The Weeknd a ajouté dimanche soir deux trophées à sa récolte commencée vendredi, et devient ainsi le grand gagnant des 50es prix Juno avec cinq prix, dont celui de l’artiste de l’année. La soirée en quatre points, alors que les grandes vedettes ont brillé par leur absence.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

La cérémonie

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En duplex avec le ministre du Patrimoine canadien, Steven Guilbeault, le Montréalais Kaytranada a remis le prix de la révélation de l’année à JP Saxe.

Après avoir été présentés en ligne seulement l’an dernier, les Juno sont revenus à une manière de faire plus traditionnelle cette année, avec un pré-gala diffusé uniquement en ligne vendredi, où 37 prix ont été remis, et un gala diffusé dimanche à la télévision par la CBC – et sur le web aussi, bien sûr. La cérémonie, qui avait été reportée de mai à juin, s’est déroulée sans public et sans animation, alors que les présentateurs annonçaient le nom des gagnants en direct de différents lieux au Canada. Les trois heures de gala se sont beaucoup déroulées sous le signe de la célébration et des souvenirs, puisque les Juno fêtent cette année leur 50e anniversaire – on a pu ainsi revoir K. D. Lang allant chercher son prix en robe de mariée, ou le coup de foudre en direct de Corey Hart et Julie Masse.

Les gagnants

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Comme la majorité des artistes, Justin Bieber a livré une performance préenregistrée dimanche soir.

The Weeknd a peut-être été boudé par les Grammy, mais les Juno n’ont pas laissé tomber le chanteur le plus populaire du moment. Après ses trois trophées reçus vendredi, The Weeknd a reçu dimanche celui de l’artiste de l’année, et son populaire After Hours celui de l’album de l’année. Justin Bieber, qui a livré une performance préenregistrée (comme la majorité des performances) de sa chanson Everybody Love Somebody en début de gala, a reçu le prix pour l’album pop de l’année, un Juno qu’il remporte pour la troisième fois de sa carrière. Et c’est Shawn Mendes qui a été le choix du public, un prix remis par vote populaire – notons que Les Cowboys Fringants faisaient aussi partie de cette catégorie. Alors qu’on a pu voir les finalistes des premières catégories à l’écran lorsque leurs noms étaient annoncés, ce n’était plus le cas dans les catégories de pointe. Ni The Weeknd, ni Justin Bieber, ni Shawn Mendes n’ont adressé de remerciements au public, même pas un petit mot préenregistré.

Présence francophone

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Jann Arden a reçu le prix Hommage.

En tout, six trophées « réguliers » étaient remis dimanche soir, dont le tout premier prix R & B/soul qui est allé à Savannah R, et la révélation de l’année à JP Saxe. C’est Jann Arden qui a par ailleurs reçu le prix Hommage, et la chanteuse a livré un vibrant plaidoyer pour la musique, qui lui a sauvé la vie, a-t-elle raconté. En performance vendredi soir lors du pré-gala, Klô Pelgag, qui a reçu le prix du graphisme d’album de l’année, a déploré le fait de ne pas avoir été invitée dans le gala principal. En rencontre de presse sur Zoom dimanche soir, le président des Juno, Allan Reid, était bien conscient de la situation. « Chaque année, c’est une difficile décision, mais cette année encore plus, car nous sommes passés de douze à huit performances. Il y a des choses qu’on tenait à mettre le dimanche, comme le prix à The Tragically Hip et le segment sur les 50 ans du rap. » L’équipe des Juno envisage de présenter un jour le gala au Québec, question de donner plus de visibilité à la musique québécoise. « Mais ce ne sera pas avant 2024 ou 2025, puisque les deux prochaines années sont déjà prévues, a explique Allan Reid. L’an prochain, on revient à Toronto. »

The Tragically Hip

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The Tragically Hip et Feist

La soirée s’était ouverte sur une note grave, alors que la chanteuse Buffy Sainte-Marie a rendu hommage à la mémoire des 215 enfants autochtones dont les corps ont été découverts la semaine dernière à Kamloops, en Colombie-Britannique. Le prix Humanitaire remis à The Tragically Hip était donc une continuité aussi émouvante que parfaite, puisque le mythique groupe canadien, dont le chanteur Gord Downie est mort d’un cancer en 2017, s’était beaucoup impliqué auprès des communautés autochtones. Reconnu pour sa grande générosité depuis les débuts de sa carrière, le groupe a fait une multitude de concerts-bénéfices pour toutes sortes de causes pendant plus de 30 ans, et c’est pour cette raison que le prix lui a été remis dimanche soir, des mains de deux membres d’un autre mythique groupe canadien, Geddy Lee et Alex Lifeson de Rush. A suivi une très belle prestation de la chanson It’s a Good Live if You Don’t Weaken, alors que tous les musiciens du groupe étaient réunis autour de Feist, qui a officié comme chanteuse avec l’émotion et la justesse qu’on lui connaît.