Divine Ludivine Reding

Après deux auditions, Ludivine Reding a décroché le rôle... (photo IVANOH DEMERS, LA PRESSE)

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Après deux auditions, Ludivine Reding a décroché le rôle principal de la série Fugueuse. Le rôle de cette adolescente qui découvre l'univers de la prostitution lui vaut sa première sélection au gala Artis.

photo IVANOH DEMERS, LA PRESSE

Elle est blonde comme les blés, belle comme le jour, fraîche comme la rosée et bénie des dieux depuis cette audition passée il y a un peu plus d'un an pour le rôle de Fanny dans la série Fugueuse. L'audition a scellé le sort de Ludivine Reding pour de bon. Révélée au grand public et à un auditoire qui dépassait le million cet hiver, Ludivine remportera probablement son premier prix Artis demain.

Son prénom, c'est Ludivine, mais pendant la moitié de sa courte vie, son nom au complet était aussi long que le pont Champlain: Vénutia-Ludivine Dubé Reding. «Voilà ce que ça donne quand on a un enfant à 19 ans», a blagué sa mère Geneviève Dubé au téléphone.

La principale intéressée, tout de noir vêtue le matin de notre rencontre à La Presse (elle a enfilé une chemise blanche pour la séance photo), rigole à son tour. «Au primaire et au secondaire, j'écrivais mon nom au complet et c'était l'enfer. Quand j'ai commencé à avoir des petits rôles à la télé, j'ai décidé de garder le nom de mon père et le prénom Ludivine, surtout que personne ne m'appelait Vénutia, sauf ma mère.»

Née à Montréal le 6 février 1997, d'un père belge arrivé au Québec à l'âge de 10 ans et d'une mère québécoise, Ludivine a grandi jusqu'à l'âge de 5 ans à l'île Bigras, avec son frère cadet Godefroy, un jeune acteur qui interprétait l'hilarant gamin avec une grosse voix dans le film Tu dors Nicole. La famille a déménagé à Pointe-Saint-Charles dans une maison victorienne retapée à l'époque où le quartier commençait à peine à s'embourgeoiser. À l'adolescence, Ludivine a étudié au collège Notre-Dame, a pratiqué tous les sports, a excellé au badminton et s'est tissé un réseau d'amis qu'elle fréquente encore aujourd'hui.

À la fin de son secondaire, la belle enfant était déjà une pro du doublage, qu'elle a commencé à faire à 8 ans avec l'aide de papa Sébastien, directeur de plateau de doublage, et de maman Geneviève qui est agente de doublage.

Quand Ludivine parle du doublage, ses yeux s'allument, sa voix s'enthousiasme et on sent poindre en elle une authentique passion. Elle raconte qu'elle a d'abord voulu faire du doublage à 4 ans pour imiter son père.

«Dès que j'ai appris à lire, ça allait de soi que j'allais faire du doublage. Et quand c'est enfin arrivé, je me pinçais. C'était vraiment un rêve pour moi de me retrouver dans un studio avec les grands.»

«Déjà à l'époque, j'avais beaucoup plus de facilité à me lever à 4 h du matin pour travailler comme actrice que j'en avais à me lever à 6 h du matin pour aller à l'école.»

Parmi ses faits d'armes en doublage, Ludivine a doublé la voix d'Agnès dans Détestable moi, celle de Hit-Girl dans Kick-Ass, ou encore la voix de Primrose, la soeur de Katniss, dans les films Hunger Games.

Mais comment expliquer le plaisir qu'il y a à prêter sa voix à celle d'une autre tout en restant éternellement dans son ombre?

«Les plaisirs sont nombreux, répond Ludivine. D'abord, on est dans un studio un peu comme dans un petit cocon. On voit le film avant tout le monde et quand tu doubles une actrice, tu te trouves dans le fond à jouer avec elle sans qu'elle le sache. C'est vraiment cool.»

Ludivine se souvient encore des camarades du secondaire qui critiquaient le décalage entre le mouvement des lèvres des acteurs à l'écran et les voix des doubleurs.

«Quand le monde chialait, j'essayais de leur expliquer qu'évidemment, la voix ne pouvait pas "fitter" parfaitement sur le mouvement des lèvres ‒ ce n'est pas la même langue ‒, mais qu'autrement, le doublage est une façon de rendre les oeuvres accessibles à ceux qui ne comprennent pas l'anglais. Et puis c'est une industrie importante qui a beaucoup évolué. Moi, je n'ai pas fait d'école de théâtre, mais le doublage m'a tout appris et jamais, jamais je n'arrêterais d'en faire.»

