Au Québec comme aux États-Unis, les téléspectateurs sont tombés amoureux de deux émissions qui se déroulent entre les murs d'une prison pour femmes.

Nathalie Collard LA PRESSE

Aux États-Unis, Orange Is the New Black est sans aucun doute LA série télé qui a le plus fait parler d'elle cet été. Inspiré du livre du même nom de Piper Kerman, et qui raconte une période trouble de la vie de l'auteure, Orange est produite pour Netflix (qui nous a également donné l'excellent House of Cards). Elle met en vedette le personnage de Piper Champan, une jeune femme qui doit purger une peine de 15 mois pour avoir transporté de l'argent pour le compte de son amoureuse, trafiquante de drogue.

Mi-drame mi-comédie, Orange joue sur le contraste entre Piper, jeune femme urbaine et branchée, et le dur quotidien du milieu carcéral. La conceptrice de la série - Jenji Kohan, la même qui nous a donné Weeds - mise sur cette rencontre improbable entre Piper, désormais hétérosexuelle et fiancée, et une galerie de personnages colorés au passé trouble et aux vies difficiles.

De ce côté-ci de la frontière, Unité 9, qui reprend l'antenne le 3 septembre, a été sans contredit la série chouchou des téléspectateurs québécois la saison dernière. Plus dramatique qu'Orange, Unité 9 a séduit avec ses personnages attachants, ses situations dramatiques et plusieurs moments très émouvants.

Pourquoi ce soudain engouement pour la vie carcérale au féminin? Qu'est-ce que la prison permet de dire sur la société actuelle et sur les femmes?

Plusieurs choses en fait. Premièrement, les deux séries parlent de résilience au féminin. Victimes de viol, de fraude, de maris abusifs, de pères incestueux, Orange et Unité 9 présentent des femmes loin d'être parfaites qui tentent toutefois d'assumer les conséquences de leurs actes et de remettre leur vie sur les rails, parfois avec succès, parfois avec difficulté. Dans un milieu, la prison, où les masques finissent toujours par tomber - celle qu'on croyait dure cache en fait un coeur tendre, celle qui semble inatteignable cache une blessure vive - les femmes se révèlent. La prison permet d'explorer en profondeur des personnages multidimensionnels, d'aller au-delà des stéréotypes habituels pour aller à l'essentiel, pour nous parler d'émotions brutes qui nous rejoignent tous, qui que nous soyons.

Autre aspect intéressant des deux séries: on y voit des femmes issues de tous les milieux sociaux - dans Unité 9, Marie est une enseignante éduquée issue de la classe moyenne alors que dans Orange, Piper est une New-Yorkaise sophistiquée. On les place toutes les deux face à des femmes au passé lourd, issues de classes sociales et communautés ethniques différentes, ce qui donne lieu à des confrontations révélatrices sur nos croyances et nos préjugés (dans Orange, le personnage de transgenre, jouée par une actrice trans, a réjoui les milieux féministes et trans aux États-Unis. Enfin, on parlait des transgenres sans sensationnalisme!).

Les deux séries ont un autre point en commun et c'est un des plus réjouissants: on y montre des actrices au naturel, à nu, sans artifices ni maquillage. Dans leur uniforme mal ajusté, les yeux cernés, le cheveu mou, ces actrices sont à des années-lumière des femmes botoxées de Desperate Housewives et de la plupart des animatrices et actrices bien maquillées et bien éclairées qu'on voit habituellement sur nos écrans HD.

Cette authenticité a sans aucun doute contribué au succès des deux séries. En regardant les personnages d'Orange et Unité 9, les téléspectatrices se disent: la situation de ces prisonnières est loin de la mienne, mais ces femmes me ressemblent, ce qu'elles vivent - rapport aux hommes, aux enfants, à l'autorité, à la société - n'est pas si éloigné de ce que je vis.

Honnêtement, il y a longtemps qu'on avait vu des femmes aussi complexes à la télévision. Sauf exception, les médias nous bombardent habituellement de modèles féminins inatteignables. Souhaitons que ces séries soient une inspiration à présenter des personnages féminins plus complexes qui sortent des sentiers battus.

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#Onaime

Dans la tendance «les plateformes web deviennent des producteurs de contenu télé», Yahoo! serait en pourparlers avec ABC afin que son animatrice-vedette Katie Couric anime des entrevues exclusives qui seraient accessibles sur la page d'accueil de Yahoo! À suivre.

#Onnote

Radio-Canada a accouché d'un nouveau titre pour désigner les journalistes qui animent les réseaux sociaux d'une émission: journaliste à la conversation. La nouvelle émission de Marie-France Bazzo a la sienne. Il s'agit de Marie-Ève Tremblay qui anime le compte @pastroptot.