Il n’y a rien dans la téléréalité Love Is Blind de Netflix qui a de l’allure. Les décors font cheapo, les concurrents — ou les acteurs ? — n’ont pas l’air de 100 watts, et le concept, mon Dieu, est atroce.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Épouseriez-vous quelqu’un du sexe opposé sans ne l’avoir jamais vu, senti, embrassé ni même effleuré ? Bref, passeriez-vous la bague au doigt à une personne avec qui vous n’avez eu que des conversations à travers un mur ?

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Aucun aspect de la téléréalité Love Is Blind n’a de sens, estime notre chroniqueur. C’est bien plus trash qu’Occupation double et bien plus captivant que The Circle.

C’est ça, Love Is Blind, Mariages instantanés, en version française. Aucun aspect de cette téléréalité n’a de sens. C’est bien plus trash qu’Occupation double et bien plus captivant que The Circle.

Sans surprise, vous me connaissez, j’ai dévoré les neuf heures disponibles et j’attends fébrilement jeudi, où Netflix libérera le dernier épisode de la série, où nous assisterons à cinq mariages ou à cinq ruptures, tout dépendant de la quantité de vin rouge qui aura été bue au cocktail.

Love Is Blind nous accroche pour toutes les mauvaises raisons. Les deux animateurs (Nick et Vanessa Lachey), qui parlent comme des robots, répètent constamment aux célibataires que cette expérience unique au monde changera leur vie. Euh, allô ? Des noces express, c’est certain que ça te bouleverse une routine.

Les concurrents de Love Is Blind se soumettent d’abord à plusieurs séances de « speed dating » dans des cabines individuelles, où ils n’aperçoivent pas leur partenaire, pas même son ombre ou sa silhouette. Seul le son de la voix de l’autre traverse l’épaisse fenêtre givrée qui les sépare.

Au fil de ces rencontres vocales, des liens se tissent entre les participants. Quand ça clique assez fort, on saute immédiatement à la grande demande, un genou par terre. Ce n’est qu’une fois fiancés que les tourtereaux se serrent dans leurs bras pour la première fois. C’est tellement inconfortable et gênant, mais 100 % addictif. J’étais incapable d’arrêter.

Et vous n’avez encore rien vu, le plus étrange s’en vient. Les fiancés passent ensuite quelques jours au Mexique pour que leur connexion émotionnelle se mute en connexion physique, dixit Vanessa et Nick Lachey, qui s’acharnent à intellectualiser une émission tout sauf scientifique. Encore une fois, malaise. Encore une fois, nos yeux ne lâchent jamais l’écran.

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Les concurrents de Love Is Blind se soumettent d’abord à plusieurs séances de « speed dating » dans des cabines individuelles.

Puis, le processus normal de construction d’une relation amoureuse s’accélère encore plus. Après le soleil du Mexique, les nouveaux couples emménagent ensemble (ils ne se connaissent que depuis deux semaines, je le rappelle) et se présentent à leurs familles respectives. Une date a même été fixée pour tous leurs mariages : d’ici un mois. Du vrai délire.

Ce retour à la réalité transforme Love Is Blind en télénovela hallucinée, alors que les masques tombent.

Amber traîne des dettes de 20 000 $ et n’a pas de domicile fixe, Mark vit avec des colocs, Jessica boit beaucoup trop de cabernet sauvignon, Kelly ne désire pas sexuellement son compagnon, et des familles renient quasiment leurs enfants qui, je le répète, participent à une expérimentation cinglée.

C’est pétrifiant à quel point les concurrents dévoilent les moindres détails de leur intimité à la caméra. Au diable la dignité, vive la célébrité. Et pourtant, Love Is Blind ne remet pas de prix aux gagnants. Pourquoi s’y inscrire, alors ? Pour nous divertir, selon toute vraisemblance.

Les émissions de Love Is Blind ont été tournées en octobre 2018, dans la région d’Atlanta, et les candidats ont tous signé des contrats les empêchant de parler publiquement de leur parcours. Depuis sa mise en ligne à la Saint-Valentin, Love Is Blind a créé un immense buzz.

Je ne suis pas particulièrement fier d’avoir sombré dans le vortex de Love Is Blind, qui dépeint la vie sentimentale de gens pas très équilibrés, avouons-le.

Mais jeudi, nous serons collectivement libérés de notre obsession et nous assisterons sûrement à la fuite de Jessica, incapable de vivre avec un compagnon dix ans plus jeune qu’elle, on le sait tous, franchement.

Chiffrier du dimanche

Peu de changements dans le grand ordre de la télé dominicale. La voix de TVA reste stable avec ses 1 929 000 accros. Tout de suite après, La vraie nature se maintient au-dessus du million avec ses 1 093 000 fidèles. Tout le monde en parle se classe au troisième rang (843 000), suivi de Vlog (828 000), un autre titre de TVA qui complète le carré d’as.