Il y a quelque chose de très émouvant dans la voix d’Alicia Deschênes. Une espèce de petite fêlure qui vient parfois déchirer son timbre rond et chaud, et ajouter une couche de vérité à ses chansons déjà empreintes de tristesse.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

Car Les mauvaises langues, il faut le dire, n’est pas un album hop la vie, mais traversé de bout en bout par la perte, l’absence et la séparation – que ce soit avant, pendant ou après, dans la colère (hargneuse et excellente Plus jamais), les regrets (La distance est trop longue) ou les questions (Comme ça). « La vie, c’pas toujours comme on l’voudrait / Ça fait mal par en d’dans / De temps en temps », chante d’ailleurs Alicia Deschênes dans Souviens-toi simplement, bouleversante chanson qui parle de cette douloureuse séparation qu’est celle de la mémoire d’un être cher qui s’enfuit.

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En fait, ce sont vraiment 11 morceaux à fleur de peau qu’offre l’autrice-compositrice-interprète, parfois maladroitement, mais avec une sincérité qui va droit au cœur. Surtout qu’au détour surgit toujours le désir de survivre et d’aller de l’avant, sensation portée par les arrangements complètement électros de Daran – c’est aussi lui qui a réalisé l’album et qui y joue de tous les instruments, à l’exception de la guitare acoustique de la chanteuse.

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Les mauvaises langues, d’Alicia Deschênes

C’est un choix qui se défend et qui donne à l’univers d’Alicia Deschênes un côté vivant et viscéral. Mais on sent parfois une fracture entre le propos et la manière – peut-être qu’il aurait fallu un peu plus de relief dans le traitement des chansons. Il reste que ce deuxième album en français de cette diplômée de l’École nationale de la chanson, qui arrive après Comme June aime Johnny, en 2019, mais aussi deux mini-albums en anglais et un en français, a autant de souffle que d’intériorité, ne rate pas sa cible et nous laisse avec l’écho d’une voix solide qui assume sa fragilité. Et c’est très beau.

★★★

Électro-pop
Les mauvaises langues
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Le mouvement des marées