Elle a assuré la première partie de John Legend. Son idole est Prince. Elle a pris part à une grande campagne publicitaire de Sephora. Et elle vit à Montréal depuis cinq ans. Faites la découverte de Tika, dont le premier album Anywhere But Here va ravir les amateurs de pop nocturne et de R & B à fleur de peau.

Publié le 9 mars 2021
Émilie Côté
Émilie Côté La Presse

Sur son premier album, sorti il y a deux semaines, Tika reprend la chanson de Prince I Would Die 4 U. « I’m not a woman. I’m not a man. I’m something you will never understand », chante-t-elle. C’est comme si Prince avait écrit ces paroles pour elle.

Tika est noire et queer. Elle a mis cinq ans avant de sortir Anywhere But Here. Un premier album complet après deux EP dont elle n’était pas pleinement satisfaite. « Une bénédiction, dit-elle. J’ai réussi à canaliser plusieurs traumatismes en quelque chose d’artistique. »

L’autrice-compositrice-interprète a surmonté sa peur de se montrer sous un jour vulnérable dans ses chansons.

Quand je chante, je me sens enfin vivante et pas comme un simple narrateur.

Tika

Tika et son complice Casey MQ ont enregistré la reprise de Prince en premier lieu et c’est ce qui a dicté le ton au reste. « Des sons eighties cinématographiques », résume Tika.

L’autrice-compositrice-interprète est née et a grandi à Toronto. Elle a vécu à New York. Si elle a décidé de s’installer à Montréal il y a cinq ans, c’est pour ralentir la cadence. « J’avais besoin d’une transition, raconte-t-elle. Ce fut un don du ciel. J’aime le slow living à Montréal. »

« Comme artiste marginalisée, je me suis sentie bien accueillie. Je sens vraiment que mes fondations sont ici », dit la résidante du quartier Mile-Ex.

Dans le clip de sa ballade Soothing Love, réalisé par Naskademini, on la voit par ailleurs en compagnie d’autres artistes de Montréal, dont Elle Barbara, Tali Taliwah du groupe Nomadic Massive et Tina Mpondani, fondatrice de Book and Brunch Montréal (un club de lecture qui rend hommage aux auteurs afrodiasporiques).

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Soothing Love (qui rappelle la belle époque de Rock Velours) est une ode à la féminité noire. Sur Human Heart, Tika nous invite à accepter nos supposés « défauts ». Unless UR Mine a une ambiance nocturne galvanisante. La chanson I Prayed (la préférée de Tika) s’inspire de sa relation avec sa mère. « Nous avons mis du temps à nous comprendre », dit sa fille.

Tika interprète Walking Disaster en duo avec le chanteur torontois Desiire. Une ballade qu’elle a écrite et composée à la guitare quand elle avait 21 ans. Elle venait alors de s’échapper d’une relation abusive.

Je voulais que mon album évoque la guérison qui suit un sentiment d’abandon.

Tika

Prince, Robyn et cie

Musicalement, Tika a des goûts pop raffinés et visionnaires. Il faut dire que de 2009 à 2015, à Toronto, elle était derrière la série de spectacles-vitrines The Known Unknown, où elle faisait connaître de nouveaux talents. Des futures stars comme Daniel Ceasar et Jessie Reyez y ont pris part.

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Mais la grande idole de Tika est Prince. Elle admire aussi la chanteuse suédoise pop Robyn. Sur sa chanson Interstellar Vibes, cela s’entend. « J’adore Robyn ! »

Tika s’est aussi inspirée de l’artiste londonienne Nao. Elle a même eu la chance d’assurer sa première partie. « C’était un rêve. Elle est incroyable sur scène. » Pendant qu’elle peaufinait son album, Tika écoutait aussi l’artiste électronique — aussi britannique — Ben Khan, ainsi que l’artiste écossaise Sophie, disparue tragiquement à 34 ans dans un accident survenu il y a quelques semaines.

Son grand complice Casey MQ (qui a pris part au Red Bull Music Academy en 2016) a réalisé toutes les chansons d’Anything But Here. « Je l’aime tellement ! Casey était dans un groupe de R & B alternatif appelé Unbuttoned et je l’ai invité dans mes showcases. »

Quand Tika lui a demandé de reprendre la pièce de Prince I Would Die 4 U sous forme de ballade, c’était le début d’une grande complicité musicale. « Il a reproduit exactement ce que j’avais en tête. Depuis, nous sommes inséparables. Je dis souvent qu’il est mon mari musical. »

Servir de modèle

En 2018 et 2019, Tika a pris part à d’importantes campagnes publicitaires de Sephora.

Quand on l’a contactée, Tika s’est réjouie qu’une chaîne de magasins de produits cosmétiques que la chaîne choisisse une femme comme elle, qui n’est pas « conventionnelle ». « Avant, je n’avais jamais vu une femme noire queer de taille plus sur un panneau publicitaire, lance-t-elle. C’était un honneur et une belle opportunité. »

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE SEPHORA

En 2018 et 2019, Tika a pris part à d’importantes campagnes publicitaires de Sephora.

Tika se souviendra toujours du jour où elle prenait le métro et où elle est passée devant le panneau publicitaire affichant son visage. « Une jeune femme noire m’a lancé : “Oh, mon Dieu, c’est toi !” Elle m’a demandé une photo et elle me rappelait moi à une époque plus jeune. Si cela peut être inspirant… »

Qu’elle se rassure. La quête d’amour-propre de Tika a assurément servi de modèle à d’autres personnes. Et sa voix de velours est du pur plaisir pour les oreilles.