Aimez-vous les séries bien savonnées et lustrées comme Revenge, Empire ou What/if avec Renée Zellweger ? Alors White Lines de Netflix a été taillée sur mesure — et en parfaite ligne droite — pour vous.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Tous les ingrédients moussants d’un soap sulfureux y ont été incorporés : une île enchanteresse (Ibiza, dans les Baléares), de vieilles querelles en dormance, du sexe en plein air, des fêtes imbibées de psychotropes, des discothèques bondées et la disparition jamais expliquée d’un jeune DJ britannique en pleine ascension.

Oui, c’est hyper fromagé, avec abus de gros plans et de musique (trop) insistante. Mais comme White Lines, offerte en version française, a été imaginée par le génie derrière la formidable série Casa de Papel, on ferme les yeux plus facilement sur les invraisemblances du scénario.

PHOTO FOURNIE PAR NETFLIX

Laura Haddock dans White Lines

Et on se laisse alanguir par ces vacances hédonistes en Espagne, à défaut de pouvoir planter ses propres orteils dans le sable brûlant de l’après-midi, un cocktail fruité à la main.

L’histoire ? Celle d’Axel Collins et de ses amis de Manchester, qui carburent à la musique électronique et aux comprimés d’ecstasy. À la fin des années 90, la bande d’Axel s’envole pour Ibiza en quête de gloire et de nuits endiablées. Et ça roule à fond, à 200 km/h sur des rails de cocaïne infinis.

Puis, Axel disparaît mystérieusement. Personne n’obtient de ses nouvelles avant l’été 2020, quand son corps momifié est déterré sur un terrain appartenant à un magnat d’Ibiza.

La jeune sœur d’Axel, Zoe Collins, qui a été internée après le « départ » de son frère, décide d’amorcer sa propre enquête à Ibiza, sur les lieux du crime, pour épingler le coupable. Mais Zoe joue avec le feu. Son mariage bat de l’aile et Ibiza lui offre toutes les tentations imaginables, dans un décor d’hôtel-boutique pour bobos branchés.

Vespas colorées, bateau-banane et bronzages bien bruns teintent les dix épisodes de White Lines. Dix épisodes inégaux, certes, mais amusants quand même, si l’on accepte les codes du feuilleton-savon.

Il faut aussi savoir que deux familles ennemies, les Calafat et les Martinez, contrôlent toutes les discothèques et le marché de la drogue de ce paradis terrestre. Chacun de deux clans cache bien des secrets, qui remontent toujours à la surface, c’est bien connu.

Parfois, l’intrigue de White Lines se perd dans des détours inutiles, comme la construction d’un casino, le prêtre influençable ou les funérailles canines assez loufoques. Le ton valse entre le drame policier, le roman Harlequin et la comédie bouffonne.

Reste que White Lines nous accroche rapidement, parce qu’on veut vraiment savoir qui a tué Axel et pourquoi. Tous les suspects présents il y a 20 ans habitent encore Ibiza et le récit valse allègrement entre les deux époques pour distiller des indices.

Entre des scènes d’attaques au harpon ou de trafiquants de drogue roumains qui fredonnent Dragosta Din Tei sur leur bateau, l’énergie de cette série britannico-espagnole vous envahira comme une chanson de house des années 90 avec une ligne mélodique irrésistible.

Défendre Jacob jusqu’au bout

PHOTO FOURNIE PAR APPLE TV

Michelle Dockery, Jaeden Martell et Chris Evans dans Defending Jacob

Je vous ai timidement parlé de la série policière Defending Jacob (À la défense de Jacob, en version française), il y a deux semaines. En fait, je vous ai déconseillé de visionner cette émission dite de prestige du service Apple TV+. Trop longue, trop déprimante, la vie est trop courte, merci, bonsoir.

Évidemment que j’ai persévéré dans mon écoute. Vous me connaissez, c’est rare que j’abandonne une mission périlleuse, tel un participant de Si on s’aimait qui s’accroche à ses séances avec la thérapeute Louise Sigouin.

Les deux derniers épisodes (sur un total de huit), où ça débloque enfin, rachètent les lenteurs du départ. L’actrice britannique Michelle Dockery (Downton Abbey), qui joue la mère de l’adolescent Jacob, est extraordinaire. Elle vous bouleversera jusqu’au générique de fin, sans rien divulgâcher, bien sûr. Chris Evans, connu pour son rôle de Capitaine America dans les films de l’univers Marvel, s’en sort aussi fort bien.

Ce qui est frustrant dans Defending Jacob, c’est le fameux Jacob, un ado de 14 ans renfermé et accusé du meurtre de son intimidateur. Pendant huit heures, on a le goût de le secouer, de le sortir de sa torpeur et de lui crier : « Défends-toi, Jacob, arrête de faire des niaiseries et parle, Seigneur ! »

Mais Jacob reste placide et imperturbable pendant huit heures, ce qui nous plonge dans un doute inconfortable. A-t-il assassiné son camarade de classe avec un couteau de chasse ? Même les parents de Jacob, qui le soutiennent à 100 % dès le départ, finissent par remettre en question l’innocence de leur propre fils.

À partir de ce moment, tout déraille. Et c’est terrifiant.