Femmes et hommes côte à côte dans les orchestres symphonique d'ici. La question de parité est souvent lié au processus de sélection à l'aveugle des musiciens, une façon de faire qui permet de mettre de l'avant le talent, et ce, peu importe le sexe des artistes.

SAMUEL LAROCHELLE LA PRESSE

Au sein des orchestres symphoniques, la parité est perçue comme une heureuse surprise, et non un objectif. À Montréal (OSM, OM), Québec (OSQ) et Ottawa (CNA), le processus de sélection des musiciens est fait de manière à mettre le talent de l'avant, peu importe qu'il soit d'hommes ou de femmes.

L'orchestre du Centre national des arts compte 32 hommes et 23 femmes au total, dont 12 hommes et 10 femmes avec des titres (solo, assistant, associé). Le ratio est semblable à l'Orchestre Métropolitain (OM), où l'on trouve 25 femmes et 26 hommes. «Ça illustre qu'il y a du talent autant chez les hommes que chez les femmes, souligne Jean R. Dupré, président de l'OM. On est contents qu'il y ait parité, mais on ne devrait pas la viser en soi. Le talent doit primer.»

À l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM), les hommes occupent plus d'espace: sur 84 musiciens, seuls 31 sont des femmes. Et parmi les 17 sections, seules deux femmes occupent un poste solo.

«C'est un hasard. Beaucoup de femmes sont associées ou deuxièmes dans leur section. Je suis ici depuis 43 ans et je n'ai jamais été témoin d'une déception parce qu'une femme aurait gagné une audition», indique Jean Gaudreault, directeur du personnel des musiciens de l'OSM.

Il y a actuellement 32 femmes et 29 hommes à l'Orchestre symphonique de Québec (OSQ). Selon Tristan Lemieux, directeur du personnel des musiciens, les chiffres varient d'année en année et la parité est souvent une réalité, grâce à un processus de sélection à l'aveugle. «Les auditions sont tenues derrière un écran du début à la fin, explique-t-il. Les membres du comité de sélection votent pour des numéros de candidats, sans connaître leur genre ou leur apparence. Ils se fient uniquement à la performance artistique.» Également réalisées derrière un rideau, les auditions de l'OSM impliquent un élément de plus: un tapis est installé de la porte d'entrée jusqu'à l'espace où se tiennent les auditions, pour éviter qu'un candidat portant des talons hauts soit identifié comme une femme. «Tout est entièrement contrôlé, souligne M. Gaudreault. Depuis l'avènement des cellulaires, les membres du jury n'y ont même plus accès 30 minutes avant les auditions, pour éviter les communications entre eux ou avec l'extérieur.»

L'Orchestre Métropolitain est encore formé de plusieurs membres fondateurs qui y sont depuis 1980. N'empêche, les nouveaux venus passent eux aussi par un processus de sélection derrière un rideau. Sauf pour la ronde finale. «On veut interagir avec la personne pour voir si elle est à l'aise et si elle dégage une énergie positive lors de sa performance, précise M. Dupré. Plusieurs orchestres retirent aussi le rideau lors de la dernière étape. C'est le cas entre autres au Philharmonique de Los Angeles.»

Cela dit, lorsque les auditions pour un poste sont réalisées à l'interne et que les juges connaissent les candidats depuis des années, des précautions supplémentaires s'imposent. «Avec le temps, on peut reconnaître certains aspects du son des musiciens, leur façon de marcher ou de respirer, explique M. Lemieux. Avant les auditions, on leur demande donc d'éviter tout bruit, autre que la musique, qui pourrait permettre à quelqu'un de les reconnaître de façon fortuite.»

Une réflexion américaine

Le directeur du personnel des musiciens de l'OSM croit que le milieu des orchestres est difficilement comparable à d'autres, quand il est question de parité. «Je pourrais affirmer que ce serait extraordinaire d'avoir un ratio de 50-50 entre les hommes et les femmes, mais on n'a aucun contrôle là-dessus, dit Jean Gaudreault. Si on atteignait ce résultat, ce serait une coïncidence.»

La représentation de la diversité est une réflexion particulièrement américaine, aux yeux de Tristan Lemieux. «Aux États-Unis, plusieurs orchestres réalisent un travail d'éducation à la musique auprès des publics de tous les âges et de nombreuses communautés culturelles. Ils accordent entre autres des bourses d'études afin de soutenir des musiciens issus des minorités culturelles, qui pourront à leur tour servir de modèles. On se pose moins la question au Canada. Peut-être qu'on devrait...»

Le président de l'OM voit quant à lui une distinction entre l'Amérique du Nord et l'Europe. «En Amérique, on est un peu chanceux d'avoir cet esprit plus égalitaire, affirme Jean R. Dupré. En Europe, je ne crois pas que le processus d'audition soit semblable au nôtre. Peut-être que dans les orchestres établis depuis des centaines d'années, les femmes ont été découragées d'emblée de postuler pour un poste en sachant qu'elles ne l'obtiendraient pas.»

Tristan Lemieux abonde dans le même sens. «L'intégration des femmes est un phénomène récent à l'Orchestre philharmonique de Vienne. Sur une centaine de musiciens, il y a presque exclusivement des hommes. Le milieu classique demeure très conservateur sur certains aspects. En France, en Allemagne et en Autriche, les orchestres prestigieux tiennent un peu plus aux traditions.»

Représentation dans les orchestres d'ici

Orchestre métropolitain de Montréal: 26 hommes et 25 femmes

Orchestre du Centre national des arts d'Ottawa: 32 hommes et 23 femmes

Orchestre symphonique de Québec: 29 hommes et 32 femmes

Orchestre symphonique de Montréal: 53 hommes et 31 femmes

PHOTO Martin Chamberland, archives LA PRESSE