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Accusé de harcèlement, le PDG de CBS reste en poste

Mais plus d'une semaine après avoir été accusé... (PHOTO DANNY MOLOSHOK, ARCHIVES REUTERS)

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Mais plus d'une semaine après avoir été accusé publiquement de harcèlement sexuel par six femmes dans un article du magazine The New Yorker, Leslie Moonves, patron du groupe de télévision CBS, n'a pas quitté son fauteuil.

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Thomas URBAIN
Agence France-Presse
NEW YORK

Une semaine après avoir été accusé de harcèlement sexuel par six femmes, le PDG de CBS Leslie Moonves est toujours en poste, une rareté dans l'ère MeToo qui suscite pourtant peu de réactions aux États-Unis pour le moment.

Des dizaines d'hommes de pouvoir sont tombés de leur piédestal depuis les premières révélations sur l'affaire Weinstein, qui ont déclenché un séisme.

Le sort de beaucoup s'est joué en quelques heures, voire quelques minutes, comme pour le procureur de l'État de New York, Eric Schneiderman, débarqué début mai après la publication d'un article l'accusant de violences et de menaces sur ses partenaires sexuelles.

Mais plus d'une semaine après avoir été accusé publiquement de harcèlement sexuel par six femmes dans un article du magazine The New Yorker, Leslie Moonves, patron du groupe de télévision CBS, n'a pas quitté son fauteuil.

Il a même été confirmé implicitement dans ses fonctions lundi par le conseil d'administration, dans l'attente des conclusions d'une enquête confiée à deux avocates extérieures à la société.

« C'est très surprenant que le conseil ne l'ait pas suspendu temporairement [le temps de l'enquête] considérant le niveau de détail et de recoupements » de l'article, a réagi sur la plateforme Cheddar l'analyste de BTIG Rich Greenfield.

Pour tous les observateurs, le soutien des administrateurs est avant tout lié à la bataille engagée avec la famille Redstone, qui contrôle 80 % des droits de vote de CBS.

La famille veut fusionner l'entreprise avec un autre groupe de médias, Viacom, qu'elle contrôle également, ce que refuse le conseil, Les Moonves en tête.

« Cela ne devrait pas être lié à une enquête sur le comportement d'un dirigeant, mais je me demande si le conseil, se sentant assiégé, n'est pas un peu réticent à agir, ou un peu lent », explique Matt Ragas, professeur de relations publiques à l'université DePaul de Chicago.

Il n'y est pas incité par les réactions publiques, qui, contrairement à beaucoup d'autres cas similaires, ont été très limitées.

Extrême prudence publique des professionnels, calme relatif sur les réseaux sociaux et statu quo chez les annonceurs.

« Situation intenable »

Vendredi, une pétition a été lancée pour demander le départ de Les Moonves, réunissant rapidement plus de 10 000 signatures, mais le mouvement peine à prendre.

« Moonves est un PDG célèbre, bien connu des investisseurs, mais si vous demandez à quelqu'un dans la rue, je pense que les gens vont vous regarder avec des yeux ronds », affirme Matt Ragas.

La plupart des hommes mis en cause par metoo étaient, eux, connus du grand public, présentateurs, acteurs ou hommes politiques, suscitant un élan instantané.

De nombreux éléments concourent ainsi à faire de CBS une situation particulière, estime Jeffrey Sonnenfeld, professeur de gouvernance à l'université de Yale.

Pour lui, « cela ne montre pas que la société américaine a changé d'approche vis-à-vis des hommes accusés dans l'ère metoo ».

Jusqu'ici, les investisseurs ont majoritairement continué à soutenir Les Moonves, qui a changé en or la chaîne CBS, en tête des audiences depuis 10 ans.

Mais le front s'effrite progressivement et le PDG pourrait devenir le premier de l'ère metoo à être écarté non pas par son conseil d'administration ou par la pression du grand public, mais par les marchés.

Le titre du groupe coté a perdu 7,6 % depuis la révélation des accusations et ne s'est pas redressé malgré la publication jeudi de résultats trimestriels rutilants.

Vendredi, plusieurs analystes ont vertement critiqué la direction de CBS, qui n'a pas dit un mot du scandale lors de la conférence téléphonique de présentation des résultats.

« C'est une honte », a commenté l'analyste de BTIG Rich Greenfield. « Personne ne s'attendait à ce que Les entre dans le détail des accusations, [...] mais les investisseurs avaient le droit de savoir quel est le plan de succession. »

Âgé de 68 ans, Les Moonves n'a jamais préparé l'éventualité de son départ et choisi un successeur potentiel, pratique pourtant de plus en plus répandue.

« L'absence de successeur identifié est un obstacle de plus qui empêche le conseil d'agir vite », analyse Mark Hass, professeur de communication à l'université d'Arizona State.

Conscient que l'assemblée générale, initialement prévue le 10 août, risquait d'être houleuse, le conseil d'administration l'a reportée sine die.

La rumeur annonce la publication d'un nouvel article du journaliste Ronan Farrow, déjà auteur de la première salve.

Mais pour Jeffrey Sonnenfeld, il est d'ores et déjà établi que « la situation actuelle [de Moonves] est intenable ».




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