(New York) À l’âge où les adolescents veulent briller sur TikTok, une New-Yorkaise de 16 ans, enfant prodige du banjo, fait fièrement résonner un instrument importé par des esclaves africains, avant que des blancs américains ne s’en emparent et développent une musique traditionnelle des Appalaches, entre folk et country.

Maggy DONALDSON Agence France-Presse

Nora Brown n’a que six ans quand ses parents lui offrent son premier ukulélé, sans se douter qu’elle deviendra en quelques années une virtuose du bluegrass et de la musique dite Old Time.

PHOTO ANGELA WEISS, AFP

Nora Brown

Enfant de Brooklyn, Nora Brown apprend le banjo avec le maître de cette musique, Shlomo Pestcoe, décédé en 2015.

À l’époque, entre six et dix ans, « je ne me rendais absolument pas compte de la chance que j’avais d’apprendre ça, surtout à Brooklyn », confie à l’AFP la jeune femme, à l’occasion d’un petit festival de musique traditionnelle des Appalaches, sous le soleil d’automne new-yorkais.

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Des spectateurs regardent la performance de Nora Brown au Brooklyn Americana Music Festival, à New York

Loin d’être « une blague », le banjo forme le pilier d’un genre musical à l’histoire riche et complexe, explique la jeune artiste.

Selon la tradition, l’instrument serait apparu aux Caraïbes au 17e siècle entre les mains d’esclaves déportés d’Afrique de l’Ouest vers les Amériques.

Passé sur le continent nord-américain, il fut repris par des populations blanches des Appalaches avant de devenir aux 18e et 19e siècles un instrument central de la musique folk. Cette guitare est même utilisée fréquemment jusqu’au début du 20e siècle dans le spectacle de genre du ménestrel, considéré aujourd’hui comme raciste, fait de chants et danses par des comédiens blancs qui se noircissaient le visage (le « blackface »).

Le banjo trouve encore sa place dans les mouvements ragtime et jazz de la première moitié du 20e siècle.

« Interconnexion culturelle »

Nora Brown n’a que 16 ans mais elle est pleinement consciente de l’histoire particulièrement tumultueuse de l’Amérique dans laquelle le banjo s’est développé.

« La musique enregistrée à l’époque et à laquelle on se réfère aujourd’hui a été composée dans un contexte historique extrêmement violent », reconnaît-elle. « Même des chansons qui ne sont pas ouvertement racistes ou injurieuses peuvent contenir un sous-texte ou une histoire qu’on ne perçoit pas à la première écoute », analyse la musicienne.

Mais l’adolescente de 2021 vante « l’interconnexion culturelle, le cœur de la musique traditionnelle d’aujourd’hui » et s’inspire de musiciens bluegrass comme Rhiannon Giddens, qui « a mis l’accent sur l’histoire africaine du banjo ».

« Il y a tant de facettes à la musique traditionnelle aujourd’hui en Amérique », estime-t-elle.

Fin septembre, elle a sorti son second album (Sidetrack My Engine) avec des arrangements puisés au cœur des États-Unis, dans l’État rural du Kentucky, avec l’aide du maître du banjo et ancien mineur décédé en février, Lee Sexton.

Le disque, après son premier réalisé quand elle n’avait que 13 ans, a été enregistré en pleine pandémie de COVID-19 l’an passé, dans la cave de ses parents à Brooklyn.

Comme tous les jeunes de son âge, Nora Brown, même avec une telle maturité, n’est pas encore fixée sur ce qu’elle veut faire : « Je veux à coup sûr continuer de jouer, mais je ne suis pas certaine de devenir une musicienne professionnelle ».