(Londres) Usure, changements sociaux ou aujourd’hui la pandémie : rien n’y fait, la série britannique Coronation Street, qui suit le quotidien d’ouvriers et commerçants du nord de l’Angleterre, résiste au temps et charme toujours les Britanniques, au point de fêter mercredi ses 60 ans.

Anna MALPAS
Agence France-Presse

Diffusé pour la toute première fois le 7 décembre 1960, ce feuilleton télévisé est considéré comme le plus ancien au monde. Il tourne autour d’un pub et d’un magasin de quartier, dans une ville imaginaire nommée Weatherfield.

La diffusion de « Corrie », comme il est affectueusement surnommé, devait à la base ne durer que quelques mois, mais le succès a été immédiatement. Plus de 10 000 épisodes plus tard, la série — avec ses matriarches, ses rues pavées et sa musique désuète à la trompette — reste l’une des plus regardées de la chaîne ITV.

Selon le directeur d’ITV pour le nord de l’Angleterre, John Whiston, le succès de Coronation Street s’explique par le fait qu’elle constitue « un guide d’humanité, saupoudrée d’un peu de réconfort et d’un peu de cet esprit acéré » du nord de l’Angleterre.

Bien que typiquement british, cette série, qui présente selon John Whiston « des femmes fortes et des hommes incapables », a également connu un certain succès au Canada. « Des générations ont grandi avec “Corrie” dans leur foyer », a relevé la directrice des programmes de divertissement de la chaîne canadienne CBC, Sally Catto.

Novatrice

Considérée comme un véritable trésor national, Coronation Street a été commentée jusqu’aux plus hautes sphères de l’État.

Fille d’épicier, l’ex-première ministre Margaret Thatcher n’avait pas manqué de fustiger un coin du magasin qui vendait de l’alcool, lors de sa visite du tournage en 1990, selon l’ex-Secrétaire d’État aux médias, John Whittingdale.

En 1998, le travailliste Tony Blair, dont le beau-père avait d’ailleurs joué dans la série, avait brouillé les lignes entre réalité et fiction en ordonnant une enquête sur le cas du personnage de Deirdre Rachid, emprisonnée à tort pour fraude.

Dernièrement, les critiques reprochent à l’émission d’avoir perdu une partie de son caractère et de son humour, réprouvant son recours à des évènements sensationnels — comme l’impressionnant accident de tramway qui avait fait 146 morts pour les 50 ans de la série — afin de gagner de l’audience.

La série était pourtant autrefois saluée pour ses intrigues novatrices, devenant par exemple le premier feuilleton britannique à introduire en 1990 un personnage transgenre, en la personne de Hayley Cropper.

Alors qu’elle réunissait plus de 20 millions de téléspectateurs à son apogée, entre 1980 et 1990, Coronation Street n’est plus regardée aujourd’hui « que » par 7 à 8 millions de personnes, mais reste chère aux Britanniques.

Pour célébrer ses 60 ans, la poste britannique, Royal Mail, met en vente des timbres reprenant certaines scènes clefs et la cathédrale de Salford, près du lieu de tournage, a sonné mercredi matin pendant deux minutes à la mémoire de Tony Warren, le créateur de l’émission, né dans cette ville.

Défi du coronavirus

De mars à juillet, la pandémie de nouveau coronavirus a forcé le feuilleton à stopper les tournages. Ils ont depuis repris dans le respect des distances sanitaires, mais les réalisateurs ont admis avoir dû renoncer à un tournant dramatique pour le 60e anniversaire, rendu impossible par le virus.

Un mal pour un bien estime le Times, selon qui le coronavirus a permis de « ramener une impression de réel dans les intrigues ».

Devant le Parlement, le député conservateur Whittingdale a cependant accusé l’émission de manquer de réalisme sur la sévérité des restrictions locales frappant le nord de l’Angleterre depuis des mois, au grand dam des élus locaux. Il a argué que Weatherfield était censé se trouver la zone la plus infectée d’Angleterre et que son célébrissime pub, le Rovers Return, devrait donc être fermé, ne « proposant qu’un service à emporter ».

Ce débat parlementaire sur l’anniversaire de la série a été lancé par la députée travailliste Tracy Brabin, ex-actrice qui avait elle-même joué dans l’émission. « S’il y a bien une chose dans notre pays qui peut transcender les clivages politiques », a-t-elle estimé, « c’est notre amour pour Coronation Street ».