Le Bye Bye 2008 a enfreint certains articles de codes touchant la télévision, a tranché le Conseil canadien des normes de la radiotélévision.

Lia Lévesque LA PRESSE CANADIENNE

Dans sa décision d'une quarantaine de pages, le Conseil canadien des normes de la radiotélévision (CCNR) montre du doigt diverses références aux Noirs faites dans l'émission humoristique Bye Bye, diffusée sur les ondes de Radio-Canada le 31 décembre 2008.

Le comité du Québec du CCNR déplore notamment des remarques sur le président américain Barack Obama. Le comédien avait alors dit «ça va faire du bien un nègre à la Maison-Blanche. Ca va être pratique. Noir sur blanc, il va être plus facile à tirer».

Le comité déplore aussi la représentation des Noirs qui a été faite dans l'émission, lors de sketches.

Dans un cas, un comédien disait notamment: «les Noirs, vous vous ressemblez tous» et «cachez vos sacoches», parce qu'un Noir se présentait à l'émission.

«Le contenu mis en cause dans les exemples cités ci-haut a tout du simpliste, du dénigrant, du blessant et du préjudiciable et il constitue des commentaires stéréotypés indûment négatifs», écrit le comité du CCNR.

Le comité ne juge toutefois pas que l'emploi du mot «nègre» ait franchi la limite.

Pour les autres aspects des plaintes, le comité estime aussi que le sketch mettant en présence l'ancien joueur de hockey Patrick Roy et son ex-épouse, ainsi que son fils est «allé trop loin» en présentant la femme comme victime passive de la violence familiale.

«Le comité ne voit aucun problème dans la représentation satirique faite dans Bye Bye 2008 des tendances violentes des hommes de cette famille. Cependant, le comité voit un problème dans ce qu'il estime être la représentation excessive de la mère de famille comme victime», écrit-il.

Le comité estime cependant que le sketch parodiant Nathalie Simard n'a pas posé problème, même si c'est le père de la coproductrice de l'émission et comédienne dans certains sketches, Véronique Cloutier, soit Guy Cloutier, qui a été emprisonné pour avoir agressé sexuellement Mme Simard quand elle était mineure.

«Les producteurs ont bien réussi à soigneusement éviter toute mention de la question de l'abus sexuel dont a souffert Mme Simard. Ce faisant, ils ont également évité toute accusation possible de conflit d'intérêts en ce qui a trait au rapport entre son agresseur et les créateurs de Bye Bye 2008», écrit le comité.

Quant aux sketches portant sur Julie Couillard, sur les Canadiens anglais et sur Céline Dion, le comité a jugé qu'ils n'ont pas enfreint de code.

Processus

Le CCNR s'est penché sur ce dossier à la demande du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC). Comme Radio-Canada n'est pas membre du CCNR, en tant que diffuseur public, c'est normalement le CRTC qui entend les plaintes à son sujet.

Le CRTC a reçu 210 plaintes concernant ce Bye Bye 2008.

Le comité a estimé que le cumul d'exemples sur la représentation des Noirs avait enfreint le Règlement de 1987 sur la télédiffusion. D'autres commentaires ont violé le Code de déontologie de l'Association canadienne des radiodiffuseurs, alors que d'autres ont violé le Code sur la représentation équitable de la même association ou son Code concernant la violence.

Il importe de souligner que le respect du Code sur la représentation équitable et du Code concernant la violence constitue une condition de licence pour la Société Radio-Canada.

Réactions

Réagissant à la décision du comité, Radio-Canada s'est étonnée du fait qu'elle ait été critiquée par un comité formé de télédiffuseurs privés, devant lesquels elle n'a pu donner son point de vue.

«Radio-Canada rappelle que toutes les plaintes concernant ses émissions doivent être traitées par le CRTC et non par un organisme d'autoréglementation dont les membres sont des diffuseurs privés et dont Radio-Canada n'a jamais été membre», écrit la SRC dans un communiqué.

Le CRTC devra à son tour étudier la question et se prononcer «à l'issue d'un processus équitable où Radio-Canada aura pu faire valoir sa position», écrit encore la SRC.

De son côté, le président de la Ligue des Noirs, Dan Philip, s'est montré satisfait de la décision du comité. «C'est ce que nous attendions. Radio-Canada, une institution qui est censée être représentative du public, je crois, n'a pas respecté ses responsabilités sociales», a-t-il dit.

Il espère qu'elle aura appris de cet épisode et que tout ne peut pas passer sous prétexte qu'il s'agit d'humour.