« Je l’ai bien aimée, elle. » « Bon voyage, je t’accompagne, je te laisse partir. »

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Après avoir dégusté un bon steak, Jean-Guy Cantara a reçu l’aide médicale à mourir à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont. Sa femme, Lorraine, avec qui il a vécu 66 ans, lui tenait la main.

PHOTO FOURNIE PAR TÉLÉ-QUÉBEC

Jean-Guy Cantara, patient de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont qui a reçu l’aide médicale à mourir. La docusérie
De garde 24/7 suit ses derniers moments.

Jean-Guy, un ancien musicien de jazz, s’est éteint sereinement et tout doucement dans un des plus beaux épisodes de la jeune histoire de la docusérie De garde 24/7.

Impossible de ne pas casser (comprendre : pleurer toutes les larmes de son corps) en visionnant les derniers moments de cet homme souffrant mais lucide, qui a accepté que les caméras de Télé-Québec le filment jusqu’à l’injection mortelle.

Rassurez-vous, il n’y a absolument rien de voyeur là-dedans. Tout a été fait dans le plus grand respect et la dignité. La Dre Nathalie Zan, médecin de famille en gériatrie, ferme la porte de la chambre quand elle ouvre la fameuse trousse remplie de médicaments létaux.

Les micros restent cependant allumés. Et nous entendons les paroles réconfortantes que s’échangent les membres de la famille Cantara. Sortez les mouchoirs, ça frappe en plein cœur.

Relayé jeudi soir, cet épisode bouleversant repassera mardi (12 h 30), mercredi (23 h 30) et dimanche (14 h 30). Vous pouvez le rattraper sur le site web de Télé-Québec et même sur Tou.tv. Faites-le.

Le débat sur l’aide médicale reste théorique et désincarné pour toute personne ne côtoyant pas un proche en fin de vie. De garde 24/7 nous montre concrètement, avec humanité et délicatesse, les étapes qui jalonnent ce processus difficile. C’est important de briser les tabous et d’en parler.

Pour bien comprendre la démarche de Jean-Guy Cantara, il faut revoir l’épisode de la semaine passée (28 novembre), où il débarquait à l’hôpital très mal en point.

Attablé devant un trio McDo, son péché mignon, le malade a tout de suite exprimé son désir d’en finir. « Je suis pogné comme dans un étau complet, jusqu’aux chevilles », a confié M. Cantara à la Dre Zan.

En face de M. Cantara, sa femme Lorraine, également très malade, a renchéri : « Moi aussi, je veux partir. Je veux pas vivre de même. »

La Dre Zan a été prise de court : « Qu’est-ce que vous me demandez, là ? » Qu’on parte ensemble, a répliqué la dame. La médecin n’a pas caché son inconfort : « Je trouve ça très dur, cette conversation-là. »

Finalement, seul Jean-Guy Cantara a pu recevoir l’aide médicale à mourir, sa conjointe n’y étant pas admissible. Pendant ces deux épisodes de De garde 24/7, nous avons vu cet homme blaguer et conserver toute sa tête. « Je ne regrette rien. C’est une fin de vie qui me plaît », a même affirmé M. Cantara à la caméra. J’en ai encore des frissons.

Depuis deux semaines, les cas d’aide médicale à mourir occupent des portions importantes dans De garde 24/7.

Aux urgences, le Dr Éric Gagnon a reçu des instructions claires de la part de son patient, M. Gagné, affecté par de graves problèmes pulmonaires. « Un bon doc, avec une piqûre », a soufflé M. Gagné.

Votre souhait, c’est vraiment d’avoir une piqûre et de vous en aller ? a questionné le Dr Gagnon. « Oui. Je pense que c’est le bon choix, je pense qu’il n’y a plus ben ben grand-chose à faire », a répondu M. Gagné.

Sa fille était bouleversée : « Ça fait longtemps qu’il se bat pour vivre, mais son corps ne suit plus. » Puis, quatre mots ont résonné dans la petite chambre : c’est assez, c’est assez.

L’hémato-oncologue Isabelle Fleury a elle aussi eu à annoncer des nouvelles peu réjouissantes, notamment à son patient François Beauregard, qui se croyait sur la voie du rétablissement.

Malheureusement, non. Selon la Dre Fleury, plus rien ne pouvait le sauver, pas même la chimiothérapie la plus agressive.

« Vous me dites que je suis sur le chemin du non-retour ? » Désemparé, M. Beauregard n’y croyait pas. Sa femme non plus. Faites votre job, faites vos devoirs, implorait quasiment M. Beauregard à son oncologue. C’était crève-cœur.

Heureusement, De garde 24/7 raconte des histoires heureuses. Comme celle de la petite Alya, 4 ans, opérée par les spécialistes Sophie Mottard et Daniel Borsuk. On lui a retiré un os du bras, on l’a nettoyé, on l’a irradié, on le lui a réimplanté. Une procédure rare et complexe, qui a bien fonctionné.

Mais au-delà du cas médical, c’est le lien fort entre Sophie Mottard et les parents d’Alya qui a été touchant à voir. Une relation remplie d’empathie, de dévotion et de confiance.

Vraiment, De garde 24/7, il faut garder ça à l’antenne le plus longtemps possible, même si ça déclenche une épidémie de yeux bouffis.