Des musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) se sont produits à l’hôpital Sainte-Justine vendredi, à l’occasion d’une première intervention communautaire sous la houlette de leur nouveau chef d’orchestre désigné, Rafael Payare.

Publié le 11 déc. 2021
Sylvain Sarrazin
Sylvain Sarrazin La Presse

Chuintements de fauteuils roulants, claquements de béquilles, grésillements de haut-parleurs, bips d’appareils médicaux, pleurs épars d’enfants… l’environnement sonore de l’hôpital Sainte-Justine se compose de mélodies plutôt maladives. Vendredi, au gré des couloirs de l’établissement de santé, d’autres sons plus suaves sont venus se réverbérer sur ces murs. Ils émanaient des instruments de 15 musiciens de l’Orchestre symphonique de Montréal, disséminés dans les corridors pour jouer des airs de Noël (Douce nuit, sainte nuit, Vive le vent…) et autres échantillons classiques, afin de réconforter les jeunes patients et le vaillant personnel.

Au rez-de-chaussée, la violoncelliste Geneviève Guimond, coiffée de bois de renne, tirait ainsi de son archet quelques lignes apaisantes, ne faisant pas seulement vibrer ses cordes, mais aussi le cœur des enfants, parents et employés qui passaient devant la musicienne.

Alors, les béquilles ont cessé de claquer, et les fauteuils roulants, de couiner, immobilisés devant cette fontaine de notes, cette fois-ci musicales et non médicales.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

La violoncelliste Geneviève Guimond a attiré l’attention des curieux de passage dans les couloirs de l’hôpital. Quatorze autres musiciens circulaient dans les couloirs, violon à la main, pour égayer les lieux.

Éloïse Beaulieu, 9 ans, tout ouïe en observant attentivement la prestation, s’est empressée de demander à sa mère, Stéphanie Roberge, la permission de croquer un souvenir photographique. Ce matin-là, elle avait un rendez-vous avec un cardiologue de Sainte-Justine, mais aussi, de façon impromptue, avec le DMozart dans les couloirs. « Ça met une belle ambiance… et ça lui rappelle des souvenirs », a-t-elle lancé en désignant sa maman, qui a joué du violoncelle durant 11 ans au sein d’un orchestre – désormais, c’est au tour d’Éloïse de s’y initier tranquillement. À leurs côtés, un jeune ado à la jambe plâtrée applaudissait à tout rompre, tandis qu’un duo de tout-petits avait ravi le trône du père Noël jouxtant la musicienne, pour mieux l’admirer. À n’en pas douter, la prescription musicale a fait son effet.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Éloïse Beaulieu et sa mère, Stéphanie Roberge, écoutaient avec attention la musicienne.

Vivaldi et autres gâteries

Par la suite, un apéritif bien particulier attendait 250 employés invités de l’hôpital, concocté par le successeur de Kent Nagano à la barre musicale de l’OSM, le chef d’orchestre désigné Rafael Payare. Il s’agissait de sa première intervention dans le cadre d’un concert communautaire, joué dans l’amphithéâtre de l’établissement et retransmis en direct sur des écrans répartis dans l’édifice.

Le Vénézuélien, spontané et décontracté, a vite annoncé ses sympathiques couleurs – baskets fluo aux pieds et pan de chemise dépassant du jean.

Mais dès le programme amorcé, plus rien ne débordait, le petit orchestre enchaînant L’hiver de Vivaldi, la Sérénade op. 22 de Dvorak, le Divertimento K. 136 de Mozart (« Une petite coupe de champagne », comme l’a qualifié le chef d’orchestre), pour finir avec Vive le vent. Une progression très symbolique de la situation actuelle, partant de tons mineurs et dramatiques, pour cheminer vers des mélodies guillerettes et porteuses d’espoir.

« Ces interventions communautaires sont absolument fondamentales. Il est très important de nous rapprocher des gens, dont les travailleurs de la santé, des héros qui fournissent un travail phénoménal. On souhaite leur donner un peu d’espoir et de joie, après près de deux années de turbulences », a confié Rafael Payare à La Presse, juste après le concert.

Une première incursion donnant le ton à de futurs engagements auprès des communautés locales. L’an prochain, le chef d’orchestre désigné de l’OSM participera ainsi à des concerts auprès de jeunes autistes, invitera des apprentis musiciens à jouer avec les professionnels et offrira des classes de maître en avril à des élèves prometteurs ; entre autres.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Rafael Payare, chef d’orchestre désigné de l’OSM

« Je ne suis pas encore à temps complet à Montréal, mais nous avons beaucoup d’idées et de projets communautaires et éducatifs, de métissages artistiques. Diffuser la musique au plus grand nombre me tient à cœur. J’ai eu la chance d’être exposé à la musique au Venezuela, et si je ne l’avais pas été inconsciemment, je n’aurais jamais découvert cette passion ni la place qu’elle occuperait dans ma vie. Il est essentiel que nous puissions offrir cette occasion à tous », a évoqué M. Payare.

En attendant, le coup inaugural du nouveau chef d’orchestre a comblé les employés de l’hôpital, se délectant de ce petit vin chaud musical fort bienvenu juste avant Noël. « On aime les gâteries et surtout de pouvoir les vivre, de sentir la vibration des instruments », s’est réjouie Josée Chagnon, infirmière clinicienne à Sainte-Justine depuis 32 ans. L’OSM, devenu Orchestre Symphonique Médical ? Il faudrait y songer, puisque la musique adoucit les mœurs tout comme elle apaise les cœurs.

Grands classiques pour petits mélomanes

Profitant de son passage à Sainte-Justine, nous avons demandé à Rafael Payare quels airs classiques seraient à même d’être appréciés des plus jeunes. « Les enfants réagissent de façon viscérale à la musique. Haydn leur convient très bien, mais on peut aussi penser à d’autres compositeurs, quand ils sont un peu plus grands et qu’on veut leur raconter des histoires, comme Prokofiev et Pierre et le loup, où les harmonies sont un peu plus audacieuses », a-t-il suggéré.