(New York) Charles Blow se souvient d’avoir été assis dans le public lors de la première de l’opéra basé sur ses mémoires, Fire Shut Up in My Bones, et d’avoir regardé la scène qui dépeint son agression sexuelle par un cousin plus âgé dans son enfance.

Publié le 23 sept. 2021
Mike Silverman Associated Press

« Pour être honnête, a-t-il confié, c’était plus inconfortable de regarder tout le monde me regarder. Parce qu’ils étaient tellement énervés par ça, ils s’inquiétaient de ma réaction. »

Ils n’avaient pas besoin de s’inquiéter, a déclaré Charles Blow dans une entrevue. « Quand j’ai écrit le livre, j’avais déjà réglé tout cela », a-t-il déclaré. « Je n’ai pas le traumatisme résiduel que beaucoup de gens attendent de moi. »

Charles Blow, chroniqueur au New York Times, sera à nouveau dans le public lorsque l’opéra ouvrira cette fois la saison du Metropolitan Opera, le 27 septembre. Ce sera la première représentation d’opéra dans la maison new-yorkaise depuis la fermeture causée par la pandémie, il y a 18 mois.

Ce qui est plus historique encore, c’est le fait que Fire Shut Up in My Bones, avec une partition du trompettiste et compositeur de jazz Terence Blanchard, sera le premier opéra d’un musicien noir présenté au Met en 138 ans.

« Bien évidemment, on est fier d’avoir cette étiquette », a déclaré Terence Blanchard après une répétition la semaine dernière. « Mais il y a un certain sentiment, non pas de culpabilité, mais de chagrin, parce que je sais que je ne suis pas le premier qui était qualifié. »

Terence Blanchard a raconté, par exemple, qu’il était à l’Opera Theatre de Saint-Louis (OTSL) cet été et a entendu une représentation de Highway 1, un opéra en un acte du compositeur noir William Grant Still, joué pour la première fois en 1963.

« Je suis assis là à écouter ça, a-t-il dit, et je me dis : pourquoi cela ne pourrait-il pas être au Met ? »

Terence Blanchard a raconté que le directeur artistique de l’OTSL, James Robinson, lui avait demandé de composer un autre opéra après son premier, Champion, inspiré de la vie du boxeur Emile Griffith, créé en 2013. Lorsque sa femme, Robin Burgess, lui a recommandé de lire les mémoires de Charles Blow, cela a touché une corde sensible chez lui.

Dans son livre, Charles Blow, maintenant âgé de 51 ans, décrit son enfance dans la pauvreté de la Louisiane rurale, alors qu’il était un enfant timide et sensible, avec quatre frères aînés machos, un ivrogne pour père et une mère chaleureuse et travaillante qui portait une arme à feu dans son sac à main.

« Ce qui m’a attiré dans cette histoire, c’est l’idée d’être isolé et différent dans votre propre communauté », a déclaré Terence Blanchard, qui est né à La Nouvelle-Orléans. « J’ai appris beaucoup de choses à ce sujet en grandissant, alors que je voulais être musicien, que je marchais jusqu’à l’arrêt de bus le week-end, en portant ma trompette et mes lunettes pendant que les autres garçons jouaient au football dans la rue. Ce n’était pas un look populaire. »

Pour écrire le livret, Terence Blanchard a fait appel à la cinéaste Kasi Lemmons, son amie et collaboratrice fréquente. Elle n’avait jamais écrit de livret d’opéra, bien qu’elle ait dit que cela figurait sur sa liste de choses qu’elle espérait accomplir un jour.

« Je ne savais pas quel était le processus normal », a confié Kasi Lemmons. « Je ne savais même pas que le livret était créé en premier. Je pensais que peut-être la musique venait en premier. »

Pour obtenir des conseils, elle s’est tournée vers James Robinson, qui lui a fait la suggestion cruciale que « dans un opéra, n’importe quoi peut chanter ». Inspirée par cela, elle a créé deux personnages connus sous le nom de Destiny et Loneliness (Destinée et Solitude), qui accompagnent Charles Blow à différents moments de sa vie. Le spectacle inclut également un enfant dans le rôle du jeune Charles sur scène à divers moments aux côtés du personnage adulte.

Kasi Lemmons a dit qu’elle était nerveuse quant à la façon dont Charles Blow pourrait réagir à certaines de ses inventions. « OK, j’ai écrit la solitude de ce type en tant que personnage. C’est assez intrusif. »

« D’un autre côté, a-t-elle ajouté, la façon dont il parle de la solitude dans le livre est très palpable. »

Une fois qu’elle a remis le livret à Terence Blanchard, il l’a mis en musique avec peu de changements. La partition est imprégnée de rythmes jazz et remplie de passages lyriques, y compris des airs à part entière pour certains des personnages.

La production du Met est codirigée par James Robinson et Camille A. Brown, qui sera la première metteure en scène noire sur la scène principale du Met. Le directeur musical du Met, le Québécois Yannick Nézet-Séguin, dirigera une distribution mettant en vedette le baryton Will Liverman dans le rôle de Charles adulte, la soprano Latonia Moore dans celui de sa mère et la soprano Angel Blue dans ceux de Destiny, Loneliness et sa petite amie Greta. Il y aura huit représentations et la dernière, le samedi après-midi 23 octobre, sera diffusée en direct en HD dans les cinémas du monde entier.

La production est une commande du Lyric Opera de Chicago, où elle sera présentée au printemps prochain, et du LA Opera.

Dans ses mémoires, Charles Blow se décrit comme bisexuel et parle franchement de ses fantasmes homoérotiques, qui sont dramatisés dans l’opéra à travers une séquence de danse chorégraphiée par Camille A. Brown.

Kasi Lemmons espère que le public pourra voir au-delà du traumatisme que Charles Blow a subi dans sa jeunesse et s’inspirer de son histoire.

« C’est profondément triste. Mais ce qui n’est pas triste, c’est Charles Blow », a-t-elle déclaré. « L’aspect remarquable de l’histoire est de savoir comment vous pouvez tirer de la force dans la douleur. »

Terence Blanchard fait écho à ce point de vue : « Le simple fait que Charles ait un tel succès dans sa vie indique tout ce qu’il a surmonté », a-t-il affirmé.

« J’espère qu’un jeune gamin assistera à cet opéra et verra ça. Espérons que cela puisse vraiment changer la vie de certaines personnes. »