Ce n’est pas pour me vanter, mais je m’y connais pas pire en termes de mini-putt. Birdie, bogey, suuu-perrrbe, je parle couramment le Ron Poliseno.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Pourquoi ? Parce que a) j’ai suivi religieusement Le défi mini-putt à RDS dans les années 90 et b) j’ai travaillé dans un mini-golf officiel pendant deux étés d’affilée. Deux étés à boire des litres de sloche à la framboise bleue, à distribuer des cartes de pointage et à entendre des clients crier « birdie, par la porte d’en arrière ! » en imitant la voix du coloré animateur Serge Vleminckx.

C’était l’époque où les stars de ce loisir populaire s’appelaient Suzanne et André Buist, Jocelyn Noël, Carl Carmoni, Dari Cliche ainsi que Gilles et Lucie Bussières, le couple qui détient toujours le record officiel du Québec avec un score de 19 obtenu sur un parcours de 18 trous.

Surfant sur la vague télévisuelle pandémico-nostalgique dont je vous parlais le week-end dernier, RDS relaiera, du lundi 4 mai au jeudi 7 mai à 16 h 30, La coupe mini-putt 2012, dont les quatre épisodes ont été enregistrés au printemps 2012, à Shawinigan-Sud, pour une diffusion sur le web.

Il ne s’agit donc pas des épisodes originaux de RDS, qui n’existent plus dans les archives de la chaîne sportive. Ils ont été détruits, hélas ! Par contre, les indémodables Serge Vleminckx et Carl Carmoni y reprennent le flambeau à la description et à l’analyse.

Si le mini-putt a autant marqué notre imaginaire collectif, c’est grâce à l’énergie électrisante et à l’enthousiasme contagieux de Serge Vleminckx, reporter au Journal de Montréal pendant 35 ans. Oh, il joue pour la bourse ! Sa balle lèche la coupe ! Birdie, in-cro-yable !

Ç’aurait été facile de ridiculiser ces concurrents de mini-putt du dimanche, qui se prenaient tellement au sérieux, seigneur, pliés en deux pour pousser une balle entre des bandes métalliques et des obstacles en bois.

Serge Vleminckx, qui a aujourd’hui 73 ans, couvrait ces tournois d’amateurs comme n’importe quelle autre discipline professionnelle. Avec rigueur et dévotion, à l’image d’un commentateur de match de soccer européen.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Serge Vlemynckx

Les chuchotements (aucun birdie en trois présences !), la tension dans la voix (la ligne est parfaite !) et la montée dramatique, Serge Vleminckx avait un sens inégalé du spectacle. Il arrivait à nous convaincre que l’enjeu sur le terrain était une médaille olympique alors que, dans les faits, les vedettes du mini-golf de RDS s’affrontaient pour environ 100 $ par trou. Une légende, cet homme.

« Soit je fonçais, soit je n’y allais pas. J’ai décidé de mettre toute la gomme. Je faisais mes recherches. Je respectais les joueurs, je ne riais pas d’eux et je choisissais mes moments pour crier birdie, quand même », rigole Serge Vleminckx au bout du fil.

La télédiffusion du mini-putt a débuté au milieu des années 80 sur TVSQ, la Télévision des sports du Québec, l’ancêtre de RDS. Entre 1990 et 2000, Le défi mini-putt de RDS a baladé ses fans sur les verts synthétiques de Saint-Eustache, de Jean-Talon, de Fabreville ou de Beauport.

Selon RDS, les cotes d’écoute du mini-putt n’ont pas été mirobolantes. Reste que le culte grandissait. Au point que les patrons ont dû ralentir le nombre de rediffusions.

À l’époque, le public parlait de RDS comme du réseau du mini-putt, ce qui ne cadrait pas avec les ambitions de la chaîne de s’associer à des ligues professionnelles comme la LNH ou la NFL.

Passons aux vraies affaires, maintenant. Qui a été le meilleur joueur de mini-golf au Québec ? Carl Carmoni, répond sans hésiter Serge Vleminckx. Le meilleur duo ? Suzanne et André Buist et leur séquence ininterrompue de 33 victoires.

Le trou le plus difficile ? Le dernier, qui s’appelle le Plateau, avec sa montée abrupte de deux pieds qui a fait sacrer les plus patients.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

RDS relaiera, du lundi 4 mai au jeudi 7 mai à 16 h 30, La coupe mini-putt 2012.

Retraité des médias depuis 10 ans, Serge Vleminckx a vendu sa maison de Saint-Alphonse-Rodriguez, dans Lanaudière, pour s’installer à Montréal. Il habite une résidence privée pour aînés, au centre-ville, où personne n’a contracté la COVID-19, précise-t-il.

À l’époque, beaucoup entendaient « birthday » au lieu de « birdie » dans les envolées de Serge Vleminckx. Il faut savoir qu’au golf, un birdie (oiselet, en français) se produit quand le joueur place sa balle dans le trou en utilisant un coup de moins que la normale établie. Et sur un parcours classique de mini-putt à la RDS, toutes les normales sont de deux coups.

Donc, quand Serge Vleminckx lançait son « birdie » à la télé, c’était synonyme de trou d’un coup. Il y avait de quoi fêter… mais pas un anniversaire !