De petits bijoux de séries se cachent de plus en plus derrière des murs payants. C’est le cas de la comédie douce-amère Shrill du service américain Hulu, qui a été rachetée par la plateforme Crave de Bell.

Hugo Dumas Hugo Dumas
La Presse

Seulement six épisodes de 30 minutes de Shrill et c’est emballé, merci, bonsoir. Cette série étonnante et rafraîchissante suit la journaliste Annie (Aidy Bryant), une milléniale obèse de Portland, en Oregon, qui décide de « prendre sa vie en mains ».

Là, vous soupirez sûrement : bon, encore une histoire de jeune femme en surpoids qui s’astreint à un régime draconien pour entrer dans le moule filiforme véhiculé par Instagram et les magazines féminins, ouf. Pas du tout. Annie, qui aspire à une carrière de chroniqueuse dans un hebdo culturel, ne change pas son corps, mais bien la façon dont elle se perçoit.

Car en tant que « grosse », Annie a toujours encaissé des remarques teintées de jugement sur ce qu’elle mange (des frites, vraiment ?), sur sa santé vacillante (ce qui est faux  !) et sur sa soi-disant paresse générale. Quoi, c’est connu : tous les gros se pognent le beigne et ne se forcent pas assez, non ? Je répète ici des stéréotypes qui ont la couenne dure.

Bombardée de commentaires grossophobes, Annie déteste ses rondeurs et les cache sous des chandails qu’elle étire au maximum. Son estime de soi ayant déboulé au troisième sous-sol, Annie accepte de sortir incognito par la porte arrière de la maison de son idiot de copain afin que ses colocs ne voient pas qu’il couche avec une obèse.

Puis, Annie en a marre de s’excuser de vivre et décide qu’elle mérite mieux que son quotidien ordinaire. Elle défonce alors des portes à son travail et confronte sa mère bien intentionnée mais maladroite. Il y a une superbe scène au quatrième épisode où Annie assiste à un party de piscine pour femmes corpulentes ; pour la première fois de sa vie, elle se sent divinement bien, libre et acceptée.

La beauté de Shrill, c’est son réalisme. L’émancipation d’Annie lui apporte aussi plusieurs soucis. Elle blesse ses parents, se collette avec son patron (un être exécrable) et se brouille avec sa meilleure amie.

Shrill, c’est en fait l’opposé de l’infâme série Insatiable de Netflix, où minceur rimait avec popularité. Shrill navigue dans les zones de gris et la réflexion en enchaînant les moments drôles et touchants.

L’actrice qui campe Annie, Aidy Bryant de Saturday Night Live, y est pour beaucoup. Son interprétation nuancée est juste, remplie de vulnérabilité, de colère sourde et d’autodénigrement.

À ma demande, la photographe montréalaise Julie Artacho, militante contre la grossophobie, a visionné Shrill au complet. Son verdict  ? « L’épisode de la piscine, j’ai pleuré. C’est tellement bien écrit et tellement près de la réalité que l’on vit », explique l’artiste de 35 ans, qui se définit comme une personne grosse.

Shrill dérive du livre Shrill : Notes From a Loud Woman de la journaliste et militante Lindy West, 37 ans. Annie dans Shrill, c’est un peu, beaucoup Lindy West. « Avoir vu une série comme Shrill quand j’étais ado, ç’aurait changé ma vie. Cela explique toutes les petites violences que l’on subit au quotidien. J’ai longtemps été cette fille qui avait peur de se mettre en maillot de bain », poursuit Julie Artacho.

Selon elle, « tous les ados et toutes les personnes qui veulent comprendre ce que c’est, être une personne grosse, devraient regarder Shrill ». Cette courte série réussit à accomplir tout ça sans être didactique. Vraiment, c’est impressionnant.

La voix à deux millions

Premier dossier à régler : où se trouvait Lewis Capaldi dimanche soir, lui qui devait chanter à la finale de La voix  ? L’auteur-compositeur-interprète écossais a eu « un contretemps », selon l’équipe de production. Pas d’autres détails. Chose certaine, Charles Lafortune aurait dû le mentionner en ondes. Plusieurs fans ont attendu Lewis Capaldi en vain.

Côté audience, La voix a rallié dimanche 2 004 000 adeptes, en légère baisse de 110 000 par rapport à la finale de l’an dernier. Il faisait tellement beau que c’est normal que les audiences fléchissent un brin. Ce temps splendide aurait été parfait pour le tapis rouge du gala Artis.

Deux précisions, en terminant. J’ai noté dans ma chronique de lundi que les pièces écrites par les coachs de La voix n’ont pas été d’immenses succès radiophoniques, à l’exception d’À fleur de peau de Valérie Carpentier. Je faisais référence aux chansons des gagnants, j’aurais dû être plus clair. Même s’ils n’ont pas triomphé, Jérôme Couture (Comme on attend le printemps) et Charlotte Cardin-Goyer (J’attends) ont grimpé dans les palmarès.

Aussi, dans ma chronique de samedi sur The Good Fight, j’ai mélangé Martin et Michael Sheen. C’est ce dernier qui y incarne l’avocat « attachiant » Roland Blum. Allume, Hugo !