Le comédien Jean-Nicolas Verreault et sa femme, Jannie-Karina Gagné, nous accordent cette entrevue sur Zoom, de leur maison de Mont-Saint-Hilaire, sur la Rive-Sud. En fait, pas de leur maison principale, mais plutôt de leur « minimaison », qu’ils viennent de faire construire dans leur cour arrière.

Catherine Handfield Catherine Handfield
La Presse

Jean-Nicolas, Jannie-Karina et leurs trois filles sont au cœur d’une nouvelle série documentaire intitulée La cour est pleine !, offerte à partir du 7 janvier dans la section Véro.tv d’ICI Tou.TV Extra. La cour est pleine ! nous plonge dans le quotidien essoufflant du couple à travers la construction de sa fameuse minimaison – un rêve que la famille caressait depuis longtemps.

On le découvrira dans la série, mais la petite maison est loin d’être un caprice à la Marie-Antoinette. « Oui, c’est un luxe, mais dans notre cas, le besoin surpasse le luxe, résume Jannie-Karina Gagné. Dans mon cas à moi, c’est presque une question de survie. »

Jean-Nicolas et Jannie-Karina sont les fiers parents de Mia T., 16 ans, Marie-Simone, 8 ans, et Romy, 6 ans, trois filles ayant des besoins particuliers. Mia est autiste de haut niveau et vit avec un trouble d’anxiété généralisée, un TDAH et des troubles d’apprentissage. Elle étudie dans une école spécialisée, où elle suit des cours seule avec un professeur. La petite Romy est née avec des malformations causées par le syndrome de Nager, qui ont nécessité à ce jour cinq opérations. Bébé, ses arrêts respiratoires fréquents menaçaient sa survie. Et Marie-Simone, l’enfant du milieu, a aussi ses défis : syndrome de Gilles de la Tourette, TDAH, troubles d’apprentissage.

La maisonnée est pleine de vie, d’amour et de complicité, mais Jannie-Karina et Jean-Nicolas pédalent fort. Tous les jours. Tout le temps. La série documentaire montre en toute transparence les moments d’anxiété de Mia T., l’agitation et le côté frondeur de Marie-Simone, les besoins et le caractère de Romy, les querelles, la gestion des comportements et la fatigue, aussi.

Il manquait d’air, d’espace et de calme dans leur maison principale, qui est loin d’être énorme.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Jean-Nicolas Verreault et sa conjointe, Jannie-Karina

Essayez de faire des devoirs et des leçons avec une enfant qui a un TDAH sévère, un syndrome de Gilles de la Tourette et des troubles d’apprentissage s’il y a plein de bruits et plein de stimuli dans la maison.

Jannie-Karina Gagné

D’où l’idée d’aménager une maisonnette, chauffée, avec salle de bains et cuisinette, pour offrir la possibilité de se retirer avec un enfant ou deux enfants, seul (Jean-Nicolas doit apprendre ses textes et Jannie-Karina travaille en production à travers tout ça !) ou en couple, lorsqu’il y a une gardienne.

« Il y a le besoin d’être capable de respirer, aussi, dit Jean-Nicolas. À une certaine époque, ça nous arrivait de dire : ‟va donc prendre 48 heures seul à l’hôtel”, mais budgétairement parlant, ça devient difficile. Avec ce qu’on vit en ce moment, ça devient très difficile. » Le couple, qui paie 1200 $ par mois pour l’école de Mia, souligne que la pandémie a porté un coup dur à la famille, tant financièrement que moralement. « Mia, pendant la pandémie, on l’a perdue, résume Jannie-Karina. On s’est retrouvés avec une Mia de 8, 9 ans. Il a fallu tout reprendre ça. »

Le projet de construction s’est déroulé du mois d’août au mois d’octobre et n’a pas été un long fleuve tranquille (l’excavation, notamment, a réservé quelques surprises anxiogènes). Le couple a songé à abandonner en cours de route, mais le résultat est au-delà de ses attentes. Les parents ont été agréablement surpris dernièrement en constatant que Marie-Simone avait le réflexe d’aller elle-même s’isoler dans la petite maison pour laisser sa colère se dissiper.

Mission : déstigmatisation

Si Jean-Nicolas et Jannie-Karina acceptent d’ouvrir une porte sur leur intimité familiale, c’est entre autres pour contribuer à déstigmatiser la différence, chez les enfants, disent-ils. Lorsque Jannie-Karina a eu Romy, elle a eu envie de saisir cette tribune « pour offrir aux parents la possibilité de se sentir moins seuls, de se déculpabiliser, et de voir au-delà du comportement », dit-elle.

PHOTO FOURNIE PAR ICI TOU.TV

Jean-Nicolas et Jannie-Karina avec leur trois filles

D’abord réticent à exposer ses enfants, Jean-Nicolas dit très bien comprendre, aujourd’hui, la mission de sa douce moitié. « C’est aussi pour ouvrir la voie à un certain futur, dit-il. Exposer Romy, en parler, ça démystifie des affaires. Même chose pour Mia : c’est difficile de repérer l’autisme chez les filles. Plusieurs ne le découvrent que lorsqu’elles sont jeunes adultes. » Mia aussi trouve important de contribuer à démystifier l’anxiété. Avec son père, l’adolescente, qui a subi de l’intimidation à l’école, est porte-parole de la Fondation Jeunes et tête, dont la mission est de prévenir la détresse psychologique chez les jeunes. « Un moment donné, si Mia dit : ‟je suis écœurée, je ne veux plus qu’on me voie la face”, ce sera bien correct, dit Jean-Nicolas. Mais si ça peut servir, pour nous, mais aussi pour elles, c’est tant mieux. »

« J’imagine que je vais recevoir de bons et de moins bons commentaires, croit Jannie-Karina par rapport à la série. Il y en a peut-être qui vont me juger, comme mère. Mais tout ce que je fais, je le fais tellement avec amour que ça ne me dérange pas. Je suis fière de mes filles. Oui, des fois, ça n’a pas d’allure, mais c’est comme ça », poursuit la mère, qui a vite compris que prendre ses enfants de front ne donnait rien qui vaille. « Être parent, c’est le travail d’une vie. »

La cour est pleine ! est offerte à partir du 7 janvier dans la section Véro.tv d’ICI Tou.TV Extra.