La quatrième saison de The Crown, qui sera offerte dimanche sur Netflix en français et en anglais, s’avère la meilleure jusqu’à présent. Et de loin. C’est brillant et précieux, comme les bijoux de la reine Élisabeth II. C’est plus rythmé, encore plus grandiose, et ce nouveau chapitre royal déroule le tapis rouge à deux femmes mythiques du Royaume-Uni, Lady Diana et Margaret Thatcher.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Attendez de voir Diana Spencer, dont l’interprète (la révélation Emma Corrin) ressemble à un mélange d’une jeune Jodie Foster et de Laurence Leboeuf. Elle est magnétique. Son regard à la fois lumineux et triste, sa personnalité pétulante, sa tête inclinée, ses pulls colorés, sa coupe de cheveux à la garçonne devenue classique, tout fonctionne.

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Gillian Anderson incarne Margaret Thatcher dans la quatrième saison de la série The Crown.

Attendez de voir Margaret Thatcher, campée par la formidable actrice Gillian Anderson (The Fall, The X-Files), que je n’ai pas reconnue immédiatement sous sa perruque bouffante et ses prothèses de vieillissement. Son interprétation de la première ministre britannique se rapproche plus de la caricature que, par exemple, celle de Meryl Streep dans le film The Iron Lady, mais Gillian Anderson s’en sort admirablement bien en reproduisant la voix étouffée de la politicienne conservatrice, son élocution saccadée et sa posture si particulière. Elle dépasse la performance de Meryl Streep, à mon avis.

Et ajoutez à cela l’époustouflante Olivia Colman (Broadchurch), qui poursuit son règne triomphal sous la couronne d’Élisabeth II, et vous obtenez le récit de trois héroïnes dissemblables, chacune coincée dans un carcan protocolaire.

La quatrième saison de The Crown couvre les années 80 — de 1977 à 1990, pour être précis — et la trame sonore se bonifie de pièces comme Boys Don’t Cry de The Cure, Edge of Seventeen de Stevie Nicks ou Upside Down de Diana Ross.

On sent que cette série prestigieuse se dépoussière, tout en conservant ses décors opulents.

L’aspect plus « tabloïd » de The Crown 4 déplaira sans doute aux puristes (pas moi), qui lui préféreront le flegme et la retenue des saisons précédentes. Mais avec l’entrée triomphale de Lady Diana au palais de Buckingham et son mariage ultramédiatisé avec le prince Charles (Josh O’Connor), impossible d’éluder le glamour et les paillettes.

En même temps, la jeune Diana mélancolique, souffrant de boulimie et isolée dans la campagne anglaise, occupe beaucoup de temps d’écran. Parachutée dans cet univers aristocratique dont elle ne maîtrise aucun des codes, la princesse de Galles dérive lentement. Imaginez. Ça débute avec son mari, de 12 ans son aîné, qu’elle ne connaît pas du tout et qui la trompe déjà avec Camilla Parker Bowles (Emerald Fennell). J’avais oublié tous ces détails croustillants.

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La princesse Diana interprétée par Emma Corrin dans la quatrième saison de la série The Crown

Heureusement, le charme de Diana, une pop star, ni plus ni moins, opère partout. À Balmoral, où Margaret Thatcher s’est pris les pieds (littéralement), Diana séduit les membres de la monarchie un à un, même la revêche princesse Margaret (Helena Bonham Carter), la seule à prédire le malheur pour Charles et Diana.

Devant les journalistes du monde entier, Diana rayonne. Mais derrière les portes closes de son château, c’est un destin tragique qui se façonne.

À l’opposé, Margaret Thatcher ne démarre pas sa carrière au 10, Downing Street avec la même cote d’amour. Ses réformes drastiques pour amincir l’État, son refus d’imposer des sanctions à l’Afrique du Sud (pour l’apartheid) et la coûteuse guerre qu’elle a livrée à l’Argentine pour le contrôle des îles Malouines suscitent la grogne, c’est peu dire.

N’empêche. La Dame de fer, une élue intransigeante, bornée et hyper travaillante, ne ramollit pas. Ses rencontres privées avec la reine Élisabeth II offrent parmi les meilleurs moments de ce quatrième volet. Ces deux femmes qui ont le même âge ne s’entendent sur presque rien et s’affrontent avec une agressivité passive presque jolie. Des combats musclés, tout en retenue. Très britannique comme attitude.

Qu’on adhère ou non à ses idées de droite, Mme Thatcher demeure un personnage fascinant. Elle se plaint de la condescendance de ses collègues masculins, mais elle-même n’est pas un modèle de féminisme, croyant dur comme fer (ah ha !) que les femmes expriment trop leurs émotions, un signe de faiblesse.

Margaret Thatcher admet ouvertement préférer son fils à sa fille, ce qui débouche sur un épisode formidable où la reine cherche — et trouve — son favori parmi Charles, Anne, Andrew et Edward. Indice : elle a sûrement changé d’idée aujourd’hui.

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La princesse Diana (Emma Corrin) et le prince Charles (Josh O’Connor) dans la quatrième saison de la série The Crown

On voit beaucoup moins le snob prince Philip (Tobias Menzies) dans The Crown 4, ce qui n’est pas une grande perte. Par contre, Margaret aurait mérité plus de matériel. L’épisode sur la maladie mentale, où elle apparaît longuement, révèle un côté sombre et moins connu de la famille royale. C’est captivant.

Pas besoin d’avoir tout vu pour embarquer dans The Crown. Et pas de danger de dévoiler des punchs de l’histoire, puisque, duh, c’est une série historique.

L’important dans The Crown, c’est plutôt la façon de raconter ces évènements connus, ce qui est fait ici de manière impériale.