Le groupe Rosier réinterprète les chansons traditionnelles d’une manière très inspirée dans le bien nommé Légèrement, véritable bijou folk envoûtant et aérien, à la fois contemporain et profondément ancré dans ses racines. Portrait en quelques points d’une bande qui fait doucement évoluer un genre.

Publié le 2 févr. 2021
Josée Lapointe
Josée Lapointe La Presse

L’origine

Rosier, c’est quatre filles et un garçon qui se connaissent depuis l’enfance. « En fait, je suis la plus jeune, on se connaît depuis ma naissance ! », explique la chanteuse et violoniste Béatrix Méthé – deux des membres, Colin et Marie Savoie-Levac, sont d’ailleurs frère et sœur. Les cinq amis sont aujourd’hui âgés de 25 à 30 ans et plusieurs ont étudié en musique au cégep et à l’université. Mais c’est le fait d’avoir baigné dans le terreau lanaudois de la musique traditionnelle, dans des familles qui font partie de cette scène musicale, qui les a le plus influencés. Le trad est venu naturellement lorsqu’ils ont commencé à faire de la musique il y a une douzaine d’années dans Les poules à Colin, qui a fait trois albums avant de devenir Rosier en 2017. « On a vraiment grandi ensemble, musicalement et humainement. » Que Rosier soit (très) majoritairement féminin ajoute à sa particularité, avec ses voix principales et ses harmonies riches et douces. Mais c’est moins un choix que lié au fait qu’ils se côtoient depuis toujours. « On n’a jamais vécu autre chose, on a toujours été quatre filles et Colin. Il y a quelque chose de féminin dans notre musique qui transparaît, mais c’est tellement naturel pour nous, on est comme une petite famille… »

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Les inspirations

Si Rosier a pris une direction plus folk-pop dans sa musique, le changement de nom ne représente pas un nouveau départ puisque le noyau du groupe reste exactement le même. « Mais l’instrumentation est un peu différente, explique Béatrix Méthé. On inclut de plus en plus un sixième membre au drum [Olivier Bernatchez]. Et le gros changement, c’est qu’on est moins juste dans l’acoustique, il y a plus d’instruments électriques, et même électroniques. On s’amuse à piger dans plein de cultures qui nous intéressent, on écoute de la pop, du rock… mais on reste le même groupe qui a une grande curiosité pour la musique folk du Québec. » Leurs références ? Autant la chanson folk des Sœurs McGarrigle et de Cat Stevens que les innovations de Klô Pelgag. « C’est fou ce que le monde est capable de faire en entremêlant des styles de musique. Klô Pelgag, c’est tellement nouveau et frais, je trouve ça vraiment inspirant. »

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La démarche

Comme beaucoup de groupes traditionnels, Rosier puise dans le répertoire déjà existant, et qui se transmet de génération en génération, pour lui donner une nouvelle vie. « C’est vraiment ça notre processus créatif et c’est ce qui nous a donné envie de faire de la musique dès le départ », explique Béatrix. Le groupe choisit parfois des chansons avec des mélodies qu’il retravaille, mais souvent aussi des textes seuls, qu’il enrobe d’une toute nouvelle musique, d’où son côté très contemporain. Plusieurs des textes de l’album sont d’ailleurs issus d’un recueil colligé par le folkloriste québécois Marius Barbeau. « Dans le fond, c’est comme si on prenait des poèmes et qu’on les transformait en chansons. C’est comme ça qu’on le voit, de la poésie mise en musique, mais issue de notre folklore. » Mais qu’est-ce qui les intéresse dans ces textes ? « On peut trouver un sens perdu dans les chansons. La première de l’album par exemple, Poison, qui est l’histoire d’une femme qui veut empoisonner son mari, ça dit quelque chose sur les rapports humains. Il y a une façon de comprendre ces textes même si ça a été écrit il y a des centaines d’années. »

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La suite

Les membres de Rosier sont heureux de sortir ce nouvel album cet hiver, « même dans ce monde de fou… », dit Béatrix Méthé « C’est vrai que c’est une drôle de période pour être musiciens… mais en même temps, les gens écoutent de la musique plus que jamais en ce moment. » Ils espèrent en tout cas réussir à toucher davantage de gens avec ce premier album complet en tant que Rosier, après un premier EP lancé en 2019. « On est chanceux d’avoir accès à toutes ces plateformes sur l’internet, ça permet de communiquer et d’entretenir une relation avec le public. On va sortir l’album et travailler fort pour se rendre aux gens. » Mais, bien sûr, le groupe a hâte de reprendre les spectacles, lui qui, depuis ses débuts, fait partie du très actif circuit de folk et de musique du monde en Amérique du Nord, en Europe et en Océanie. « On espère y retourner, mais on va certainement reprendre d’abord au Québec. Ça va nous faire vraiment plaisir de jouer ici, de travailler sur l’image de la musique traditionnelle pour montrer que c’est de toute beauté et que ça peut s’écouter à longueur d’année. »

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IMAGE FOURNIE PAR OUTSIDE MUSIC

Pochette de l’album Légèrement, de Rosier

Folk traditionnel. Légèrement, de Rosier, Outside Music.