Gary pis Todd. Todd pis Gary. Leur splendide maison à Cape May, leur vie fabuleuse, leurs amis jet-set et leur coûteux cadeau de baptême, une « ciboire de poupée à 750 piasses » avec la face de La Joconde, qui a été décapitée en deux secondes.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Cela fait au moins trois saisons de Lâcher prise qu’Éric (Simon Lacroix) vénère ce couple américain mythique, tandis que son conjoint, Kevin (Éric Paulhus), envie la perfection de Gary et Todd en les insultant copieusement, toujours dans leur dos, évidemment.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE L’ÉMISSION

Scène de la finale de Lâcher prise

Après trois ans d’attente, ta-dam, nous avons enfin vu Gary et Todd, en chair et en vêtements griffés, dans l’épisode final de cette délicieuse comédie, que Radio-Canada a relayé lundi soir. « Ils existent pour vrai, eux autres ? J’ai toujours pensé que c’était des genres d’amis imaginaires », a d’ailleurs sifflé la chic Madeleine (Sylvie Léonard) dans l’une de ses nombreuses répliques tranchantes.

IMAGE FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Gary (Nico Racicot) et Todd (Yanic Truesdale), couple fendant dans Lâcher prise

Évidemment, Gary (Nico Racicot) et Todd (Yanic Truesdale) conduisent un rutilant camion Mercedes. Leur fille s’appelle Greta (tellement déjà conscientisée) et a été baptisée au lac de Côme, en Italie. Gary pis Todd n’avaient pas prononcé une phrase en franglais affecté qu’on les haïssait déjà.

Et vous remarquerez que, dans la photo finale du double baptême, qui clôt la série, tout le monde a l’air du diable, sauf Gary et Todd, qui fixent l’objectif avec leurs beaux sourires de fendants.

Je vais beaucoup, beaucoup m’ennuyer de Lâcher prise et de son humour piquant entrelacé de tendresse. Non, il n’y aura pas de cinquième saison, car l’auteure Isabelle Langlois considère avoir raconté l’histoire qu’elle voulait raconter, m’a-t-elle rappelé mardi.

Les adieux de Lâcher prise ont été à l’image des dernières saisons : touchants et « fucking drôles ». En comédie, cet équilibre fragile ne s’atteint pas facilement. Chapeau.

Le curé gelé comme une balle, Kevin en névrose complète, Gary qui murmure à l’oreille des bébés, Bianca (Charlie Laplante) et Margot (Lili Arseneau) qui manigancent dans le dos de leur père (Jean-Moïse Martin) ainsi que le frère tata (Mathieu Quesnel) jamais en panne de niaiseries, Lâcher prise a montré son joli côté givré.

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Éric Paulhus, Sylvie Léonard et Simon Lacroix dans la finale de Lâcher prise

Puis, lors des scènes du banc à l’extérieur de l’église, la comédie a réglé ses enjeux plus sérieux avec la maternité/paternité, les crises d’angoisse de Madeleine et le rétablissement de Valérie (Sophie Cadieux). Le tout, tricoté avec intelligence et finesse.

La mort de Suzanne (Suzanne Champagne), alias Chouchoune, a cependant été expédiée rapidement. Le signet in memoriam glissé dans le livre de Valérie a confirmé, en une petite seconde, la mort de la conjointe de Gilles (Gildor Roy), qui souffrait d’un cancer du sein.

Ce départ aurait-il pu ramener Gilles et Madeleine en couple ? « Ils se connaissent assez pour savoir que, tous les deux, ils sont impossibles ensemble. Mais on sent la tentation dans l’épisode final. Aussi, Gilles est fraîchement veuf de la deuxième femme de sa vie », répond Isabelle Langlois.

La scénariste croit à l’avenir de Simon et Valérie, de même qu’à celui d’Éric et Kevin. « Je pense qu’ils sont assez bien assortis », glisse Isabelle Langlois, qui planche actuellement sur un autre projet télé, qu’elle garde top secret.

La créatrice de Rumeurs et de Mauvais karma est incapable de déterminer pour lequel de ses personnages elle aimait le mieux écrire. « Éric et Kevin me venaient facilement. Le trio de frères me faisait vraiment rire. Madeleine était un exercice à trouver entre la sensibilité et ses déclarations à l’emporte-pièce. Le personnage de Valérie demandait de faire parler une femme sûre d’elle, efficace au moment où elle ne l’est plus, ne se comprend plus, et au moment où elle n’est plus vraiment elle-même », explique-t-elle.

PHOTO FOURNIE PAR RADIO-CANADA

Sophie Cadieux, Jean-Moïse Martin, Mathieu Quesnel, Michel Laperrière et Micheline Bernard dans la finale de Lâcher prise

Isabelle Langlois a également tenté l’aventure cinématographique en signant le scénario du film Merci pour tout, qui met en vedette Julie Perreault et Magalie Lépine-Blondeau et qu’a réalisé Louise Archambault.

J’ai visionné cette comédie ce week-end. Comment dire ? On dirait qu’il manque 15 minutes à la fin pour boucler les intrigues. Au sujet de Merci pour tout, Isabelle Langlois se fait avare de commentaires. « Il y a eu beaucoup de coupures. Avant le tournage et après aussi. Ceci explique sans doute cela », dit-elle.

Selon mes espions, le tournage de Merci pour tout a été très difficile et complexe. Ça se voit à l’écran qu’il y a eu des tensions créatives au sein de l’équipe. Le film manque de rythme et ne met pas le texte comique en valeur. Comme s’il fallait absolument étendre une épaisse couche de drame sur des situations juste loufoques.

Heureusement, les deux actrices y brillent, tout comme les magnifiques paysages des Îles-de-la-Madeleine. Merci pour ça.