Handel et son librettiste Haym n'ont pas cherché à donner un cours d'histoire avec leur Giulio Cesare de 1724 : ils ont traité librement les faits historiques, comme c'est la coutume à l'opéra. Ce qui est plus dommage, c'est le genre punk que l'Atelier d'opéra de l'Université de Montréal a donné à sa production de l'oeuvre.

Publié le 27 févr. 2011
Claude GIngras LA PRESSE

D'accord, le personnage même de Jules César est présenté avec la dignité requise, longue cape rouge comprise. Mais était-il vraiment nécessaire que Tolomeo (c'est-à-dire Ptolémée, le roi d'Égypte) évoque quelque gangster en complet blanc, genre Al Capone; que Sesto (ou Sextus), fils de Pompée et de Cornélie, porte des running shoes et une chaîne qui pend le long de ses jeans; que Cornélie se promène en robe-pantalon; et, surtout, que Cléopâtre, déguisée pour séduire César, se dandine dans une petite robe moulante de «danseuse de club» ?

Ces accoutrements inspirés de la mode Eurotrash avilissaient carrément l'oeuvre de Handel (ou «Haendel», selon l'orthographe fautive adoptée par l'UdM). Je reconnais que les ateliers comme celui-ci préparent les étudiants à la carrière et, conséquemment, leur font travailler des rôles qui leur seront proposés. Abstraction faite de mon aversion pour le baroque, je reconnais aussi qu'une oeuvre comme Giulio Cesare est extrêmement formatrice aux plans musical et dramatique. D'ailleurs, comme chanteurs et comme comédiens, les sujets réunis étaient tous d'un très bon niveau, plusieurs même davantage.

Néanmoins, le genre punk donné au spectacle se ramenait à un caprice de «concepteur», n'offrait aucune valeur pédagogigue et défigurait l'opéra de Handel auprès de l'auditoire, majoritairement jeune, qui remplissait à sa capacité la salle Claude-Champagne.

Indépendamment de ce qui, trop souvent, irritait l'oeil, on reconnaîtra la qualité de la mise en scène toujours très vivante et imaginative, voire chorégraphique, de Marie-Nathalie Lacoursière, spécialiste de la danse baroque. Intéressantes, ces projections de divers lieux sur écran géant; beaucoup de couleur aussi dans les costumes et les éclairages.

Chez les interprètes, trois noms à signaler : David-Olivier Chénard, qui a beaucoup de présence, une belle voix de baryton et a exécuté les mélismes de César avec une technique presque parfaite; François-Olivier Jean, ténor souple et acteur sensible; et Anne-Marine Suire, fine comédienne au colorature agile et bien conduit. Voix légèrement mal placée cependant chez la mezzo Catherine Gentilcore (il est vrai que la mise en scène la malmenait passablement!).

Au pupitre d'un OUM mi-moderne mi-baroque réduit à 30 musiciens, Jean-François Rivest a redonné à la partition une vigueur de tous les instants. Malgré les coupures qui s'imposaient, la soirée à un seul entracte totalisait plus de trois heures.

GIULIO CESARE, opéra en trois actes, livret Nicola Francesco Haym, musique de George Frideric Handel (1724). Production: Atelier d'opéra de l'Université de Montréal. Mise en scène et chorégraphie: Marie-Nathalie Lacoursière. Décors: Carl Pelletier. Costumes: Marc Sénécal. Éclairages: Nicolas Descoteaux. Choeur de l'Atelier et Orchestre de l'UdM. Dir. Jean-François Rivest. Avec surtitres français et anglais. Deuxième et dernière représentation hier soir, salle Claude-Champagne de l'UdM.