Une suite pour 11 règles, une troisième saison pour Temps mort ou encore une nouvelle websérie à succès? Peu importe le genre, les émissions conçues spécialement pour être diffusées en ligne sont en demande, en raison de la multiplication des portails comme Tou.tv, Kebweb.tv ou encore vtele.ca.

Publié le 22 déc. 2010
Nathaëlle Morissette LA PRESSE

Or, même si plusieurs tentent maintenant leur chance dans le domaine, qualité et originalité ne sont pas toujours au rendez-vous. Autre problème à souligner, la difficulté de trouver du financement.

Les besoins, eux, se font pourtant de plus en plus grands. «Dans l'avenir, des portails comme Tou.tv ou Kebweb.tv vont avoir besoin de contenu», souligne Claire Dion, directrice adjointe du Fonds indépendant de production (FIP). C'est d'ailleurs l'une des raisons qui ont incité l'organisme à renouveler, pour 2011, son programme de financement de webséries, lancé au début de l'année dans le cadre d'un projet-pilote. «On ne peut pas faire un bilan de l'industrie sur une seule année, souligne Mme Dion. C'est difficile de dégager des tendances.»

Cette année, 166 demandes ont atterri sur le bureau du FIP et celui-ci a finalement financé 11 projets en français et en anglais, pour une enveloppe totale de 1 162 000$. Cette aide financière a notamment permis de concrétiser des productions comme 11 règles (vtele.ca), Dakodak.tv (Tou.tv) et Juliette en direct (telequebec.tv). Pour 2011, Mme Dion s'attend à recevoir au moins autant de dossiers et le FIP prévoit accorder grosso modo la même somme.

Mais encore faut-il que les concepts présentés soient de qualité, rappelle Isabel Dréan, cofondatrice et directrice artistique de Kebweb.tv. Dans un répertoire mis en ligne sur son site, une centaine de webémissions québécoises y sont énumérées. Mme Dréan admet par contre que les séries répondant à certains critères de qualité ne sont pas légion.

«C'est sûr que la qualité de production à un niveau qui nous intéresse, il n'y en a pas tant que ça, dit-elle. Ce n'est pas parce que c'est sur le web que la qualité doit être moins bonne.»

D'ailleurs, pour pallier cette «pénurie» d'émissions, Kebweb.tv produit son propre contenu. «On n'a pas le choix de produire et réaliser si on veut avoir du contenu», indique Isabel Dréan.

À Tou.tv, le directeur du site, Jérôme Hellio, estime que ce ne sont pas les idées intéressantes qui manquent - il en reçoit régulièrement -, mais plutôt les moyens pour les réaliser. Au bout du compte, le résultat est le même puisque peu de productions réussissent à voir le jour. «Sur papier, il y a toujours plus de projets que ce que l'on réussit à produire en réalité», indique-t-il. La sempiternelle question du financement se retrouve une fois de plus au banc des accusés. Jérôme Hellio rappelle que seuls le Fonds des médias du Canada et le FIP donnent aux créateurs de fiction sur le web un coup de pouce financier.

«On a comme une responsabilité», estime Claire Dion. Elle rappelle du même souffle que la plupart des productions web font des dépassements budgétaires, notamment en raison des cachets de base fixés par l'Union des artistes (UDA). L'assurance erreur-omission, qui protège le diffuseur contre toute poursuite éventuelle, coûte également extrêmement cher.

Pour tenter de trouver des solutions, au début de l'année prochaine, le FIP dressera par ailleurs un bilan de l'industrie et des tendances qui s'en dégagent.