Le deuxième et dernier concert de Charles Dutoit avec le Philadelphia Orchestra, samedi soir au Festival de Lanaudière, fut la grande réussite de cette visite très attendue.

Mis à jour le 24 juill. 2011
Claude Gingras LA PRESSE

Avec comme pièces de résistance l'irrésistible deuxième Concerto pour piano de Rachmaninov et la spectaculaire Symphonie fantastique de Berlioz, le programme avait attiré un auditoire beaucoup plus nombreux, soit quelque 6 500 personnes par rapport à 5 000 la veille. Au point de vue musical, ce programme plus solide et plus varié mettait mieux en valeur les qualités collectives et individuelles du célèbre orchestre et celles de Dutoit comme interprète.

La soirée connaît un impressionnant départ avec Finlandia, de Sibelius, dont Dutoit souligne à la fois l'allure martiale et la nostalgie. Il a placé du Rachmaninov dans les deux programmes pour rappeler l'association du célèbre compositeur et pianiste avec le Philadelphia. On sait, par exemple, que Rachmaninov enregistra tous ses concertos avec l'orchestre à l'époque glorieuse des Stokowski et Ormandy.

De Russie lui aussi, Kirill Gerstein, 32 ans, Prix Gilmore 2010 mais encore inconnu, se présente en veston blanc d'été, malgré la chaleur qui a autorisé Dutoit et ses musiciens à se produire en chemise.    

Les écrans géants grossissent tout: le pianiste suant au-dessus du clavier, le geste de Dutoit et les regards des musiciens fixés sur lui. Le pianiste fait bien des fausses notes, mais l'humidité est sans doute en cause car la technique se révèle de première force. Le jeu reste toujours clair et le mouvement lent découvre une belle osmose entre le rubato du soliste et les riches cordes qui l'entourent. (Il faudra surveiller les titres affichés sur les écrans: le dernier mouvement est marqué «Allegro (et non «Adagio»!) scherzando».)

Dutoit termine avec l'un de ses grands succès du disque, cette Fantastique qu'il a programmée assez souvent pour la diriger maintenant de mémoire. Il fait la reprise au premier mouvement, mais son omission de la reprise dans la Marche au supplice (le quatrième mouvement) en réduit l'impact. Son interprétation reste néanmoins très efficace, tour à tour poétique, rêveuse, frénétique et tonitruante.

Comme avec l'OSM à l'époque, il fait ressortir de nouveaux détails et souligne le contrepoint, aidé en cela par l'acoustique précise de l'Amphithéâtre. Le cor-anglais du Philadelphia n'égale pas celui de l'OSM, Pierre-Vincent Plante, et, comme la veille, le hautbois a un petit raté, encore attribuable à l'humidité.    

Dutoit fait lever ses musiciens au milieu de l'ovation, puis adresse quelques mots aux premières rangées (on ignore donc lesquels) avant de donner le signal d'un rappel : de Sibelius encore, la célèbre Valse triste, jouée avec une infinie tendresse.

PHILADELPHIA ORCHESTRA. Chef d'orchestre : Charles Dutoit. Soliste : Kirill Gerstein, pianiste. Samedi soir, Amphithéâtre Fernand-Lindsay de Joliette. Dans le cadre du 34e Festival de Lanaudière.

Programme :

Finlandia, op. 26 (1899, rév. 1900) - Sibelius

Concerto pour piano et orchestre no 2, en do mineur, op. 18 (1900-1901) - Rachmaninov

Symphonie fantastique, op. 14 (1830) - Berlioz