On entend encore très peu le nom d’Hypnotic Beatz dans le paysage musical. Pourtant, le Guadeloupéen d’origine, qui vit à Montréal depuis quatre ans, a collaboré avec deux des rappeurs européens les plus populaires du moment, Damso et SCH. Portrait d’un jeune compositeur qui a déjà une longue feuille de route.

Publié le 21 janvier
Samuel Daigle-Garneau Collaboration spéciale

Fier Montréalais depuis 2017, Hypnotic Beatz enchaîne les collaborations de prestige à l’étranger.

En 2020, il a signé à lui seul la musique de But en or, une collaboration entre Damso – star belge qui remplit la Place Bell en un claquement de doigts – et le rappeur français Kalash Criminel. Il est également derrière des arrangements de la chanson Corrida, tirée de JVLIVS II du rappeur marseillais SCH, l’album le plus écouté en diffusion en continu en France l’an dernier. On peut d’ailleurs entendre la voix d’Hypnotic Beatz – modifiée en guise d’instrument de musique – sur cette chanson.

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Étonnamment, cette percée dans la carrière de Yannick Cabald (de son vrai nom) a beaucoup à voir… avec la pandémie.

En mars 2020, il est à deux doigts de travailler avec Damso. Il atterrit en France avec Lens Dupuy, un beatmaker montréalais qui a déjà collaboré avec le rappeur belge, en vue de retrouver ce dernier à Bruxelles. Deux semaines plus tard, la pandémie éclate. Damso annule la rencontre.

Les deux amis décident malgré tout de rester dans l’Hexagone pour y faire des rencontres. Ils ont tôt fait de produire la première chanson solo du rappeur Oldpee, qui dépasse aujourd’hui les 4 millions d’écoutes en ligne.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE INSTAGRAM D’HYPNOTIC BEATZ

Hypnotic Beatz (à droite) aux côtés du rappeur Kalash Criminel, qui jouit de 1,2 million d’abonnés Instagram

Pour occuper son confinement à l’étranger, le Montréalais concocte une production spécialement pour Damso. Il la lui envoie par courriel, mais faute de réponse de la star belge, il l’achemine à Ray Da Prince, un ami réalisateur, qui la fait entendre à Kalash Criminel.

Il l’a tout de suite kiffée. Ça tombait pile-poil au moment où Kalash Criminel devait faire un featuring avec Damso. Il avait en tête deux sons, dont le mien. Damso a préféré le mien.

Hypnotic Beatz

Pendant son voyage, le Montréalais participe à une séance de travail avec plusieurs beatmakers guadeloupéens, dont Chapo, qui collabore avec de nombreuses vedettes du rap. Ce beatmaker établi en France connaît Hypnotic Beatz depuis des années. C’est une production composée à ce moment-là qui se retrouve sur JVLIVS II de SCH. Chapo et son partenaire Heizenberg la font jouer par erreur au camp d’écriture de l’album. Le rappeur l’adopte aussitôt.

« SCH est entré dans la pièce en courant quand il a entendu la prod, rapporte Hypno (pour les intimes). En fin de compte, il a fait un clip avec la chanson. Ça veut dire qu’il l’estime pas mal. »

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Des millions de vues à 13 ans

Son goût pour la musique, Yannick Cabald le cultive depuis l’adolescence. Alors qu’il habite toujours à Gourbeyre, en Guadeloupe, il tisse des liens avec des beatmakers qui travaillent pour le label torontois fondé par Drake, OVO Sound. Il se met alors à rêver du Canada. « J’avais envie de vivre le côté franglais du Québec. L’Amérique, mais en français. »

Le beatmaker raconte que lorsqu’il est question d’établir des contacts professionnels, il devient un peu « psychopathe » : il scrute les réseaux sociaux pour trouver le gérant d’un artiste, son DJ ou encore son ingénieur de son. Parfois, il tombe même sur la personne qui s’occupe de la vente de produits dérivés.

Lorsque j’y repense, je me dis que je harcelais un peu les gens. Mais quel autre choix ont vraiment ceux qui commencent ? Surtout moi qui habitais sur une île.

Hypnotic Beatz

Son premier client est Railfé, un rappeur de la rue très tendance en Guadeloupe. Hypno commence alors à produire pour les artistes street de son pays d’origine. Trois ans plus tard, il a travaillé avec pratiquement tous les artistes urbains locaux. « Ce n’est pas ceux qu’on entendait à la radio, mais tous les jeunes les écoutaient, se rappelle-t-il. À 13 ans, je faisais des millions de vues sur YouTube. »

Initiation à la scène montréalaise

À son arrivée au Canada, Yannick Cabald commence des cours en informatique à l’Université de Montréal. « Un mois plus tard, j’ai tout lâché pour la musique. Je me suis inscrit à Musitechnic parce que je ne voulais pas rester à la maison et juste faire des beats. Je voulais au moins un diplôme. »

À l’école, il rencontre Philippe-Olivier David, qui devient son gérant. Ce dernier l’initie alors à la scène locale. « C’est comme ça que j’ai travaillé avec pratiquement tout le 5sang14 », explique le compositeur. À la faveur d’une rencontre avec WondaGurl, productrice musicale derrière plusieurs chansons de Drake, il collabore aussi avec le Torontois KILLY, nommé aux Juno pour son album Surrender Your Soul.

Hypnotic Beatz n’a pas pour autant tourné le dos à sa mère patrie. Près de dix ans plus tard, il collabore toujours avec son premier client, Railfé. Récemment, il a composé pour lui le titre Magic, paru en décembre dernier.

Cette année, Hypnotic Beatz a beaucoup de projets qu’il ne veut pas dévoiler trop vite. Il est bien déterminé à s’imposer en tant qu’artiste. À la veille de ses 23 ans, il a encore la vie devant lui.

Écoutez Starstream de KILLY, une collaboration avec Hypnotic Beatz, sur SoundCloud