Dans son premier album, intitulé Albatross, Simon Leoza propose une musique instrumentale pleine d’images et de textures qui fait voyager. Portrait d’un compositeur plein de promesses.

Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

Les débuts

Simon Leoza fait de la musique instrumentale depuis près de 10 ans. Mais après trois EP lancés sous le nom de Tambour, dont plusieurs pièces ont récolté des centaines de milliers d’écoutes sur Spotify, le compositeur originaire de Vaudreuil a décidé de ne plus se cacher derrière un pseudonyme. « Je trouvais qu’un premier album, c’était le bon moment pour reprendre mon prénom. Mais la musique reste dans le même style. » Inspiré par les ambiances post-rock de formations comme Sigur Rós, Simon Leoza a exploré la composition après avoir fait partie de groupes au cégep. « Quand je me suis retrouvé seul dans ma chambre, comme je ne chante pas vraiment bien, j’ai commencé la guitare instrumentale. C’est ça qui m’a amené à jouer de la basse et à m’intéresser à divers instruments », explique le multi-instrumentiste de 30 ans.

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La musique

Simon Leoza n’a pas de formation en musique et jusqu’à tout récemment – il étudie en musique à temps partiel à Concordia –, il ne savait ni la lire ni l’écrire. « C’est quand j’ai découvert le piano que j’ai commencé à composer. Ça a un peu défini la musique que je faisais, parce que le piano m’a offert la possibilité d’avoir un orchestre au bout de mes doigts. Je peux voir où sont les instruments sur mon clavier. » S’il a dans ses tiroirs plusieurs pièces pour piano solo, Simon Leoza aime surtout jouer avec l’instrumentation et les textures, superposer les lignes musicales qui se répètent et qui se développent lentement, faire se marier quatuor à cordes et sons électroniques. « Ma démarche a vraiment façonné ma manière de composer. »

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L’album

« Cet album, c’est un gros travail de production. C’est pour ça que Blaise Borboën-Léonard a été un compagnon extraordinaire. » Le réalisateur, qu’on a connu pour son travail avec Lydia Képinski, l’a aidé à faire le tri dans ce qu’il entendait dans sa tête, et à l’orchestrer de manière cohérente. « Il y a des pièces qui existent depuis cinq, six ans là-dessus. La nuée, je pense que c’est le premier morceau que j’ai écrit ! Tout ça s’était retrouvé dans mon dossier “premier album” et c’est pour ça que j’avais besoin d’un autre regard. J’y étais trop attaché. » Si l’album s’appelle Albatross, c’est avant tout en référence à sa capacité de voler sur de très longues distances. « Il a de grandes ailes, il sait planer. Après, je me suis intéressé à la mystique autour des grands oiseaux marins, mais le titre est vraiment lié au fait que l’album s’est développé sur plusieurs années. »

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Les influences

Simon Leoza aime beaucoup des compositeurs comme Ólafur Arnalds, Jóhann Jóhannsson ou Max Richter, mais toute sa vie, c’est la musique de film qui l’a nourri. Ce n’est pas pour rien qu’Albatross a un côté très cinématographique. « J’ai décidé de ne pas attendre de me faire engager pour faire la musique d’un film, et d’en faire une moi-même. C’est pour ça que les clips sont aussi très importants. » Avec son parti pris très orchestral, il se démarque aussi des pianistes solos qu’on entend depuis quelques années. « J’ai été aux premières loges quand Jean-Michel Blais a commencé, on partageait un local ensemble. Je savais que c’était grand public, que des gens de tous les âges pouvaient être touchés par cette musique. Mais moi, je me vois moins comme un pianiste. C’est pour ça que j’ai plus défini mon travail autour de l’instrumentation et des textures. »

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La suite

Maintenant que la musique instrumentale connaît une grande popularité, il n’y a plus personne pour demander à Simon Leoza pourquoi il ne chante pas. « Avant, si ce n’était pas du classique ou de l’électronique, les gens ne savaient pas trop. » Albatross va d’ailleurs « du plus intime et délicat au plus épique » en passant par l’ambiant, et c’est ce qu’il veut continuer à faire. « Mais maintenant que je suis mieux outillé pour comprendre la musique classique, je sais que dans mon prochain album ça se reflétera. » En attendant, il aimerait qu’Albatross lui serve de carte de visite et espère que l’album aura une belle vie. « J’ai envie de le faire partager en concert, parce qu’il a été fait avec amour. » Mais quand on lui demande comment il entrevoit son avenir sur la scène musicale, il hésite. « C’est dur, le milieu de la musique, ça demande énergie et temps. Des fois je me demande si je devrais me prévoir un plan B. Mais j’aime mieux me dire que je suis là pour rester. Parce que j’ai le goût, des idées, et encore plein de choses à faire. »

IMAGE FOURNIE PAR ROSEMARIE RECORDS

Albatross, de Simon Leoza

Instrumental
Albatross
Simon Leoza
Rosemarie Records