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Une soirée chez M. Saint-Saëns

Claude Gingras
La Presse

Loin de la routine des concerts en série, un festival est le lieu rêvé où monter des événements inhabituels et présenter des oeuvres rarement entendues. À cet égard, on peut trouver que Orford va un peu loin en ouvrant sa saison avec un danseur à claquettes. On a bien lu: danseur à claquettes. Pour l'instant, demeurons au Festival de musique de chambre de Montréal qui, pour employer l'expression courante, «bat son plein».

L'organisateur, Denis Brott, a préparé pour sa 18e saison deux programmes consacrés à Saint-Saëns - en fait, deux programmes et demi. Le Concours de violon ne nous a permis d'assister qu'au deuxième concert.

Les deux étaient confiés au Fine Arts Quartet, auquel s'ajoutaient quelques musiciens pour certaines oeuvres. Ce qu'on a entendu jeudi soir était assez représentatif d'une production immense dont on possède plusieurs exemples en musique symphonique et en opéra. Pensons simplement à la Symphonie avec orgue, au deuxième Concerto pour piano et à Samson et Dalila. Trois créations irrésistibles.

La musique de chambre de Saint-Saëns illustre le même exceptionnel métier, mais aussi des limites quant au message véhiculé. Saint-Saëns sait écrire, mais il a peu à dire, et ce qu'il dit n'est jamais très profond. Les deux quatuors entendus - l'un pour cordes, l'autre pour piano et cordes - sont très longs et passablement ennuyeux. Le problème, c'est qu'on y attend en vain ces grands thèmes richement développés qui font des quatuors de Beethoven, par exemple, des chefs-d'oeuvre qui occupent encore le sommet du répertoire. On ne demande pas à Saint-Saëns d'être l'égal de Beethoven; on serait heureux qu'il soit simplement dans l'ombre des aimables Mendelssohn et Dvorak et qu'il nous donne davantage que des notes, des notes, et encore des notes.

Les exécutions offertes étaient pourtant très engagées, voire passionnées lorsque la pianiste Cristina Ortiz se joignait aux musiciens du Fine Arts. L'ensemble américain, entendu ici dans des circonstances moins heureuses, nous arrivait dans une formation en partie différente et fort solide. Le groupe a été fondé en 1946 et a connu une vingtaine de changements d'effectifs en 67 ans d'existence.

À oublier, donc, ces deux quatuors. Par contre, le Septuor où trompette, contrebasse et piano se joignent au quatuor fut divertissant, tel que l'a voulu son auteur, qui était un bon vivant et un homme d'esprit. Le programme comportait une courte Fantaisie pour cornet à piston (ou trompette) identifiée simplement comme étant «transcrite par Henri Büsser».

La musicologue montréalaise Sabina Teller Ratner, spécialiste mondiale de Saint-Saëns et invitée à présenter les deux programmes, n'a rien dit sur cette pièce inconnue. Privément, elle a précisé qu'il s'agit à l'origine d'une pièce pour orgue et qu'elle ne l'avait pas incluse dans sa présentation parce qu'il ne s'agit pas d'un original.

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FINE ARTS QUARTET (Ralph Evans et Efim Boico, violons, Juan-Miguel Hernandez, alto, et Robert Cohen, violoncelle), Cristina Ortiz et Qiao Yi Miao Mu, pianistes, Paul Merkelo, trompettiste, et Ali Yazdanfar, contrebassiste. Jeudi soir, St. George's Anglican Church. Dans le cadre du 18e Festival de musique de chambre de Montréal.

Programme consacré à Camille Saint-Saëns:

- Quatuor à cordes no 2, en sol majeur, op. 153 (1918)

- Fantaisie en mi bémol majeur, pour orgue, arr. pour cornet à piston et piano: Henri Büsser (1935)

- Septuor en mi bémol majeur pour trompette, quatuor à cordes, contrebasse et piano, op. 65 (1880)

- Quatuor pour piano et cordes en si bémol majeur, op. 41 (1875)




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