Salut, les chums ! Voici votre premier briefing policier : District 31 redémarre sur les chapeaux de roue lundi à 19 h en nous déballant une intrigue trempée dans l’ayahuasca, un puissant breuvage brun concocté à base de lianes, qui procure des hallucinations à ceux qui en avalent de grosses gorgées.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Il paraît que certains membres de notre belle colonie artistique québécoise en raffolent, glisse Luc Dionne, le prolifique auteur de District 31 à Radio-Canada, dont la quatrième saison s’annonce aussi chargée et palpitante que les précédentes.

J’ai vu les quatre premiers épisodes hier et, je vous rassure, cette chronique ne renfermera aucun divulgâcheur. Le rythme, les taquineries et le suspense : la sainte trinité à la base de cette série quotidienne fonctionne toujours aussi efficacement qu’un gyrophare en pleine nuit.

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Michel Charette et Vincent-Guillaume Otis dans District 31

L’action au poste reprend trois mois après la chasse à l’homme du maniaque Yanick Dubeau (Patrice Godin), où la voiture conduite par Bruno Gagné (Michel Charette) a fauché une fillette de 5 ans qui portait des bottes jaunes. Cet accident aux conséquences désastreuses — vous en découvrirez rapidement les ramifications — hantera le pauvre Bruno pendant plusieurs semaines, voire des mois.

Notamment parce que la mère de l’enfant, Nancy Riopelle, incarnée par une excellente Geneviève Schmidt, ne lâchera pas d’une semelle notre bon Bruno, qui arbore une armure extérieure solide, mais dont le monde intérieur s’écroule.

Tout au long de cette première semaine, l’acteur Michel Charette apparaîtra dans des scènes très bouleversantes.

Et l’ayahuasca, dans tout ça ? J’y arrive. En parallèle des tourments de Bruno, un jeune homme désorienté — et membre de la secte du Centre de l’éveil universel — confesse le meurtre de sa propre mère, dont le cadavre a été mis en scène de façon macabre. Mais attention. Au moment de poignarder sa maman, le disciple du Centre de l’éveil a consommé de l’ayahuasca, qui lui a été fournie par la dirigeante de ce mouvement spirituel.

Théoriquement, l’ayahuasca se classe dans la catégorie des drogues psychoactives illégales, sauf que quelques groupes religieux obtiennent des dérogations pour en importer sans problème. Joli casse-tête pour les policiers. C’est le reportage « Ayahuasca : potion magique et potion tragique », diffusé à Enquête en décembre 2018, qui a allumé Luc Dionne sur ce phénomène de plus en plus répandu.

Préparée en Amazonie, l’ayahuasca se boit dans des cérémonies chamaniques censées ouvrir l’esprit et élever la conscience.

Santé Canada permet à trois groupes au Canada, en vertu de la liberté de religion, de faire entrer au pays ce liquide aux propriétés hallucinogènes.

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Sébastien Delorme et Vincent-Guillaume Otis dans District 31

De retour au poste, la nouvelle sergente-détective Florence Guindon (Catherine Proulx-Lemay), experte dans les crimes familiaux, n’entrera pas en service avant trois semaines. On la décrit comme une enquêteuse dure et expérimentée, qui ne manque pas d’énergie. Et à la sixième semaine, au tour du coroner Jocelyn Dame (Yves Jacques) de se joindre à la distribution de District 31.

Un nouveau décor — celui du bureau de Sonia (Pascale Montpetit) au palais de justice — a été greffé au plateau. Car dans la vraie vie, les procureurs de la Couronne se pointent rarement dans les postes de police.

Parmi les détails cruciaux à retenir de cette quatrième saison, Bruno et le commandant Chiasson (Gildor Roy) ont changé de lunettes. Et Stéphane Pouliot (Sébastien Delorme) porte ses cheveux plus longs.

District 31 se fabrique avec un minuscule budget de 115 000 $ par demi-heure. Avec sa moyenne d’écoute de 1,6 million, il s’agit probablement des minutes parmi les plus rentables — et les plus divertissantes, disons-le — de toute la télévision québécoise.

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Jonathan Groff et Holt McCallany dans Mindhunter

L’hypnose de Mindhunter

L’intrigue du cadavre de District 31 m’a fait penser à l’hypnotisante série Mindhunter du cinéaste David Fincher (Seven, Zodiac), dont la deuxième saison a récemment été mise en ligne sur Netflix, en français et en anglais.

Contrairement à District 31 qui carbure aux rebondissements, Mindhunter s’infiltre lentement dans nos salons et nous plonge dans un état de transe avec ses interrogatoires touffus de tueurs en série et ses bruits de fond aliénants.

C’est de la « slow TV » à son mieux. Par contre, je peux aisément comprendre que la lourdeur de ce récit verbeux puisse rebuter certains téléphages.

Il faut s’abandonner à Mindhunter et à son souci extrême du détail. Cette œuvre cérébrale ne montre aucun acte violent, mais pénètre dans la tête des célèbres psychopathes qui les ont perpétrés. C’est une plongée angoissante dans la psyché des pires meurtriers des États-Unis.

Le deuxième chapitre de Mindhunter explore davantage la vie personnelle des trois protagonistes, mais jamais de façon précipitée ou gratuite. Tout est bien réfléchi. En toile de fond, des enfants noirs disparaissent des rues d’Atlanta. L’équipe décroche un entretien avec Charles Manson et le tueur de Wichita, surnommé BTK, n’a toujours pas été capturé. Essayez maintenant de ne pas faire de cauchemars en éteignant votre lampe de chevet. Bouh !