En première moitié de ce concert de l'OSM (hier soir, reprise ce soir), le pianiste roumain Radu Lupu joue le troisième Concerto de Beethoven; après l'entracte, le chef estonien Neeme Järvi dirige la cinquième Symphonie de Chostakovitch.

Mis à jour le 18 févr. 2009
Claude Gingras LA PRESSE

Troisième de Beethoven, Cinquième de Chostakovitch. Voici deux oeuvres que je connais et que j'aime depuis toujours, deux oeuvres extrêmement riches qu'on doit pouvoir entendre et réentendre sans jamais se lasser. Encore faut-il de grands interprètes pour les traduire.

 

Concernant le Beethoven, la magie opère toujours sous les doigts de Lupu. L'homme barbu est assis à son piano, seul devant son univers, jouant comme pour lui-même, mais nous invitant tacitement à le suivre. Tout est parfaitement en place pianistiquement, avec une main gauche bien soulignée dans la cadence du premier mouvement (cadence de Beethoven, comme celles qui suivront). Mais l'exercice, chez Lupu, dématérialise le piano pour rejoindre une pensée et une émotion d'un ordre très supérieur.

Rien qu'un exemple: le début du Largo central, où le piano absolument seul émerge du silence total d'une salle pourtant comble qui, Dieu soit loué, avait retenu ses applaudissements après l'Allegro initial. Un moment d'éternité, ce début de mouvement lent, où le génie de Lupu évoque l'entrée du piano au quatrième Concerto.

Le pianiste (64 ans cette année) a joué maintes fois ici. Certains soirs furent décevants mais la plupart furent exaltants. Hier, par exemple, où nous avons eu la confirmation que Lupu est, indiscutablement, l'un des grands pianistes actuels.

Hélas! on ne saurait dire que Neeme Järvi est l'un des grands chefs actuels. Grand de taille, certes... mais on parle de dimension musicale. Première déception: on le voit tourner ses pages, ce qui indique qu'il ne connaît pas à fond sa partition. Tout est là: dissonances bien appuyées, deuxième mouvement sardonique, comme il se doit, cordes divisées en huit sections chantant bien le mouvement lent, solos de flûte, hautbois, harpe et timbales parfaits, finale débouchant sur un grand tapage qui fait lever la salle. Et pourtant, il ne s'est à peu près rien passé pendant ces 50 minutes.

Cette musique est remplie d'angoisse, d'émotion et de tension qui, toutes, sont absentes de cette lecture au premier degré. Järvi avait pourtant bien accompagné le pianiste. Voilà la différence: Lupu exprime quelque chose, Järvi n'exprime rien.

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ORCHESTRE SYMPHONIQUE DE MONTRÉAL. Chef invité: Neeme Järvi. Soliste: Radu Lupu, pianiste. Hier soir, salle Wilfrid-Pelletier de la PdA; reprise ce soir, 20h. Série «Grands Concerts». Programme: Concerto pour piano et orchestre no 3, en do mineur, op. 37 (1800-03) - Beethoven Symphonie no 5, en ré mineur, op. 47 (1937) - Chostakovitch