night Stalker de Netflix, offerte en français sous le titre Le traqueur de la nuit, vous fera cocher toutes ces cases. En quatre épisodes d’une heure, elle nous raconte le parcours sanglant d’un désaxé qui a terrorisé les habitants de Los Angeles à l’été 1985.

Une fois le soleil couché, le traqueur de la nuit entrait dans des maisons privées, violait des enfants, s’en prenait autant à des personnes âgées qu’à de jeunes femmes et dessinait, avec du sang, des symboles sataniques sur les murs des maisons de ses victimes. Très souvent, le tueur restait des heures sur place, se préparant une collation à même le frigo des gens qu’il venait d’abattre.

En quelques mois, il a enlevé la vie à au moins 13 personnes sans que la police l’embête. Night Stalker montre des photos des nombreuses scènes de crime et c’est aussi horrible que traumatisant.

La forme de cette docusérie demeure classique. Les deux détectives affectés à l’époque à la traque du maniaque revisitent avec nous cette période terrifiante où ils n’ont pas beaucoup dormi. Le tout, entrecoupé d’images de Los Angeles en 1985, d’entrevues avec les reporters qui ont couvert l’affaire, ainsi que des témoignages des proches des familles endeuillées.

La rivalité entre divers corps policiers californiens et plusieurs gaffes ont nui à la capture de ce fou furieux. Une empreinte d’espadrille permettra cependant aux flics de remonter lentement, mais sûrement jusqu’à lui. La photo du coupable et les images de son procès sont pires et plus cauchemardesques que tout ce que Hollywood a manufacturé sur lui au fil des ans. On voit notamment le traqueur de nuit dans la télésérie American Horror Story (les saisons Hotel et 1984).

PHOTO FOURNIE PAR CRAVE

Scène de Murder on Middle Beach

Toujours au chapitre du « true crime », j’ai adoré Murder on Middle Beach (Meurtre à Madison, en version française), que propose le service Crave. C’est tout aussi captivant.

Cette fois-ci, c’est le fils (Madison Hamburg) d’une femme assassinée qui tente d’épingler le responsable de la mort atroce — et inexplicable — de sa mère, Barbara, 48 ans, dont le corps a été découvert en 2010 sur la pelouse de sa belle maison de la rue Middle Beach, à Madison, au Connecticut. La police locale n’a jamais réussi à coincer un suspect dans ce dossier, toujours actif en 2021.

Meurtre à Madison, c’est comme regarder The Undoing, mais en vrai. Au premier abord, cette famille semble tout droit sortie des pages glacées du Vanity Fair. Ils sont beaux, ils sont riches, ils font des barbecues sur la plage, ils sont tissés serré. En grattant, c’est une image moins jolie qui ressort.

Pendant huit ans, le cinéaste Madison Hamburg, un sosie de Zac Efron, a tenté de résoudre le meurtre de sa maman en interviewant tous les membres de sa propre famille. Son père Jeffrey, sa tante Conway, sa sœur Ali, exilée en Argentine, sa grand-tante Jill, sa grand-mère Barbie… Avez-vous tué ma mère ? Sinon, qui l’a assommée et poignardée ?

Les réponses que Madison Hamburg obtient sont renversantes. La tante soupçonne la sœur, le père pointe vers la tante, les flics tournent en rond. Et plusieurs secrets bien enfouis remontent à la surface. Ce clan cache des problèmes de maladie mentale, de fraude, de toxicomanie et d’alcoolisme. Le FBI rôde autour également d’eux.

Ce portrait intimiste d’une famille dysfonctionnelle s’étire sur quatre épisodes de plus d’une heure. Oui, c’est parfois longuet. Mais comme le cinéaste derrière la caméra, qui est obsédé par son projet hyper personnel, on souhaite se rendre au bout de cette quête, coûte que coûte.