Pour la première fois, le Londonien Paul Lewis joue à Montréal, de surcroît avec l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) sous la direction du chef espagnol Juanjo Mena. Le pianiste s'est toutefois produit à deux reprises au Québec, soit au Domaine Forget ainsi qu'au Festival de Lanaudière.

Alain Brunet LA PRESSE

Fils d'un débardeur et d'une fonctionnaire municipale établis à Liverpool, le concertiste de 45 ans n'a certes pas grandi au sein d'une grande famille de musiciens ou dans quelque milieu privilégié. Est-il besoin d'ajouter qu'une ascension de ce type n'est pas courante chez les solistes classiques de niveau international?

On imagine bien les efforts et sacrifices consentis par les parents pour faire en sorte que fiston atteigne de tels objectifs. «A working class hero is something to be», a déjà écrit un parolier aussi originaire de Liverpool... Rencontré hier au milieu d'une répétition au sous-sol de la Maison symphonique, Paul Lewis en convient et résume sa trajectoire, sur un ton à la fois humble et fier.

«Il n'y avait pas de musique à la maison, maman et papa ne connaissaient rien du répertoire classique, mais j'ai eu la chance de dénicher des enregistrements à la bibliothèque locale.»

«Je l'ai fait dès l'âge de 8 ans, c'est ainsi que j'ai découvert la musique classique. Je me rappelle encore l'odeur des albums! Ce qui m'a motivé à plonger dans cet univers? Cela n'existait pas à la maison, j'ai voulu en faire mon affaire.»

On scrute la discographie de Paul Lewis pour y constater la présence centrale de Ludwig van Beethoven. On ne s'étonnera pas que l'entrée en matière du musicien anglais auprès des mélomanes montréalais soit la suivante.

«Le Concerto n° 3 en do mineur, opus 37, indique-t-il, est une des pièces que j'interprète le plus souvent. Les concertos de Beethoven ne sont jamais loin de mes doigts! Et j'aime beaucoup jouer celui-ci, c'est l'un des plus typiques du compositeur, l'empreinte du do mineur y est totalement beethovénienne.»

Le concertiste, un type courtois et affable, était d'ailleurs en train de jouer les Six bagatelles, opus 126, lorsque nous l'avons interrompu. Encore Beethoven...

«En 2005, raconte-t-il, j'ai commencé à jouer ses sonates pour piano. Je n'avais pas le projet de toutes les enregistrer, mais bien de toutes les jouer dans différents contextes. J'ai fait part de mon intention à l'étiquette Harmonia Mundi; sa direction artistique s'est dite intéressée, et voilà. Après quoi vinrent les Variations Diabelli, puis les concertos pour piano, j'enregistre actuellement les Bagatelles. Il y a tant de Beethoven à jouer, j'adore... mais cette inclination est aussi le fait du hasard.»

Des projets en tête

Un des prochains projets discographiques de Paul Lewis, d'ailleurs, consiste à enregistrer les sonates pour piano de Joseph Haydn.

«J'en suis très heureux, car j'estime qu'il n'est pas beaucoup joué par les pianistes de concert. On le trouve ennuyeux, ce qui est tout le contraire lorsqu'on s'y penche vraiment.» 

«Il y a plein de surprises chez Haydn, et même de quoi s'amuser ferme. Il est un des très rares compositeurs capables de faire s'esclaffer les spectateurs!»

Paul Lewis ne vit pas que dans le passé; bientôt, il créera une oeuvre du compositeur britannique Ryan Wigglesworth, lui-même pianiste et aussi chef d'orchestre.

«Ce sera une première pour moi, je me sens bizarre de le faire, mais bon... Je n'en ferai probablement pas une spécialité, mais je reste ouvert à tout. Tout récemment au Mexique, par exemple, je jouais Rhapsody in Blue de Gershwin. Énormément de plaisir!»

Cela étant souligné, les prochains récitals de Paul Lewis seront consacrés à... Haydn, Beethoven et Brahms, les concertos pour piano à Beethoven, Mozart, Schumann, Grieg...

Une première rencontre à Montréal

Ce soir et demain, donc, Paul Lewis ira à la rencontre de l'OSM et du maestro Juanjo Mena.

«Nos chemins ne se sont jamais croisés, c'est une première. Je connais Juanjo Mena, car il est le directeur du BBC Philharmonic à Manchester. Je connais plein de musiciens qui l'ont côtoyé, incluant mon épouse qui est violoncelliste et qui a travaillé à ses côtés au sein d'un orchestre de chambre. Je n'en ai entendu que du bien.»

Ce qui justifie évidemment cette association par l'entremise de l'OSM.

Avant qu'il ne retourne en répétition, le soliste est invité à résumer son approche pianistique. 

«J'essaie autant que possible de ne pas me mettre dans le chemin du compositeur. Je suis au service de l'oeuvre, j'essaie d'incarner la personnalité du compositeur et non de mettre la mienne de l'avant.»

«Inévitablement, toutefois, la personnalité de l'interprète finit par transparaître, mais il ne faut pas insister», ajoute-t-il.

Insistons tout de même un tantinet: qu'est-ce qui distingue Paul Lewis des autres pianistes? «C'est toujours étrange pour moi d'en parler, mais je dirais qu'il y a du lyrisme dans mon jeu. Par ailleurs, j'observe que mon style était plus décontracté auparavant, alors qu'aujourd'hui, il est plus dynamique et passionné. Ça va dans le sens inverse de la normale! Pourquoi donc? Je n'en sais rien.»

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À la Maison symphonique, ce soir et demain, à 20 h. Orchestre symphonique de Montréal. Chef: Juanjo Mena. Soliste: Paul Lewis, piano. Oeuvres au programme: Carl Maria Von Weber, Der Freischütz, Ouverture, op. 77, Ludwig van Beethoven, Concerto pour piano n° 3 en do mineur, op. 37, Piotr Ilitch Tchaïkovski, Symphonie n° 6 en si mineur, op. 74, Pathétique.