Dès la deuxième chanson, quand Ariane Moffatt s'est mise à chanter «choubip choubip choubip» a capella avec ses amis musiciens Marie-Pierre Arthur et Joseph Marchand à la fin de Éternel instant présent, c'était clair, net et évident, hier soir, au National: on allait assister à un très bon show heureux. Cette impression ne s'est jamais estompée, que ce soit quand Ariane a chanté Briser un coeur en s'accompagnant de claquements de doigts avant de s'asseoir à la batterie ou quand elle a interprété seule au piano Imparfait de Daniel Bélanger.

Mis à jour le 12 févr. 2010
Marie-Christine Blais LA PRESSE

Cette formule de trio acoustique, Ariane Moffatt l'avait présentée l'automne dernier, dans le cadre de Pop Montréal, puis «dans toutes les petites chapelles du Québec», pour reprendre ses mots. Depuis, il y a eu la carrière qui a démarré en France, la nomination aux Victoires, sa collaboration musicale à l'émission Trauma, etc. Mais hier, tout cela se tenait dans l'ombre pour laisser la place à ce qui compte le plus: la musique. Hier, c'était la fille qui chantait des «standards» au bar Jazzons, coin Ontario et de l'Hôtel-de-Ville, il y a une douzaine d'années, qui reprenait ses droits, avec un gros plus: c'est dans son propre répertoire, ses chansons bien à elle, qu'elle va puiser désormais, dans ses morceaux - que la foule hétérogène qui se pressait dans un National hyper plein - a acclamés et écoutés religieusement.

Toujours d'un naturel désarmant et avec juste ce qu'il faut d'humour, Miss Moffatt était manifestement heureuse d'être en compagnie de ses «amis du cégep Saint-Lau - à l'époque de leurs études ensemble, le guitariste Joseph Marchand arborait le «poncho style» et Marie-Pierre Arthur leur concoctait du «chiard à dinde» gaspésien, a-t-on appris. Parfois au piano, parfois à la guitare, «Ari» était tout aussi manifestement heureuse de reprendre plus simplement la majorité des chansons de son dernier disque, Tous les sens, plus quelques-unes de Le coeur dans la tête et d'Aquanaute: pas de mise en scène, mais plutôt une scénographie bien pensée (des lampes suspendues, que le trio s'amusait à balancer au-dessus de leurs têtes, et des écrans de Lite Brite, le tout signé Lucie Bazzo).

Non seulement tout était plus simple, mais tout était autrement, dans des versions parfois carrément ébahissantes: La fille de l'iceberg en country, Terminus au piano solo tout de suite après Nobody's Fault But My Own de Beck, reprise impeccablement, ou L'équilibre devenue indie-rock avec une longue plage de musique (et percussions sur lampe suspendue!), tout était étonnant.

Bref, la soirée était sous le signe du plaisir, celui qui se dégageait des envolées musicales, des harmonies vocales, de Marie-Pierre Arthur qui a chanté Droit devant accompagnée à son tour par Ariane, de Poussière d'ange chantée à deux voix par les deux amies, de Montréal dont le refrain était devenu «Je reviens au National», d'une version franchement écoeurante de The Man in The Mirror de Michael Jackson ou, au rappel, de la chanson Nap chanté pou Ayiti avec le groupe Nomadic Massive.

Tout à fait dans l'esprit du spectacle, la première partie a été assurée par nul autre que le chanteur israélo-sud-africain Yoav, l'homme à qui la guitare tient lieu d'orchestre complet et dont l'album Charmed and Strange a fait un petit malheur il y a deux ans. Ami d'Ariane, qu'il a remercié en français, le chanteur a profité de son passage en ville pour interpréter cinq chansons, dont les trois dernières figureront sur son prochain disque, prévu pour la fin mars. Charmée, la salle a écouté attentivement et bien des gens ont noté le nom du monsieur.

Ariane Moffatt sera de nouveau en spectacle ce soir. Le plaisir et la musique aussi.