Non seulement l'industrie du doublage a formé la jeune actrice de 21 ans, mais elle lui a permis d'investir dans l'immobilier dès l'âge de 12 ans et de faire quelques rencontres marquantes.

«Bien sûr que je connais Xavier Dolan, s'écrie Ludivine lorsque je lui pose la question. Xave fait du doublage depuis plus longtemps que moi. On se croisait dans les studios. Il venait souvent souper à la maison. Je l'ai connu alors que j'avais 8 ans et lui 16 ans, et j'étais en totale admiration envers lui.»

Après le secondaire, Ludivine a choisi d'aller étudier le cinéma au collège Dawson. Dans les faits, elle voulait parfaire son anglais au cas où des rôles en anglais se présenteraient. Elle était déjà très à son affaire sur le plan de la carrière. «Je voulais me garder des portes ouvertes partout. Travailler au Québec était ma priorité, mais je me disais que si ça ne marchait pas, je pourrais toujours m'essayer du côté anglais.»

Ludivine a obtenu des petits rôles importants assez vite, comme dans la série La théorie du K.O., dans le film Ego Trip où elle jouait la fille de Patrick Huard, sans oublier son rôle de la suicidée Louana dans Mémoires vives.

Mais aucun de ces rôles n'arrivait à la cheville de ce que le destin allait bientôt lui offrir avec le personnage de Fanny, une jeune fille issue d'une famille normale et unie qui est entraînée par sa naïveté dans l'engrenage de la prostitution.

Ludivine a passé deux auditions avant d'obtenir le rôle. Pour la première, elle a dû se dépêcher de revenir d'Ottawa, où elle auditionnait pour une pub ce matin-là. Sur la route du retour vers Montréal, les 40 secondes de danse hip-hop qu'elle devait exécuter l'angoissaient au maximum. L'audition fut si courte qu'elle pensait l'avoir ratée. Quand le rappel pour une deuxième audition est venu, elle a tout fait pour ne pas trop y croire, de peur d'être déçue. Mais les commentaires du réalisateur Éric Tessier l'ont rassurée.

«Il m'a dit que j'apportais une candeur troublante au personnage. À partir de ce moment, même si je ne voulais pas trop rêver en couleurs, quelque chose en moi me disait que c'était possible que ça marche.»

Ludivine a su le 8 mai 2017 qu'elle obtenait le rôle. Elle était au restaurant avec une amie lorsque son portable a sonné. Son agente l'a fait languir un peu avant de lui apprendre la bonne nouvelle. Ludivine a pâli, s'est mise à trembler et a éclaté en sanglots. Elle a aussitôt appelé son père qui lui a répondu qu'il était ému pour elle, avant de lui raccrocher la ligne au nez... d'émotion.

«Moi, ce n'est pas d'être connue qui m'importe. Ce que je recherche avant tout, c'est la reconnaissance et la possibilité de jouer des rôles qui me permettent de toucher les gens, comme j'ai pu le faire avec le personnage de Fanny.»

«Je savais que ma vie allait changer, mais j'ignorais l'ampleur médiatique qu'elle prendrait, poursuit la comédienne. J'ai dû m'adapter, mais tout cela est plus positif qu'autre chose. Surtout que ma nouvelle notoriété me permet de défendre des causes qui me tiennent à coeur. Par exemple, je suis allée en Beauce pour une collecte de fonds pour la SPA de la région. L'an passé, ils ont amassé 2000 $. Cette année, ma notoriété les a aidés à récolter 10 fois plus. Si toutes les personnalités pouvaient se choisir une petite cause pas trop connue, ça ferait une différence pour bien du monde.»

Il y a quelques semaines, Ludivine a entamé le tournage pour VRAK de Clash, une série sur une bande de jeunes en réadaptation. Elle y joue un rôle à l'opposé de celui de Fanny dans une histoire collective portée par cinq acteurs principaux. «Ça me fait du bien de parler d'autre chose que de Fugueuse et de me retrouver avec une gang de jeunes acteurs. Je ne me plains pas de ne pas être le numéro 1. Au contraire. J'ai plus que jamais le sentiment de faire le plus beau métier du monde.»

Demain soir, dans sa robe Marie Saint Pierre, l'actrice de 21 ans va s'avancer sur son premier vrai tapis rouge au bras de sa mère. Vénutia, Fanny, Agnès ou Primrose devront prendre leur mal en patience, car, demain soir, il n'y en aura que pour Ludivine.




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