(Séoul) Au terme d’années de sélection et d’entraînement à la discipline militaire, l’heure de vérité va sonner pour les sept Sud-Coréens choisis pour former les Blitzers, dernier-né d’une multitude de groupes de K-pop qui se rêvent un destin planétaire.

Kang Jin-kyu Agence France-Presse

À l’instar de BTS, les rois du genre qui sont devenus l’été dernier le premier groupe 100 % sud-coréen à arriver en tête des succès aux États-Unis, les Blitzers sont composés de sept chanteurs-danseurs au look presque inquiétant à force d’être travaillé, tous des garçons.  

Pour eux, tout va se jouer cette semaine avec la sortie mercredi de leur album de six titres : après trois années de préparation, une prestation sur scène de trois minutes dira s’ils sont les nouvelles vedettes de la pop coréenne, ou juste un boys band parmi tant d’autres.

L’enjeu est immense. Alors ces dernières semaines, on a encore trouvé du temps dans leur emploi du temps surchargé, entre séances de gym, cours de chants, séances photo promotionnelles et, chaque jour, une dizaine d’heures de répétitions jusque très tard.

Leurs heures de sommeil se comptent sur les doigts de la main, dans la maison qui a été aménagée pour le groupe à Séoul, où les places vides dans les lits superposés leur rappellent s’ils voulaient se plaindre qu’ils sont des privilégiés.

Ils ont côtoyé tant d’autres adolescents qui y croyaient, comme eux, mais qui ont été écartés lors d’une sélection impitoyable.

« Respire encore »

Sur un des murs noirs du studio de danse, les avatars enfantins des survivants ont été peints sous le nom du groupe, façon graffiti coloré.

Ils sont là tous les sept, face aux miroirs, pour répéter « Respire encore », leur simple. Et autour d’eux, une armée d’imprésarios, professeurs,  chorégraphes prêts à donner leur avis.

Aux premières notes du tube potentiel, les Blitzers entament leurs mouvements à la précision chirurgicale.

« Je veux tenir tes mains mais je n’arrive pas à me rapprocher/Parce que je suis coincé, incapable de bouger », chante en coréen Cho Woo-ju, 17 ans, en sautant d’un escalier humain formé par ses partenaires.  

À la fin, les sept s’immobilisent en même temps dans une pause emblématique de la K-pop.

L’assistance est dubitative. « C’était votre échauffement, les gars ? », leur assène un professeur de danse. « On recommence, mais pour de vrai. »

L’ordre est accueilli à l’unisson par les garçons d’un enthousiaste « oui ! ».

« Nous répétons nos mouvements jusqu’à ce qu’ils soient synchronisés à la perfection », explique Jang Jun-ho, un des sept.

C’est avec ce genre d’arrangement musical et ces chorégraphies millimétrées que les groupes de K-pop sont devenus le fer de lance de la « vague coréenne » qui a déferlé sur l’Asie, et sur le reste du monde.

La K-pop rapporte des milliards de dollars à la Corée du Sud. Et Séoul y voit un produit d’exportation et du « soft power ».

Coup de poker

Dans ce contexte, quantité de groupes sont formés par les maisons de disque qui veulent une part du gâteau.

Les Blitzers sont la première formation de Wuzo Entertainment, une agence récemment apparue à Séoul et qui a investi un million de won (740 000 euros) dans ce coup de poker.

Le retour sur investissement est potentiellement énorme. Ainsi Hybe (l’ancienne « Big Hit Entertainment »), l’agence à l’origine de BTS, est même entrée en Bourse et sa capitalisation dépasse les sept milliards de dollars. « Chaque année, une cinquantaine de groupes sont lancés sur le marché », explique Kim Jin-hyung, co-directeur général de Wuzo. « Seuls deux arrivent à percer ».

« Si les Blitzers marchent, notre entreprise marchera », résume-t-il. « S’ils échouent, nous sommes quasi assurés de mettre la clé sous la porte ».

Les Blitzers, qui ont entre 17 et 19 ans, étaient encore à l’école quand ils ont été enrôlés dans le projet.

Un processus rigoureux de sélection a ramené leur nombre à 12, qui sont tous entrés dans la maison de Séoul pour l’ultime étape des éliminatoires.

« Culpabilité »

Cette sélection a laissé des traces, même chez ceux qui ont été choisis. Choi Jin-hwa, 19 ans, a vu une vingtaine de prétendants quitter l’aventure et ne s’y est jamais vraiment fait.

« Tous se sont à un moment entraînés de longues heures avec moi », dit-il à l’AFP. « Je n’ai rien fait de mal, mais je ressens une forme de culpabilité ».

Les sept sont soumis à une discipline de fer. L’heure à laquelle ils se lèvent, se couchent, ce qu’ils mangent, comment ils se maquillent… tout est décidé par Wuzo, qui est aussi intraitable sur leur poids.

« On leur interdit de grignoter la nuit », explique Oh Chang-seok, le manager qui vit avec eux, avec un rôle de soutien, mais aussi de surveillant.

L’industrie de la K-pop a souvent été dénoncée pour sa capacité à broyer ses artistes. Des critiques que rejette Kim Jin-hyung.

« En tant qu’agence, nous donnons aux stagiaires la possibilité de réaliser leur rêve, et ils nous donnent la possibilité de grandir », dit-il. « Nous sommes dans le même bateau ».

Plus direct, l’imprésario Oh précise : « On ne peut rien pour ceux auxquels on a donné la possibilité de progresser mais qui n’étaient pas au niveau des autres. »

« On doit présenter les meilleurs au public »