Encore un changement de tonalité pour le chanteur à la voix haut perchée qui, après avoir tâté le terrain symphonique avec Windigo, se tourne vers une pop dansante - mais intelligente - à la texture travaillée. Entrevue autour de son nouvel EP Extravaganza, né dans le mouvement, un beau jour de la fin de janvier.

SYLVAIN SARRAZIN LA PRESSE

Se détacher de ses productions passées pour bifurquer vers de la pop dansante, intelligente et ensoleillée: tel est le projet d'Alexandre Désilets qui, saisi de l'envie de se faire plaisir et de pousser ses explorations, ne s'est «jamais senti aussi libre». Il fait ainsi naviguer sa voix finement ciselée sur six titres où textures électros, arrangements funky et basses groovy se superposent. Pour l'accompagner vers son nouveau cap, le chanteur a entre autres invité dans sa barque le guitariste de Belle et Bum Jean-François Beaudet et l'auteur-compositeur Jeff Moran, qui l'ont épaulé pour bâtir, à partir de lignes de basse (et de base) cadencées, des couches d'électro-pop rythmées. Le tout davantage dans l'élan que dans le calcul. «On ne voulait pas être trop cérébral, mais plutôt travailler dans le mouvement», explique le chanteur.

Aurait-il ainsi vendu ses cordes vocales au diable de la pop mielleuse? L'écoute du premier titre de l'EP, Méditerranée, enraye cette hypothèse.

«Ta mère et la mer / La Méditerranée, le monde est dans l'eau / Et puis tes os d'enfant sont trempés jusqu'à la moelle / Sur un bateau qui coule, qui coule», l'entend-on chanter sur fond de guitares claquantes. 

«Oui, c'est de la pop, c'est dansant, mais il y a un propos sérieux. Ça donne le ton pour le reste du disque, même si certaines sont un peu plus légères.»

Inviter à danser sur les malheurs maritimes des migrants, cela ne crée-t-il pas un malaise? «Peut-être. C'est des questions qu'on s'est beaucoup posées», confesse le musicien, qui a préféré miser sur l'aigre-doux plutôt que sur la surdose de glucose. «Une chanson pop sucrée avec des propos encore plus sucrés, ça lève le coeur.»

Un pas risqué

Une fois la transition effectuée, la dédramatisation est amorcée: les couleurs électros, les beats saveur années 80 et les accents R&B, mariés à la brillance des guitares et, toujours, à ces basses frétillantes (Dis-moi oui), illuminent l'auditoire telle une boule disco. Peu étonnant que, pour les arrangements et la post-production, la petit équipe derrière Extravaganza soit allée tendre l'oreille du côté de Daft Punk ou de Justice.

Quant au chant, celui qui se dit influencé par toutes sortes de musiques du monde (et particulièrement certaines voix féminines puisées dans la soul ou le jazz) met sa technique au service de sa nouvelle cause, son timbre aigu et aiguisé l'épousant de façon plutôt naturelle.

Entrer dans la danse?

En tournant le clip Mon démon, Alexandre Désilets démontre explicitement où il veut nous amener, exposant tous ses talents de danseur «instinctif et sans prétention», lui qui n'a reçu aucun formation dans ce domaine.

Est-il prêt à prendre le risque qu'une partie de son public habituel reste à quai en refusant d'emboîter le pas de danse? Oui, et le principal intéressé n'en a cure, s'étant donné «la permission d'aller très loin dans quelque chose de vraiment pop». 

Outre le changement de rythme dans la distillation des pièces, c'est une des raisons pour lesquelles le format de l'EP six titres a été choisi, outil idéal pour la prise de température, autant pour l'artiste lui-même que pour son auditoire. «J'ai tellement travaillé sur des projets sérieux qu'on ne peut pas m'en vouloir d'aller ailleurs», conclut-il.

IMAGE FOURNIE PAR LA PRODUCTION

Extravaganza, d'Alexandre Désilets