En cet âge d'or des séries, La Presse+ décortique une série qui vaut le coup d'oeil. Cette semaine: Cobra Kai.

Publié le 27 août 2018
Chantal Guy LA PRESSE

Lorsqu'elle a été annoncée à l'hiver dernier, personne n'aurait beaucoup misé sur la série Cobra Kai, énième resucée nostalgique des années 80, inspirée cette fois du premier film The Karate Kid, sorti en 1984, et qui a connu quatre suites au cinéma. Mais le public a été au rendez-vous, séduit par cette histoire qui se déroule 34 ans après le film original et mettant en vedette les rivaux d'autrefois: Daniel Larusso (Ralph Maccio) et Johnny Lawrence (William Zabka), les deux acteurs étant aussi coproducteurs de la série. On peut dire que Cobra Kai est même le succès surprise de l'été - les deux premiers épisodes offerts gratuitement sur YouTube sont rendus à plus de 45 millions de visionnements. Selon le magazine Variety, Cobra Kai a éclipsé la concurrence des services en continu dès sa sortie au printemps, coiffant au poteau 13 Reasons Why de Netflix et The Handmaid's Tale de Hulu et récoltant l'approbation générale sur les sites de critique comme Rotten Tomatoes.

L'histoire

Créé par Josh Heald, Jon Hurwitz et Hayden Schlossberg (ces deux derniers ont coproduit l'hilarante comédie Blockers), Cobra Kai nous fait retrouver Johnny Lawrence et Daniel Larusso bien avancés dans la quarantaine, 34 ans après le fameux tournoi que Larusso a remporté avec son fameux coup audacieux inventé par son Sensei, le regretté M. Miyagi. Ça ne va pas très bien pour Johnny, qui n'a jamais vraiment réussi à se remettre de cette défaite. Dans la dèche, divorcé, il vit de petits boulots minables, ne voit plus son fils, boit beaucoup trop et affiche sans complexe son côté réactionnaire. De son côté, Daniel a plutôt bien réussi, comme concessionnaire automobile, heureux comme père et comme époux, au grand dam de Johnny qui voit ses photos de vendeur de chars placardées partout. Les choses vont prendre une autre tournure lorsque Johnny, en sauvant un peu malgré lui son jeune voisin Miguel (Xolo Mariduena), harcelé par des bullies (comme Johnny l'était en son temps), va accepter de lui enseigner le karaté et va rouvrir le dojo Cobra Kai, banni des compétitions depuis le tournoi de 1984, ce que Daniel n'accepte pas du tout, encore marqué par le harcèlement qu'il a subi par ses adeptes autrefois. L'esprit de Cobra Kai est: frappe en premier. On est loin de l'enseignement de M. Miyagi.

Revanche ou rédemption?

Ce qu'il y a de brillant dans Cobra Kai, c'est qu'on reste dans la logique des classes sociales populaires qui ont fait le succès de bon nombre de films des années 80, dont The Karate Kid. Larusso est une petite vedette locale, pas une mégastar millionnaire, et qui plus est un vendeur de voitures avec tout le côté un peu faux de l'homme d'affaires toujours en représentation. C'est un excellent tour de passe-passe aussi, car on se souvient que laver des voitures faisait partie prenante de la formation de M. Miyagi - par un revirement inattendu, Larusso deviendra l'instructeur de karaté du fils de Lawrence, en froid avec son père! Mais celui qui vole le show est William Zabka, qui redéfinit le concept d'antihéros. Clairement dépassé par son époque, il n'est pas «anti-politiquement correct»: il n'est pas correct du tout. Pas vraiment au courant de l'évolution de la société, il multiplie les insultes et les maladresses devant sa classe remplie de victimes de bullying (selon lui, c'est leur faute plus que la faute des bourreaux), mais il se transforme tranquillement à leur contact, tandis que Larusso, au départ un peu imbécile heureux, découvre son côté sombre en voulant nuire à son ancien rival. On comprend aussi, en riant beaucoup, que Cobra Kai est le remède idéal à la crise de la quarantaine de la génération Karate Kid.

Déjà une suite

Une bande sonore qui rend hommage au power rock des années 80, un humour irrésistible, une avalanche de références à The Karate Kid souvent détournées, Macchio et Zabka qui s'en donnent visiblement à coeur joie dans ce retour que personne n'avait vu venir. Tout cela explique le succès de Cobra Kai, dont on a annoncé presque immédiatement une suite, et qui fait entrer sérieusement la plateforme de service en continu YouTube Red dans la compétition. Impossible de voir la série au complet si vous ne vous abonnez pas ou si vous n'achetez pas les épisodes, ce qui fait de Cobra Kai l'équivalent de la série House of Cards qui a propulsé Netflix il y a quelques années. Ajoutons aussi que le format de 30 minutes par épisode fait de Cobra Kai un cas grave de télégavage. Maintenant, la vraie question est de savoir à combien de services en continu le télévore est prêt à s'abonner pour avoir le meilleur de la télé. Car toute cette compétition commence à coûter cher au consommateur.

Les deux premiers épisodes de Cobra Kai sont gratuits sur YouTube.

Photo Brent N. Clarke, Associated PRess

William Zabka et Ralph Macchio reprennent leurs rôles de Johnny Lawrence et de Daniel Larusso, du film The Karate Kid.