Le dernier épisode de la série Le chalet est diffusé ce soir sur les ondes de Vrak. Après cinq saisons à suivre les péripéties de cette bande de six copains, il faudra dire adieu à Sarah, Antoine, Charles, Lili, Frank et Cath. Retour sur le phénomène Le chalet.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

« Quand on est arrivés dans le paysage audiovisuel québécois, il n’y avait plus à proprement parler de fiction pour ados, explique Vicky Bounadère de Passez Go, qui produit la série. Mais je pense que si Le chalet s’est tant démarqué, c’est par le caractère authentique de la proposition. On a atteint le cœur et la sensibilité des jeunes. »

Le chalet a été un succès dès sa première saison, à l’hiver 2015. « Ç’a été instantané, confirme la directrice des productions originales chez Vrak, Johane Landry. Et c’est un des plus gros succès de l’histoire de la chaîne. »

Bien sûr, il était impossible de prévoir l’impact qu’allait avoir la série sur son public cible, « mais on savait qu’on tenait quelque chose de spécial et d’unique », ajoute Johane Landry, qui explique que Le chalet a beaucoup été visionné en coviewing, tant par les ados et leurs parents que par les jeunes adultes, et que la série a atteint un public plus large en étant offerte sur Tou.tv.

PHOTO FOURNIE PAR VRAK

La distribution du Chalet réunie pour la quatrième saison.

Esprit de groupe

Le chalet est d’abord un récit d’apprentissage. Pendant cinq ans, on a vu ces six jeunes adultes – trois garçons et trois filles –, moniteurs dans une station de ski, partager leurs joies et leurs peines dans un chalet où ils vivaient en colocation. Une foule de thèmes ont été abordés au cours des saisons, mais c’est leur lien d’amitié très fort – « à Vrak, c’est un peu notre Friends », souligne Johane Landry –, dans la vie comme dans la fiction, qui a été le moteur de la série.

« On s’est dit que tant qu’à engager des jeunes comédiens pour les incarner, pourquoi ne pas y aller avec une vraie gang d’amis ? raconte Vicky Bounadère. On est donc partis avec une longueur d’avance. »

Les six comédiens sont devenus des vedettes, hyper présentes sur les réseaux sociaux, engagées dans des causes, se déplaçant régulièrement en bande dans les événements mondains.

« Tout le monde voulait faire partie de cette gang. Tout le monde voulait habiter dans ce chalet. C’était rassembleur, mais aussi lumineux et réconfortant », se souvient Johane Landry, directrice des productions originales de Vrak.

C’est la raison pour laquelle Mathilde Jouannaut, 12 ans, regardait la série depuis son primaire, semaine après semaine. « J’aimais la vibe de la gang d’amis. Ils s’aimaient entre eux et il n’y avait pas de chicane », dit-elle.

Audrey-Anne Blondeau, 17 ans, suit elle aussi Le chalet depuis le début. « Quand tu regardes une série depuis longtemps, tu veux la finir pour vrai, surtout quand les personnages sont intéressants », dit l’étudiante de cinquième secondaire, qui rêverait d’habiter dans un endroit comme celui-là avec ses amis.

« C’est sur ma to-do list ! Tout ce qu’ils vivent, faire du ski, se faire à manger comme dans un appart avec ses amis, ça donne le goût. »

PHOTO FOURNIE PAR VRAK

La distribution de la série Le chalet en 2015

Les deux jeunes filles ont été marquées, en cette cinquième saison, par les problèmes de jeu d’Antoine. « On ne voit pas souvent ça à la télé », dit Audrey-Anne. 

« Cette histoire a bouleversé les jeunes, confirme Vicky Bounadère. Ils avaient peur qu’Antoine se suicide. Mais on a toujours mis l’accent dans la série sur l’importance d’aller chercher de l’aide. J’ai des problèmes, mais je ne vais pas mourir avec. »

Les thèmes abordés par Le chalet ont été nombreux, de la mémorable sortie du placard de Frank aux problèmes d’anxiété de Lili, en passant par la mort de la mère de Cath et le désir d’émancipation de Sarah.

« Comme on est à Vrak, on n’a pas de mandat éducatif, précise Vicky Bounadère. Mais on essaie de divertir tout en étant utiles. Ce sont des personnages qui peuvent s’appuyer les uns sur les autres. C’est un message fort sur l’importance de l’amitié et de se trouver un clan. »

L’influence Le chalet

Y aura-t-il un avant et un après Le chalet ? « Je ne veux pas avoir l’air prétentieuse, mais je pense que oui, répond Vicky Bounadère. Il s’est passé quelque chose avec cette série. »

Pour une question d’écriture, de ton, de réalisme dans les dialogues, d’approche cinématographique, de tournages en extérieur, la série aura eu un impact sur la télé jeunesse. « Je pense que Le chalet a démarré un regard, une façon d’écrire pour un public plus jeune, qui ouvre la porte vers les diffuseurs plus conventionnels », croit Johane Landry.

C’est ce que croit aussi Yannick Éthier, un des scénaristes des saisons trois à cinq.

« Il n’y a pas beaucoup de séries, même pour adultes, qui ont un ton aussi réaliste. On sent l’influence de cette approche plus vraie. »

Les ados ont « l’embarras du choix » en matière de fiction, ajoute-t-il, et pour concurrencer les décors extravagants de Game of Thrones, il faut « construire de bons personnages et y aller à fond dans l’émotion ».

Est-il d’accord quand on compare Le chalet à Friends ? « Absolument ! Il y a certainement un parallèle à faire avec le nombre de personnages, l’énergie de la gang… Dans le dernier épisode, il y a des références claires à la finale de Friends, c’est le même genre de fin qu’on a construite », dit le scénariste, qui raconte que le visionnement d’équipe, la semaine dernière, était « particulièrement emo ».

Drôle et honnête

Ce ton unique au Chalet, c’est à celle qui a écrit la première saison, Kadidja Haïdara, qu’on le doit, précise Sarah-Maude Beauchesne, qui a été scénariste sur la deuxième et la troisième saison. 

« Elle est pince-sans-rire, vraiment drôle et honnête. Mais il y a aussi énormément des comédiens dans les dialogues », dit celle qui écrit maintenant L’Académie et qui compte plusieurs bons amis dans la distribution du Chalet.

« Quand on les connaît personnellement, on voit pourquoi ces personnages sont devenus comme ça. Ils ont un langage et un humour particuliers », dit Sarah-Maude Beauchesne.

L’auteure est convaincue que Le chalet deviendra une balise qui permettra de juger les productions à venir. « On va se dire : est-ce que c’est aussi bon, meilleur ou moins bon ? Le chalet a mis la barre haut », dit Sarah-Maude Beauchesne, qui aurait aimé voir ce genre de production lorsqu’elle était jeune.

« Je me rappelle ne pas trop avoir su où me retrouver dans les productions québécoises quand j’étais ado. Mais la richesse d’un bon show, c’est d’être multigénérationnel, de susciter des conversations, de soulever des sujets qu’on aurait de la difficulté à aborder autrement. »

La scénariste est convaincue que Le chalet va bien vieillir et estime que la comparaison avec Friends est tout à fait de mise.

« C’est notre espèce de série culte sur l’amitié pour une nouvelle génération. On a le droit de se comparer aux séries américaines ! C’est notre télé, notre humour, notre sensibilité, je pense qu’on ne doit pas être trop humbles par rapport à ça. On peut être fiers d’avoir créé quelque chose de révolutionnaire. »

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