Les doubleurs, ce sont trois humoristes, Virginie Fortin, Louis Courchesne et Arnaud Soly, qui s’amusent avec un invité à parodier des extraits en y accolant des textes absurdement décalés. Un concept simple, mais efficace. Entrevue avec deux des animateurs de la nouvelle émission, présentée dès ce jeudi sur ICI Tou.tv.

Marissa Groguhé Marissa Groguhé
La Presse

Dans une pièce au décor sans fioritures, les trois animateurs sont en demi-cercle autour d’écrans leur présentant les images à doubler. À chaque épisode, une personnalité se joint à eux : Rosalie Vaillancourt, Catherine Brunet, Rachid Badouri, Mélissa Bédard, Léane Labrèche-Dor et plusieurs autres prennent part au délire du trio d’humoristes.

Au menu : des archives vidéo de séries, de films, de directs Instagram et autres. Le but est simple : interpréter le nouveau texte qui a été écrit pour les personnages à la manière d’un doublage. Bien sûr, le texte en question n’a rien à voir avec l’original et modifie complètement le contexte des scènes présentées. La bande d’auteurs derrière le projet s’en est assurée.

« On s’appelle Les doubleurs, mais c’est pour la joke, explique Virginie Fortin. On double grossièrement. Le but est d’être drôle, pas nécessairement précis. » Par exemple, un souper d’élimination d’Occupation double est devenu, par la magie du doublage, une discussion sur l’attribution du prix Nobel à un des candidats.

« Agréable, mais vraiment complexe »

L’idée des Doubleurs est venue à Louis Courchesne et à sa conjointe, la productrice Isabelle Larivière, lors de l’une de leurs séances de remue-méninges coutumières. « On s’assoit souvent pour trouver des idées de nouveaux projets, et quand le confinement est arrivé, on s’est dit qu’on pourrait trouver quelque chose qui pourrait se faire quand même », explique l’humoriste.

Amis de très longue date, habitués à faire de l’improvisation ensemble, Louis Courchesne, Arnaud Soly et Virginie Fortin entretenaient l’idée de bâtir un projet ensemble. Et le faux doublage est devenu l’une des spécialités d’Arnaud pendant le confinement.

« On s’est dit, avec Isabelle, qu’il n’y avait jamais eu d’émission de doublage en tant que telle, alors pourquoi ne pas essayer de le faire ? », raconte Louis.

PHOTO EVE B. LAVOIE, FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Louis Courchesne

On avait tous déjà travaillé pour la télévision, pour des sketchs, mais ç'a été un de nos contrats les plus complexes. C’était agréable, mais vraiment complexe.

Louis Courchesne, animateur

Bien vite, lorsque le projet a été lancé, « on s’est rendu compte pourquoi personne ne l’avait fait avant », lance-t-il ensuite, en riant. Le groupe s’est heurté à une série de casse-têtes. D’abord, l’aspect juridique du droit d’auteur, qui a demandé à l’équipe de recherche un travail colossal pour trouver des extraits utilisables. Puis, une fois les vidéos sélectionnées, l’écriture des doublages eux-mêmes.

Après avoir établi les grandes lignes de ce que deviendrait chaque extrait, les auteurs ont travaillé chacun de leur côté sur des textes. « Il fallait trouver le dialogue en essayant de respecter les labiales – un terme qu’on connaissait, mais qu’aucun de nous n’avait utilisé avant ce projet, dit Louis Courchesne. Il fallait faire notre petit montage aussi, respecter nos limites de temps. »

Le tournage des émissions a probablement été la tâche la moins ardue.

PHOTO EVE B. LAVOIE, FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Virginie Fortin

Dans le contexte actuel, c’est un show parfait à tourner. On double des archives dans lesquelles le monde peut se coller comme ils veulent, et nous autres, on est bien en sécurité dans notre studio.

Virginie Fortin, animatrice

Notons ici qu’aucun des doubleurs n’avait vraiment de compétences en doublage. « Ma seule expérience, c’est quand j’avais 9 ans et que mon père m’amenait voir le doublage d’un épisode des Simpson. J’ai toujours trouvé ça fascinant », raconte Virginie Fortin, dont le père, Bernard Fortin, qu’on peut entendre dans de nombreuses productions, a été longtemps la voix québécoise de Tom Hanks, notamment.

Une émission « déjantée »

S’ils sont tous issus du milieu de l’improvisation, les trois humoristes n’ont pas dévié de leurs textes dans leur émission, « parce que les gens ont tous travaillé fort pour que ça fonctionne sur les répliques », dit Louis Courchesne. Ils se sont par contre permis une catégorie « doublage improvisé », un moment récurrent propice aux coups de génie comme aux fous rires.

Sur le plateau des Doubleurs, on ne s’encombre ni de scripts ni d’une livraison trop formatée. Les animateurs le confirment, l’émission est l’occasion d’avoir du plaisir et de convier les spectateurs à y prendre part. « On ne voulait pas faire quelque chose de robotique, ça se veut un peu éclectique et déjanté, dit Virginie Fortin. On voulait donner le sentiment de chums qui ont investi un studio de doublage sans demander à personne et qui niaisent dedans. »

Les deux humoristes ne cachent pas leur souhait de voir l’émission renouvelée, si la réception du public est positive. Le concept s’avère presque inépuisable, et les idées ne manquent pas. « Le but, c’est qu’on fasse tellement de saisons qu’on soit rendus à doubler des épisodes des Doubleurs », s’amuse Virginie Fortin.