C’est comme si TVA avait remplacé sa machine à café filtre par un appareil qui fonctionne avec des dosettes. La boisson chaude a à peu près le même goût, avec quelques arômes plus modernes, qui ne s’éloignent toutefois pas de la torréfaction d’origine.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Cette nouvelle mouture de Caméra café, en grains à peine plus fins, plaira aux premiers amateurs de cette sitcom, qui l’ont dégustée à TVA entre 2002 et 2012. Le premier épisode de ce Caméra café 2.0 percolera le mardi 12 janvier à 21 h, toujours à TVA.

Mais ne vous attendez pas à du « latté art » compliqué ou à un truc sophistiqué chauffé au siphon japonais. Non. Caméra café, c’est un Tim Hortons de base (un grand deux-deux) que l’on commande au service à l’auto. D’ailleurs, la nouvelle identité visuelle de l’émission rappelle le brun et l’orange de l’enseigne américaine Dunkin Donuts, disparue du Québec depuis deux ans.

IMAGE FOURNIE PAR TVA

Les comédiens de Caméra Café

La comédie repart dans une nouvelle entreprise, avec de nouveaux personnages, toujours des archétypes d’employés qui pullulent dans des bureaux partout au Québec. Du genre : la commère, le souffre-douleur et le macho, auxquels s’ajoutent, en 2021, le millénial engagé socialement, le militant antiraciste ou la lesbienne féministe.

Caméra café démarre avec l’entrée en poste de la nouvelle patronne de la boîte, Mélanie (Marie-Ève Trudel), Mel pour les intimes, adepte des formules en franglais ramenées d’une formation à Los Angeles. Elle n’a rien à voir avec Normand Dugas (Claude Prégent) de l’ancienne version, mettons.

Les personnages féminins, mieux cernés, déclenchent plus de rires, je trouve. La meilleure ? La belle Francine, jouée par l’excellente Sylvie Léonard. Boomer, matante quétaine et moulin à paroles, elle gère les réseaux sociaux de l’entreprise sans aucune efficacité. Anne-Élisabeth Bossé campe Vicky, l’éducatrice en garderie toujours en lendemain de brosse, tandis que Marie-Soleil Dion se glisse dans la peau de Maude, la réceptionniste gaie sarcastique, qui remet constamment à sa place le gros colon Mike (Louis-Olivier Mauffette), un gars des ventes ne ratant aucun 5 à 7.

Le pire personnage ? Celui de Richard, le concierge « complotiste » incarné par José Gaudet. Il est insupportable et occupe trop de temps d’antenne dans les deux épisodes que j’ai vus. Il détonne et joue très, très gros.

Le gestionnaire des ressources humaines bonasse s’appelle Benoît (Jocelyn Blanchard) et hérite, en quelque sorte, de la partition de l’ancien comptable Sylvain (Stéphane E. Roy).

Au premier épisode, vous découvrirez Phélippe (Étienne Lou), le millénial woke qui peint ses ongles comme Jay Du Temple et qui dénonce l’hétéronormativité ambiante. Un autre millénial, Jocelyn (Simon Pigeon), s’occupe de l’informatique et Didier Lucien hérite du rôle de l’avocat psychorigide Jean-Marc. Contrairement à l’édition du début des années 2000, Caméra café 2.0 n’a pas de délégué syndical à la Bruno Gagnon (Martin Matte).

Et de quoi parlent les textes ? De discussions de machine à café, bien évidemment. La poutine du bureau, mais aussi de sujets d’actualité comme le privilège de l’homme blanc, la diversité, le féminisme, la drague sur les réseaux sociaux ou la fameuse liste des agresseurs sexuels. Le tout, écrit au crayon gras.

C’est difficile de se faire un avis après seulement deux épisodes de 30 minutes, mais je crois préférer le Caméra café « vintage », plus comique, qui repasse encore sur la chaîne Prise 2. La chimie entre Pierre Brassard et Martin Matte n’a pas été recréée dans la distribution de 2021.

Vous remarquerez aussi que la distanciation physique de Caméra café 2.0 est vraiment très évidente, alors qu’elle ne paraît presque plus dans des émissions comme District 31, L’échappée ou 5e Rang.

Point sucré, en terminant : la chanson thème de Caméra café a été composée et interprétée par Mathieu Lafontaine – alias Claude Cobra – de Bleu Jeans Bleu, un joli ver d’oreille.

Des records explosent le 31

Le premier ministre François Legault avait suggéré aux Québécois de rester à la maison et de regarder le Bye bye 2020 le soir du 31 décembre. Son message a été entendu. Et tous les records d’écoute ont été fracassés, comme prévu.

Alors, la populaire revue de fin d’année de Radio-Canada a été visionnée, en direct, par 3 814 000 curieux, battant le meilleur score de 3 349 000 téléspectateurs établi en 2018.

En fait, toutes les émissions du 31 décembre de la société d’État ont vu leurs audiences gonfler de façon importante, à commencer par Infoman, qui a été regardé par 3 038 000 fans, une augmentation de 55 % par rapport à ses chiffres de l’an dernier (1 960 000). C’est énorme. Vraiment, le confinement a été payant pour les artisans du petit écran.

Du côté d’En direct de l’univers, la hausse a été estimée à 59 % : 1 998 000 adeptes ont dévoré l’édition de 2020 comparativement aux 1 256 000 téléphages en 2019. C’est un bond énorme.

Pour ce qui est d’À l’année prochaine, ses cotes sont passées de 1 336 000 en 2019 à 1 843 000 en 2020, pour une amélioration de 38 %.