Il y a toujours eu deux Céline Dion dans la sphère publique. La première, plus posée et réfléchie, se garde une petite gêne et emploie un langage châtié. La deuxième, 100 % fromage orange en tranches, se gâte dans les anecdotes de pâté chinois de sa moman, se plaint du gazon rêche de Las Végueusse et répond aux questions des intervieweurs par des chansons.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Donc, Céline, vous travaillez présentement sur un nouvel album en anglais ? Work, work, work, work, work, you gotta go to work, work, work, work, work. Alors, Céline, êtes-vous libre ce soir ? I’m free, free fallin’ ! Ce tic, qui permet à la diva d’esquiver des sujets qui ne l’allument pas, agace plus qu’il n’amuse.

Depuis la mort de René Angélil, la deuxième Céline a avalé la première et c’est désormais la Céline steak, blé d’Inde, patates qui se balade partout dans le monde. Récemment, au prestigieux Met Gala de New York, l’interprète de Charlemagne a confié qu’elle ne connaissait pas la signification du thème de la soirée, le « camp », qui se traduirait par un mélange de kitsch sophistiqué et d’extravagance assumée. « Au début, j’étais confuse. Je pensais qu’on s’en allait faire du camping ! J’ai apporté mon oreiller et mon pyjama une pièce ! », a-t-elle répété aux reporters.

Sacrée Céline. Une vraie farceuse. Un gag n’attend pas l’autre.

Chez Jimmy Kimmel, début avril, Céline Dion a cabotiné pendant dix minutes en jouant encore le clown de service. Résultat : l’entretien a tourné en rond et le téléspectateur n’a rien appris de neuf. On dirait que Céline n’écoute plus la personne devant elle et que son but ultime, c’est de montrer à quel point elle est flyée, libérée, délivrée. Comme elle se plaît à le répéter, c’est elle, le boss, non ?

Lundi soir, lors du segment « carpool karaoke » du talk-show de James Corden à CBS, Céline Dion en a de nouveau beurré trop épais. Mayonnaise, ketchup et extra moutarde pour tous ses fans.

À peine assise dans le Range Rover du conducteur, elle a actionné son mode « une question, une chanson ».

James Corden : « Es-tu excitée à l’idée de… » Céline Dion : « I’m so excited and I just can’t hide it ! » James Corden : « C’est vraiment une belle promenade en auto. » Céline Dion : « I drove all night to get to you ! » James Corden : « Est-ce que ça te dérange si on allume la radio ? » Céline Dion : « On the radio, ooh oh oh on the radio ! »

Comme à En direct de l’univers, c’est comme si Céline ne comprenait pas — ou se foutait complètement — des codes des émissions auxquelles elle participe. Le « carpool karaoke » n’est pas une compétition vocale. C’est un moment de rigolade avec le sympathique animateur qui revisite le catalogue d’une star de la chanson populaire.

Dans les premières minutes, l’égérie de L’Oréal affichait le regard bizarre que Marc Labrèche reproduit si bien dans ses imitations. Elle avait déjà l’air épuisée alors qu’elle venait à peine de se glisser sur le siège du passager.

Et dans quel état d’esprit se trouvait-elle quand elle grimaçait sur les premières notes de It’s All Coming Back to Me Now ? Impossible à déchiffrer. Peut-être qu’Infoman trouvera la réponse dans son segment « Dans la tête de Céline » cet automne.

Puis, quelques malaises ont ponctué la conversation, notamment quand Céline a traité ses assistantes de « bitchs » et qu’elle a envoyé un « fuck off » bien senti à James Corden. Imaginez si, même à la blague, la chanteuse avait balancé « tu me niaises, tabarnak ! » à Guy A. Lepage sur le plateau Tout le monde en parle. Le Québec ne s’en serait jamais remis.

Vous êtes plusieurs à aimer cette Céline « affranchie » et joueuse de tours, qui fait toujours semblant de parler au téléphone dans une de ses 10 000 paires de chaussures. Honnêtement, je ne sais plus trop où me situer. Elle n’a pas à en faire autant à chacune de ses apparitions. Son immense talent devrait parler de lui-même, sans qu’elle ait à multiplier les pitreries.

En même temps, Céline ne serait pas Céline sans tous ces excès, direz-vous. C’est vrai. Je préfère tout de même la Céline plus élégante et classique, époque de la styliste Annie Horth, capable d’être à la fois sérieuse et détendue en entrevue. Bref, tout sauf la Céline Dion qui se met à « twerker » devant Jimmy Fallon, au secours. Twerk, twerk, twerk, you gotta twerk, twerk, twerk.