Après avoir travaillé dans tous les styles avec à peu près tout le monde, Jean Fernand Girard lance un premier disque à son nom. Rencontre avec un pianiste heureux.

Daniel Lemay LA PRESSE

«J'avais 50 ans et je me demandais de kessé...»; «De kessé», comme dans «qu'est-ce que je veux faire dans le reste de ma vie?»

Parmi les éléments de réponse à cette question essentielle, Jean Fernand Girard a découvert qu'il y avait un disque. Comme réalisateur, arrangeur ou accompagnateur, le pianiste a mis son nom sur plus de 40 CD au fil des ans, de Luck Mervil à Mara Tremblay, de Mélanie Renaud à Bob Walsh, mais il n'avait pas encore de disque à son nom.

Il ferait un disque, donc, et un disque de jazz. Mais il lui fallait d'abord se plonger dans le genre. Pour apprendre ou désapprendre, selon le cas, lui qui était déjà bachelier en piano classique. Homme d'ordre, Jean Fernand Girard a commencé par le commencement: une maîtrise en piano jazz solo, supervisée par James Gelfand, un spécialiste du voicing jazz que nous avons croisé mardi au gala de la SOCAN. L'approche de Gelfand, un pédagogue qui «enseigne» aussi à la Petite École du jazz depuis plus de 20 ans, peut tenir en une phrase: «Si tu ne peux pas le chanter, ne le joue pas».

Fort de cet enseignement, Girard a poursuivi son travail de composition et, quand le moment est venu de former un trio, il a expliqué son projet à un drummer de ses amis, un dénommé Paul Brochu... qui a accepté. «Là, sourit le pianiste, j'ai dit à Paul: «Qui tu verrais à la basse?» Dans le jazz, il faut une entente parfaite dans la section rythmique... Paul a mentionné un seul nom: Fred Alarie...»

Clin d'oeil

Et «JF Girard» - c'est ainsi que son nom apparaît sur la pochette - a lancé mardi, au jazz bar Upstairs, un CD intitulé Clin d'oeil, réalisé en trio avec l'ex-Uzeb Paul Brochu à la batterie - sa performance dans Crazy Day relève de l'anthologie - et, à la contrebasse, Frédéric Alarie, qui passe de Lorraine Desmarais à Michel Legrand sans se faire mal aux doigts. Comme sidemen, disons que «JF» n'aurait pu mieux frapper...

Sur Clin d'oeil, dont la pièce-titre est dédiée aux musiciens d'Orange, le premier band de Girard, trois invités apportent aussi leur talent à l'une ou l'autre des 10 morceaux: François D'Amours, saxophoniste à la sonorité si particulière, le guitariste Michael Pucci et l'harmoniciste Guy Bélanger, un vieux pote de Girard. «Ti-Guy m'a dit: «J'ai jamais joué de jazz». J'ai répondu: «T'en as toujours joué mais tu le savais pas!» » Et le chef a composé My Son Shines, dédiée à son fils, dans la tonalité de l'harmonica préféré de Bélanger: happy jazz en mi bémol... «C'était mon objectif et je crois avoir réussi», dira Jean Fernand Girard qui a produit, arrangé et réalisé ce CD donné sous licence aux Disques Bros. «Je voulais que ce soit écoutable, que tous les thèmes soient reconnaissables...» Et 100 % jazz néanmoins.

Jean Fernand Girard, lui, a le bonheur simple de l'homme comblé par la musique. «Ce projet-là m'a fait rajeunir de 15 ans.» Ce qui le met à 39... Bel âge pour se lancer dans le jazz.

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JF Girard

Clin d'oeil

Disques Bros

> À écouter: Crazy Day