Depuis une dizaine d’années, Jean-Philippe Wauthier est l’enfant irrévérencieux de la télévision et de la radio de Radio-Canada. Il insuffle un vent d’audace et de folie à chaque projet qu’il anime. Or, cette année, il est devenu moins cynique et plus bienveillant. Même si l’ironie n’est jamais très loin.

Luc Boulanger Luc Boulanger
La Presse

« Comment ça va ? » Cette question, Jean-Philippe Wauthier l’a répétée tous les soirs à ses invités durant les 102 émissions de Bonsoir bonsoir  ! en 2020. Et il ne s’est jamais lassé de la poser.

« C’est drôle, parce qu’avant la COVID-19, j’évitais de poser cette question en entrevue. À mes débuts à l’animation, comme je n’avais pas de formation [il est diplômé en sciences politiques], je demandais des conseils aux gens d’expérience. Ils me disaient de ne jamais commencer une entrevue en demandant : comment ça va ? Parce que ça gruge du temps précieux. Et nos invités sont là pour parler de leurs projets, de leur actualité, de leur passion… Pas de leur journée à la maison. »

Voilà que la pandémie a tout changé.

Soudainement, tout le monde est devenu anxieux face au virus. Les artistes voyaient leurs projets reportés ou annulés. Face à l’incertitude, à l’inconnu, c’était normal, voire nécessaire, de parler du quotidien, de s’intéresser à comment se passe leur confinement.

Jean-Philippe Wauthier

Critique de la critique

Invitée en novembre dernier à La soirée est (encore) jeune, la productrice et animatrice Marie-France Bazzo lui a reproché de poser la question à Bonsoir bonsoir ! : « Demander ad nauseam à des invités A [des vedettes archipopulaires] comment va ton confinement, ça finit par être redondant », arguait-elle en gros.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Marie-France Bazzo

On a senti Wauthier piqué par la critique, pourquoi ? « Je l’ai trouvé malhonnête, répond-il. Premièrement, parce qu’il n’y a rien de futile à poser cette question, pour les raisons qu’on disait plus haut. Deuxièmement, parce qu’on n’invite pas seulement des A à Bonsoir bonsoir !. J’ai parlé à toutes sortes de gens de partout au pays. Et troisièmement, parce que, dans une émission culturelle à heure de grande écoute, oui, il y a du monde qui aime avoir des nouvelles d’une Guylaine Tremblay ou d’un Jay Du Temple, par exemple. »

Comme tout le monde, la pandémie a pris Jean-Philippe Wauthier au dépourvu, en mars dernier. L’animateur était en Arizona avec des amis pour faire le plein d’énergie avant sa nouvelle saison au petit écran. À son retour, après sept jours de vacances, tout avait changé et la planification de l’émission était à refaire au complet avant la première du 6 avril.

« La liste des invités changeait constamment. Deux jours avant d’entrer en ondes, on n’avait pas pu monter le décor. Finalement, on a enregistré la première dans le décor des Poilus. France Beaudoin, Marc Labrèche et Luc Dionne ont été parmi les premiers invités. Je les trouvais bien courageux de venir en studio. Soudainement, j’avais l’impression de faire un autre métier… »

Les « madames » dans sa poche

Jean-Sébastien Girard, son complice à La soirée est (encore jeune), le confirme : son style d’animation a changé en ondes depuis le printemps dernier. « À la télévision, Jean-Philippe a pris le ton bienveillant de circonstance. Il a plus d’écoute et d’empathie. Et ce nouveau ton a beaucoup charmé le public de son émission. Il a mis les “madames” qui le trouvaient prétentieux dans sa poche », dit Girard, en ajoutant qu’à la radio, c’est une autre dynamique, car son ami est demeuré comme avant la pandémie.

PHOTO FRANÇOIS ROY LA PRESSE

Jean-Sébastien Girard, lors de l’émission de radio La soirée est (encore) jeune, l’an dernier

Alors qu’on est privés de sorties, de loisirs, de tout, on a réalisé qu’un talk-show comme le nôtre peut faire du bien au moral des gens. Dès le début de la crise, la direction de Radio-Canada a vu le rôle de la télévision comme celui d’un service essentiel à la population.

Jean-Philippe Wauthier

La saison du talk-show estival devenu hebdomadaire à l’automne a pris fin le 12 décembre. Outre la radio et la télévision, Wauthier anime aussi une émission balado « santé et mieux-être », Grand écart, dans laquelle il discute avec ses invités de la manière de concilier l’entraînement physique et ses activités quotidiennes. « C’est d’autant plus important durant la pandémie, alors que notre mode de vie est chamboulé. Parfois, c’est aussi simple que de mettre une activité comme la marche à son agenda. »

Briser la carapace

Dans sa vie personnelle, Jean-Philippe Wauthier ne partage pas facilement ses émotions. « J’ai une grosse carapace, dit-il au bout du fil. Or, cette année, je me suis surpris à m’ouvrir avec les invités. »

L’animateur de 41 ans a pleuré pendant un duplex avec Marie Eykel (Passe-Partout), parce que sa voix réconfortante lui rappelait de beaux moments de son enfance au Saguenay. « J’avais déjà pleuré en ondes, lors de mon passage à En direct de l’univers. Mais ce soir-là, les larmes sont montées sans prévenir. »

Il a aussi fait environ 80 entrevues avec des « aînés » – de Sœur Angèle à Claudette Taillefer, en passant par Clémence DesRochers. « Une expérience enrichissante à tout point de vue », dit-il.

Avec Le Sportnographe puis La soirée est (encore) jeune, Wauthier et ses complices en studio ont souvent bien maîtrisé l’art de l’ironie pour contrer la déprime. Est-ce qu’avec la pandémie, ce style d’humour est toujours aussi efficace ?   Je demeure un gars qui aime l’humour malgré tout, mais ça ne prend plus toute la place en entrevue. »

PHOTO HUGO-SÉBASTIEN AUBERT, LA PRESSE

Enregistrement, dans un studio de Radio-Canada, d’un épisode du Sportnographe version janvier 2020 avec Jean-Philippe Wauthier, Olivier Niquet et Jean-Philippe Pleau

Si l’animateur chasse toujours le tragique par le comique, c’est dans sa nature. Il a appris en 2020 que la bienveillance est aussi un bon remède contre nos angoisses. Car elle nous aide à mieux aller.

Bonsoir bonsoir ! reviendra en ondes sur ICI Télé, au printemps 2021.

La soirée est (encore) jeune sera de retour après la pause des Fêtes, à partir du 9 janvier.