(Paris) Avec ses combinaisons intégrales, son humour insolent et ses brillantes déductions de détective, la Britannique Diana Rigg, Madame « Chapeau melon et bottes de cuir », affola plusieurs générations de téléspectateurs, incarnant ainsi une des premières femmes libérées du petit écran.

Raphaëlle PICARD
Agence France-Presse

L’actrice, qui s’était récemment illustrée dans la saga Game of Thrones est décédée jeudi à 82 ans à son domicile, a annoncé son agent. Elle avait été diagnostiquée en mars d’un cancer.

Grâce à son rôle de judoka bottée à la fois sexy et intelligente dans Chapeau melon et bottes de cuir, Diana Rigg alias Emma Peel, figura parmi les sex-symbols des années 60, au point d’avoir été la première — et la seule — à avoir su passer la bague au doigt à l’agent 007 dans Au service secret de Sa Majesté (1969).

La jeune femme à la chevelure auburn, au nez retroussé et au franc-parler n’hésita pas en 1967, après deux éclatantes saisons de la série culte, à claquer la porte faute d’obtenir une augmentation de son salaire alors équivalent à celui d’un cameraman.

Hors de son pays, on sait moins que cette icône télévisée était d’abord une comédienne de renom sur les planches britanniques. Ses interprétations de Médée, d’Euripide et de Mère Courage valurent à cette diplômée de la Royal Academy of Dramatic Art plusieurs prestigieuses distinctions.

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George Lazenby et Diana Rigg dans On Her Majesty’s Secret Service. Elle la seule à avoir su passer la bague au doigt à l’agent 007.

« Quand une pièce est bonne, c’est foutrement facile de bien jouer », claironnait-elle en 1979 dans le Times. « Je ne peux absolument faire aucun faux pas sur scène à moins d’être ivre ou d’avoir 39 de fièvre ».

Sa voix, « un orchestre »

Née le 20 juillet 1938 dans une ville minière du Yorkshire, dans le nord de l’Angleterre, elle passe les huit premières années de sa vie à Jodhpur dans le Rajasthan en Inde où son père travaille comme ingénieur des chemins de fer.

De retour dans son pays, elle veut devenir comédienne. « À l’époque dans le Yorkshire, une actrice était à peine mieux considérée qu’une prostituée ! », remarquait-elle.

Elle fait sa première à vingt ans sur la scène de la Royal Shakespeare Company. Cette collaboration durera jusqu’en 1964.

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Diana Rigg, Patrick MacNee, Linda Thorson et Honor Blackman de la série The Avengers.

Un peu par hasard, elle se présente à la distribution des Avengers, ce qui n’était pas du tout l’usage pour une comédienne du théâtre classique. « Mes petites camarades de la troupe m’ont regardée d’un œil amusé », confia-t-elle à France Soir. « Ensuite, tout le monde a été bien content de constater que mon immense popularité avait fait monter la fièvre au guichet de réservation du théâtre ».

Elle se lance dans le cinéma avec James Bond, mais le film affirme-t-elle, est un « gigantesque pétard mouillé ». « J’ai pu tout juste m’acheter un manteau de vison avec ce qu’ils m’ont payée ! »

Ses autres tentatives à Hollywood ne sont guère concluantes et elle retourne à la scène à Broadway puis à Londres. En 1972, elle rejoint le National Theatre qui vient d’ouvrir sous la direction de Laurence Olivier.

Après avoir joué une scène entièrement nue dans Abelard et Héloïse (1970), elle est Lady McBeth durant la saison 72-73 puis Célimène dans Le Misanthrope et la Phèdre de Racine.

« Avec Glenda Jackson, Diana est l’une des meilleures déclamatrices de nos théâtres. Sa voix n’est pas un simple instrument, c’est un orchestre entier ! », louait le producteur britannique Richard Broke.

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Diana Rigg et Anthony Hopkins, les deux vedettes de Macbeth.

« La caméra n’a jamais réussi à obtenir de moi ce que le public y parvenait », expliquait cette grande amatrice de pêche et de cigares.

En 2013 néanmoins, son visage parcheminé fait le bonheur des téléspectateurs dans Game of Thrones. Son interprétation d’Olenna Tyrell, personnage manipulateur qui n’a pas peur de se confronter aux hommes les plus puissants de Westeros, apporte une dimension shakespearienne à l’illustre saga.

Sa vie privée a longtemps alimenté les tabloïds. Après avoir vécu avec le réalisateur Philip Saville, elle devient la quatrième femme du peintre israélien Menachem Gueffen pour se séparer un an après. « Nous nous disputions tout le temps. C’était merveilleux », plaisantait-elle.

Elle eut une fille avec Archie Stirling, un producteur de théâtre millionnaire dont elle divorce en 1990 après huit ans de mariage.