À peine deux ans après la sortie de son album Survivant, dont le succès l’a surpris lui-même, Souldia est de retour avec Backstage, incursion directe au cœur de la vie de tournée. Entretien téléphonique avec le rappeur de Québec.

Josée Lapointe Josée Lapointe
La Presse

As-tu pensé retarder la sortie de l’album à cause de la pandémie ?

On en a parlé, mais j’étais trop loin dans mon processus pour plier bagage et partir dans l’autre direction, alors j’ai décidé que l’album sortait quand même. Et je me suis dit que ça ferait du bien à tout le monde d’avoir de la nouvelle musique.

Deux après Survivant, tu reviens avec un album de 18 chansons. Tu avais encore beaucoup de choses à dire ?

Vraiment. J’avais envie de faire un gros album. Je sais qu’on est dans l’ère des EP et du single, mais pour moi un album, c’est comme un livre. On entre vraiment dans l’univers de l’artiste et c’est ce que j’aime faire. 

De quoi voulais-tu parler ?

Le titre, c’est Backstage. Ça m’a pris un an et quelque à construire cet album, et c’était ça, ma réalité, je voulais montrer la vie derrière les shows, la scène. Il y a des chansons qui ont été écrites sur la route entre deux villes, en une heure dans une loge avant un spectacle. C’est ça, le concept : tu embarques dans mon truck de tournée avec moi pendant un an.

0:00
 
0:00
 

Ta vie a changé, elle est plus rangée, mais on a l’impression en écoutant tes chansons que tu te sens encore en marge de l’industrie, des médias, du milieu.

Je dirais même qu’on a créé une marge. À un moment, on se sentait en marge, mais là, on se sent à notre place. Je pense que je peux continuer longtemps de cette façon-là. On a créé notre bassin, notre réseautage, il y a des invitations sur des plateaux de télé qui virevoltent, les gens comprennent maintenant que le rap a sa place.

Il y a beaucoup de collaborations sur cet album. C’est important ?

On est rendus à notre huitième album, et si je veux quelque chose de différent, les featuring doivent être différents, pour faire des mélanges explosifs dont les gens vont parler. En même temps s’il y a trop de featuring, ça prend trop de place. Il faut que ce soit bien équilibré, que ce soit au bon moment avec la bonne personne. Sur cet album, je tenais à travailler avec Seth Gueko, un ami français, et l’autre mélange auquel je tenais vraiment, c’est Loud. Il a embarqué dans le bateau et je respecte ça, vraiment.

0:00
 
0:00
 

Quand on écoute bien les paroles, il y a quand même l’utilisation de mots pas édifiants à propos des femmes dans une des chansons. Il y a ce passage dans un couplet : « Toi t’as ta dose, j’ai la mienne, on a roulé/On a roulé, tu as ta bitch, j’ai ma chienne. »

Ah ce n’est pas un couplet de moi, c’est Sozi. Il faut demander à la personne qui l’a écrite. Peut-être qu’il parle vraiment de sa chienne, son pitbull ?

La chanson est quand même sur ton album.

Bon, cette chanson, Joyeux Noël, le but est d’être à l’extrême du vocabulaire. Elle n’est pas douce aux oreilles. Je comprends que 50 % de la population vont trouver cette chanson extrême. C’est peut-être ça le but aussi. 

En même temps tu dois l’assumer, c’est sur ton album.

Oui, je l’assume à 100 %.

Tes spectacles sont annulés à cause de la pandémie. Tu es déçu ?

C’est plate, je suis un gars de show, de live, c’est la partie de ma job que j’aime le plus faire. En plus j’étais bien prêt, j’ai une bonne équipe, la moitié de mes salles étaient vendues.

PHOTO FOURNIE PAR DISQUES 7E CIEL

Souldia

On allait rentrer dans des gros festivals, des grandes salles. Tout est reporté ou annulé, mais je sais que cette pandémie, dans mon cas, va créer une rareté qui fait que quand ça va reprendre, ça va être explosif. Je sais comment ils sont mes soldats, qui sont derrière moi.

Tu penses que l’album va faire son chemin quand même ?

Oui. Les gens vont avoir le temps de bien le découvrir. Depuis que j’ai fait Survivant il y a deux ans, il s’en est passé beaucoup des choses. J’ai fait plus de 100 shows, je suis parti en France […] Là, je suis conscient que les gens ont de grosses attentes face à moi, mais je pense que la marchandise est livrée : le son est là, l’album est bien écrit. C’est normal qu’il y ait de la controverse dedans un peu, je m’y attends, ça fait toujours ça. Mais je suis content du résultat.

Hip-hop
Backstage
Souldia
Disques 7e ciel